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  • : Démocratie? Ou Ploutocratie?
  • Démocratie? Ou Ploutocratie?
  • : Pas d'issue aux grands défis de l'humanité (pétrole, eau, famines, biodiversité, érosion, climat...) sans changement de paradigme et TOTALE remise en question tant au niveau individuel que pluriel (mode de vie, économie, progrès…)
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Tonnes CO2/personnes/an

2 = capacité d'absorption de la terre
4 = moyenne mondiale (2 fois trop)
8 = émission moyenne d'un Européen (4 fois trop)
20 = émission moyenne d'un Américain (10 fois trop)
0,09 = émission moyenne d'un Burkinabé
0,06 = émission moyenne d'un Ethiopien

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Bon à savoir

- La production d'un kilo de bœuf nécessite autant d'eau qu'une douche (débit de 18 litres par minute) quotidienne de 5 minutes pendant 2 ans.


- En Europe, chaque tête de bétail est subsidiée à plus de 2 euros par jour, soit un peu plus que le revenu journalier des 2/3 de la population mondiale.

 

- Le total des actifs financiers (crédits et spéculations) atteint 6,7 fois le PIB mondial!

 

- Dans le Pacifique Nord, les courants océaniques charrient des millions de tonnes de plastique. Leur accumulation couvre désormais une zone grande comme 6 fois la France.


- Seuls 1,6% des dépenses militaires ou 4,3% des subventions agricoles sont nécessaires pour assainir les besoins en eau de 80% des Africains.


- La fortune des 3 individus les plus riches de la planète est supérieure au PIB des 48 pays les plus pauvres (600 millions de personnes).


- Les pays en développement, qui subissent durement les dérèglements climatiques, ont produit moins de 20% des 350Gt (giga tonne) de CO2 accumulé dans l’atmosphère depuis 1850, alors qu’ils représentent 80% des terriens.


- Pour la banque mondiale, de 2006 à 2008, les prix alimentaires ont augmenté de 85%. Dans les pays pauvres, les dépenses alimentaires représentent 60 à 90% des budgets des ménages…


- Un plein de 50 litres de bioéthanol correspond à  250 kg de maïs, de quoi nourrir une personne pendant une année.


- Par an, les avions commerciaux émettent autant de CO2 que toute l'Afrique.


- L'élevage industriel consomme autant de céréales qu'Indiens et Chinois réunis (moitié de la population mondiale).

- La production, le stockage, le transport et le conditionnement d'une calorie alimentaire issue de l'agriculture conventionnelle nécessite 40 calories fossiles!


- D'autres chiffres ici

 

Citations & Livres

Aucun être humain ne vient au monde pour éviter à ses frères la peur de mourir en niant le corps par le travail et l'intellectualisation du monde. [Raoul VANHEIGEM] Adresse aux vivants sur la mort qui les gouverne et l'opportunité de s'en défaire

 

Ce que fait actuellement la logique de marché, c'est jouer sur la méfiance radicale de l'être humain à l'égard du détachement, ancrée dans l'énergie angoissée du besoin, pour pouvoir inverser l'énergie renonçante du Désir en énergie compulsive de l'envie. [Christian ARNSPERGER] Ethique de l'existence post-capitaliste

 

Le discours économique a une fonction terroriste, celui d'évincer le citoyen du débat [cité par Marie Martin-Pêcheu] Bio-économie

 

La monnaie et l’économie existent parce que l’homme n’a pas confiance en son prochain, qu'il suppose – souvent à raison - vouloir obtenir un échange gagnant. Il veut des garanties. Mais les garanties ne tiennent pas leurs promesses et se révèlent incapables d’empêcher l’injustice. [Didier LACAPELLE] Manuel d'anti-économie

 

Pour ceux qui connaissent le sens profond des choses, les paroles brèves sont des commentaires ; Pour ceux qui se fient aux apparences, les vastes discours ne sont que des abrégés imprécis. [Mawlânâ Djalâl Od-Dîn Rûmî] La geste de Taliesin

 

Notre époque a besoin d’une grande bouffée d’air frais, qui la revivifie. Vienne le temps où chaque individu, rejetant l’apathie dont tire sa force le pouvoir léthargique qui l’opprime, se change en guerrier sans armure et sans autre arme qu’une invisible force de vie. Qu’il combatte sans relâche pour ce qu’il a d’unique et de plus cher au monde, sa propre existence, vrai champ de bataille où nerfs, muscles, sensations, pensées répondent à la sollicitation de désirs obnubilés par la passion de jouir et que contrarient, refoulent, mutilent et nient les mécanismes d’une économie qui exploite le corps à l’égal de la terre. [Raoul VANEIGEM] Nous qui désirons sans fin


A travers le voile de notre vision rationnelle, la lumière du Réel se brise, et la transforme en une autre vision, comme la lumière du soleil dans la pluie donne l'arc-en-ciel. L'homme, devenu conscient du soleil, comprendra l'arc-en-ciel d'une facon différente. Mais celui qui aura le courrage de tourner le dos à ce qui n'est que l'arc-en-ciel, verra le soleil lui-même. L'homme ressent en lui-même et en son monde, la promesse d'une Réalité qui, à l'origine de son développement rationnel, se cache. [Karlfried GRAF DÜRCKHEIM] 
La percée de l'être ou les étapes de la maturité


L'écologie extérieure sans écologie intérieure n'est qu'illusion. Si intérieurement, l'esprit est mu par des violences passionnelles, cela se traduira inévitablement en comportements extérieurs. Intérieur et extérieur sont interdépendants. Sans un changement intérieur de mentalité et de relation, vouloir un changement à l'extérieur est illusoire. [Denys RINPOCHE]


L'économie politique a placé sur un podium quelques-unes de nos dispositions naturelles les plus vilaines : le matérialisme, l'esprit de compétition, la gloutonnerie, la vanité, l'égoïsme, la myopie intellectuelle et la toute bête cupidité. [Hazel HENDERSON] cité par Fritjof Capra dans Sagesse des sages

Si la logique en place est si tenace, c'est peut-être que quelque chose au fond de nous même y collabore - quelque chose qui participe de l'angoisse et du déni de notre condition d'humains. Les voies de sorties, les plus pertinentes de l'économie capitaliste ne sont donc pas économiques. Elles sont existentielles. [Christian ARNSPERGER] Critique de l'existence capitaliste, Pour une étique existentielle de l'économie

Notre siècle de rationalité matérialiste, de pesanteur minérale, de substances toxiques largement répandues, d'une science presque totalement asservie au profit, a porté atteinte au monde sensible qui constitue l'enveloppe vivante et vitale de notre planète. Il semble que ce ne soit qu'à l'aune du sacré que nous pourrions mesurer l'ampleur de notre responsabilité. "J'entends par sacré ce sentiment humble où la gratitude, la connaissance, l'émerveillement, le respect et le mystère s'allient pour inspirer nos actes, les éclairer et faire de nous des être très présents au monde, mais affranchis des vanités et des arrogances qui révèlent bien davantage nos angoisses et nos faiblesses que notre force." [Pierre RABHI] Conscience et environnement

Comme une rivière crée les berges qui la contiennent, l'énergie en quête de vérité crée sa propre discipline sans aucune forme de contrainte; et comme la rivière trouve la mer, l'énergie trouve sa propre liberté.
[Jiddu KRISHNAMURTI]
Le sens du bonheur

Vous devez être le changement que vous voulez voir dans ce monde.

[GHANDI]

Richesse c'est pouvoir. C'est le pouvoir d'acheter; c'est un droit de commandement sur tout le travail d'autrui.
[HOBBES]


Science sans conscience, n'est que ruine de l'âme
[RABELAIS]


Rien n'est si dangereux qu'un ignorant ami; Mieux vaudrait un sage ennemi
[Jean de la FONTAINE]

Chaque fois que l'humanité est amputée d'une de ses langues, une de ses cultures, un de ses peuples, ce sont ses propres enfants qui deviennent orphelins d'une partie d'elle même.
[Patrick BERNARD] www.icrainternational.org

Les paradis fiscaux ne sont pas qu'un phénomène marginal réservé à quelques milliardaires, quelques affairistes et beaucoup de mafieux. C'est, au contraire, « une infrastructure essentielle de la finance internationale ». Christian Chavagneux & Ronen Palan


La richesse se mesure au nombre de choses que nous pouvons laisser intactes
[THOREAU]

 

9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 22:01

Janvier 2010, un an d’investiture pour Obama, le point du Monde Diplomatique par Serge HALIMI. Peut-on réformer les Etats-Unis ? Preuve supplémentaire que l'individualisme institutionalisé a la peau dure, ce brillant article a aussi le mérite de faire la part des choses entre individuel et collectif, vouloir et pouvoir, personnalité et institution. Du carcan socioculturel duquel nul ne déroge, idées, fond et capacités médiatrices s’avèrent aussi fédératrices dans le bon que dans le moins bon. Que peuvent les capacités d’un seul homme face à la tyrannie des structures et à l’intégrisme libéral américain ? Que peuvent des idéaux inféodés aux croyances, à l’éducation et aux préjugés ? Avant extinction, les dodos pratiquaient aussi la «démocratie» et avaient aussi leur chef «spirituel». Qui sait ? Pour le pire et pour le meilleur…

http://villageampus83.blog.lemonde.fr/files/2009/01/numeriser0001.1232374239.jpg 

Trêve de bavardages, place à l’article (amputé de ces premiers paragraphes pour qu’il reste un tant soit peu digeste).

 

Trois mois avant son élection, M. Obama avait prévenu : « Le plus grand risque que nous pourrions prendre serait de recourir aux mêmes techniques politiques avec les mêmes joueurs, et d’en attendre un résultat différent. Dans des moments pareils, l’histoire nous enseigne que ce n’est pas de Washington que vient le changement, il arrive à Washington parce que le peuple américain se lève et l’exige. »Le militantisme de terrain devrait donc permettre de secouer les pesanteurs conservatrices de la capitale, résidence officielle de tous les lobbies du pays. Un an plus tard, alors qu’on ne perçoit nulle trace d’un mouvement populaire, on ne compte plus les projets de loi bloqués, édulcorés, amputés par les « mêmes techniques politiques et les mêmes joueurs ».

 

Question « pedigree », celui de l’actuel président détonnait pourtant avec ceux de ses prédécesseurs. Pour la raison visible qu’on connaît, mais aussi parce qu’il est inhabituel que le locataire de la Maison Blanche ait, dans sa jeunesse, sacrifié la possibilité de gagner énormément d’argent en pratiquant le droit à New York au désir d’aider les habitants des quartiers pauvres de Chicago. Toutefois, quand on examine le choix par M. Obama des membres de son cabinet, la nouveauté semble moins renversante. Pour une ministre du travail proche des syndicats, Mme Hilda Solis, qui promet une rupture avec les politiques antérieures, on trouve une ministre des affaires étrangères, Mme Hillary Clinton, dont les orientations diplomatiques tranchent peu avec le passé, mais aussi un ministre de la défense M. Robert Gates, carrément hérité de l’administration Bush. Ou encore un ministre des finances, M. Timothy Geithner, trop lié à Wall Street pour pouvoir (ou vouloir) le réformer, et un conseiller économique, M. Lawrence Summers, architecte des politiques de déréglementation financière ayant valu au pays de frôler l’apoplexie. Quant à la « diversité » de l’équipe, elle n’est pas d’ordre sociologique. Vingt-deux des trente-cinq premières désignations effectuées par M. Obama étaient titulaires d’un diplôme d’une université d’élite américaine ou d’un collège huppé britannique.

 

Depuis le début du XXe siècle, les démocrates sont particulièrement sujets à l’illusion technocratique de la compétence, du pragmatisme, du gouvernement des meilleurs («the best and the brightest»),de l’excellence, de l’expertise qui doit imposer ses volontés à un monde politique suspecté de démagogie permanente. Une philosophie de ce genre, à laquelle, paradoxalement compte tenu de son parcours, se rattache le président des Etats-Unis (afin de ne pas être confondu avec un militant afro-américain?), juge les mobilisations de masse, le « populisme », avec méfiance. D’emblée, M. Obama espéra donc que la fraction la plus raisonnable des républicains s’accorderait avec lui pour extraire le pays de l’ornière. Et il lui tendit la main. En vain. Il a récemment commenté cette rebuffade : « Nous avons dû prendre une série de décisions difficiles sans recevoir d’aide du parti d’opposition, lequel, malheureusement, après avoir présidé aux politiques ayant conduit à la crise, a décidé de s’en décharger sur d’autres. »Etrange formulation, mais révélatrice : elle fait l’impasse sur l’élection présidentielle de 2008, à l’issue de laquelle les républicains n’ont pas « décidé » d’abandonner les rênes du pays à d’autres ; ils ont été chassés du pouvoir par le peuple.

 

Ils ne le supportent pas. D’où leur violence. En juin 1951 déjà, un démocrate, Harry Truman, occupe la Maison Blanche. Sans rechigner, il se consacre au combat contre le communisme et l’Union soviétique, à la défense de l’empire et des profits de General Electric. Néanmoins, aux yeux d’une part importante de l’électorat républicain, rien à faire, c’est un traître. Le sénateur Joseph McCarthy s’exclame : « On ne comprend rien à la situation actuelle si on ne saisit pas que des hommes placés aux plus hauts échelons de l’Etat se concertent pour nous conduire au désastre. C’est une conspiration si immense qu’elle relègue au statut de poussière tout ce qui l’a précédée dans l’histoire. Une conspiration tellement infâme que, quand on l’aura dévoilée, son responsable méritera d’être à jamais maudit par tous les honnêtes gens. »Pendant quatre ans, le sénateur du Wisconsin va terrifier ce que le pays compte de progressistes, artistes ou syndicalistes, mais aussi les principaux responsables de l’Etat, militaires compris.

 

Nous n’en sommes pas là. Toutefois, l’air est à nouveau vicié par la paranoïa des militants de droite portée à l’incandescence par les talk-shows à la radio, l’« information » continue de Fox News, les éditoriaux du Wall Street Journal,les Eglises fondamentalistes, les rumeurs délirantes que charrie Internet. Comme dans d’autres pays, un tel tintamarre envahit l’esprit et interdit de penser à autre chose. Ainsi, des millions d’Américains passionnés par la politique sont convaincus que leur président a menti sur son état civil, que, né à l’étranger, il était inéligible. Ils jurent que sa victoire, pourtant acquise avec huit millions cinq cent mille voix d’avance, est le produit d’une fraude, d’« une conspiration si immense... ».

 

L’idée d’avoir pour dirigeant un homme qui a passé deux ans en Indonésie dans une école musulmane, un ancien militant de gauche, un cosmopolite, un intellectuel les révulse(1). Ils croient dur comme fer que la réforme du système de santé servira de prélude à la création de « tribunaux de la mort » chargés de sélectionner les malades qui pourront se faire soigner. Ces bataillons survoltés constituent le noyau dur du Parti républicain. Ils maintiennent sous leur férule les élus avec lesquels le bon centriste Obama escomptait négocier sa politique de relance, sa réforme de l’assurance-maladie, la réglementation de la finance.

 

L’inanité d’une telle espérance fut établie sans tarder. Moins d’un mois après l’entrée du nouveau président à la Maison Blanche, son plan d’augmentation des dépenses publiques n’obtient le soutien d’aucun des cent soixante-dix-sept parlementaires républicains à la Chambre des représentants. En novembre, c’est au tour de la réforme du système de santé : cette fois, un seul député d’opposition se joint à la majorité démocrate. En décembre enfin, la législation destinée à protéger les consommateurs contre les pratiques abusives des organismes de crédit est, elle aussi, adoptée par la Chambre des représentants sans le moindre suffrage républicain. Chaque fois, pourtant, les textes présentés ont été amendés avec l’espoir que le président pourra se prévaloir de son esprit d’ouverture...

 

Dans le cas de la finance, nul ne sait encore à quoi ressemblera la loi au bas de laquelle il apposera son paraphe. Il faut en effet que soixante des cent sénateurs imposent un vote pour que la discussion d’un projet ne se prolonge pas indéfiniment. Les républicains étant quarante, chacun d’eux, et chaque démocrate félon, peut monnayer son soutien au prix fort. L’un de ces derniers, M. Joseph Lieberman, qui avait appelé à voter pour M. John McCain en 2008, a ainsi fait obstruction à la création d’un assureur public (public option)destinée aux Américains sans couverture médicale. Les compagnies d’assurances privées comptent au nombre des principaux bailleurs de fonds du sénateur Lieberman...

 

Le 28 septembre 2008, alors qu’un plan de sauvetage des banques agréé par le candidat Obama allait leur allouer une aide d’urgence de 700 milliards de dollars, un parlementaire de gauche, M. Dennis Kucinich, interpella ses collègues : « Sommes-nous le Congrès des Etats-Unis ou le conseil d’administration de Goldman Sachs ? » La question demeure assez pertinente pour que le président américain ait jugé récemment utile de préciser : « Je n’ai pas fait campagne pour aider les gros bonnets de Wall Street. » Toutefois, en 2008, Goldman Sachs, Citigroup, JPMorgan, UBS et Morgan Stanley figurèrent sur la liste des vingt principaux bailleurs de fonds de sa campagne (2). Le journaliste William Greider résume la situation : « Les démocrates sont placés devant un dilemme : peuvent-ils servir l’intérêt public sans mécontenter les banquiers qui financent leurs carrières (3) ? »

 

Les Etats-Unis sont-ils réformables ? On prétend que leur système se caractériserait par l’« équilibre des pouvoirs ». Il consiste en réalité en une multiplication d’échelons où règne le pouvoir du dollar. En 2008, des millions de jeunes se sont lancés dans l’arène politique en escomptant que, avec ce président, rien ne serait plus comme avant. Mais voilà, lui aussi se comporte en maquignon, achète un vote qui sinon lui ferait défaut, courtise un élu qu’il méprise. Peut-il faire autrement ? La personnalité d’un homme ne pèse jamais très lourd face à la tyrannie des structures, surtout quand l’opposition se montre hystérique et que le « mouvement populaire » se résume à des syndicats en capilotade, des militants noirs cooptés par l’exécutif et des blogueurs infatués qui croient que le militantisme s’épanouit derrière un clavier. Or, aux Etats-Unis, toute inflexion progressiste du cours des choses exige un alignement des planètes presque parfait. En revanche, pour réduire massivement les impôts des riches, Reagan n’eut même pas besoin d’une majorité de parlementaires républicains...

 

La biographie de M. Obama a fait naître un malentendu. D’une part, parce qu’elle a concentré sur lui tous les feux et toutes les attentes. D’autre part, parce que ce président des Etats-Unis ne ressemble plus depuis longtemps à l’adolescent radical qu’il décrit dans ses Mémoires. Celui qui assistait à des conférences socialistes et œuvrait à Harlem pour une association proche de M. Ralph Nader. Il n’a plus rien à voir non plus avec le militant afro-américain qui, « afin d’éviter d’être pris pour un traître, sélectionna ses amis avec soin. Les étudiants noirs les plus activistes. Les étudiants étrangers. Les chicanos. Les professeurs marxistes, les structuralo-féministes et les poètes punk rock. Nous fumions des cigarettes et portions des blousons de cuir. La nuit, dans les dortoirs, nous discutions du néocolonialisme, de Frantz Fanon, d’ethnocentrisme européen et de patriarcat (4). »

 

Pour les républicains, ce passé-là rappelle que l’homme est dangereux, étranger à la culture individualiste du pays, complaisant envers les « ennemis de la liberté » et disposé, pour commencer, à « socialiser le système de santé américain ».De leur côté, une partie des militants démocrates espèrent que leur président, qui les déçoit pour le moment, n’hésitera pas sitôt qu’il le pourra à mettre en œuvre une politique plus progressiste ; et que telle est bien sa volonté. L’appréhension des uns revigore l’espérance des autres. Néanmoins, pour paraphraser l’expression du journaliste Alexander Cockburn, la gauche, qui inspecte les entrailles des textes présentés au Congrès pour y dénicher la moindre parcelle de victoire, sait que le temps est compté : les élections législatives de novembre prochain risquent d’intervenir dans un climat économique morose. Elles vont donc probablement éclaircir les rangs des élus démocrates.

 

En définitive, on parle trop de M. Obama. L’homme a pris les traits d’un démiurge qu’on croit capable de dompter les forces sociales, les institutions, les intérêts. Cette personnalisation immature du pouvoir caractérise aussi la France et l’Italie, mais là le diable est niché de l’autre côté ; qu’il tombe et le pays sera sauvé... Il y a environ un demi-siècle, l’historien américain Richard Hofstadter a popularisé l’expression « style paranoïaque » pour saisir une humeur politique de ce genre. A l’époque, il pensait surtout à la droite maccarthyste et à ses succédanés immédiats, mais il prétendait aussi que son idéal type trouverait au fil des ans bien d’autres applications.

Nous y sommes. L’essor de l’individualisme, la paresse intellectuelle, la dérive hystérique des débats, le rôle délétère des médias, le déclin du marxisme aussi, ont généralisé l’illusion selon laquelle, comme l’expliquait Hofstadter en 1963, « l’ennemi n’est pas, contrairement à nous tous, soumis à la grande mécanique de l’histoire, victime de son passé, de ses désirs, de ses limites. C’est un agent libre, actif, diabolique. (...) Il fabrique les crises, déclenche les faillites bancaires, provoque la dépression, confectionne des désastres, et ensuite se délecte, puis profite de la misère qu’il a provoquée (5). » Un animateur de radio ultraconservateur, Rush Limbaugh, réplique que certains partisans de M. Obama prennent celui-ci pour le Messie. Il n’a pas tort. Mais pourquoi persiste-t-il alors, lui, à dénoncer chaque jour l’Antéchrist ?

 

Au fond, le « miracle » de l’élection de novembre 2008 pourrait être de nous avoir rappelé que les miracles n’existent pas. Et que le destin des Etats-Unis, comme celui des autres pays, ne se confond ni avec la personnalité d’un homme ni avec la volonté d’un président.



(2) Selon la liste établie par le Center for Responsive Politics, cf. « Top contributors to Barack Obama », Opensecrets.org.

(3) William Greider, « The money man’s best friend », The Nation, New York, 11 novembre 2009.

(4) Barack Obama, Dreams From My Father, Crown Books, New York, 2004, p. 100.

(5) Richard Hofstadter, The Paranoid Style in American Politics, Alfred Knopf, New York, 1966, p. 32.

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Published by Ploutopia - dans Pays Politique
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commentaires

Roland 12/02/2010 12:56


Je ne crois pas que les USA soient réformable.
Le système est trop vérrouillé; et par des gens qui ont trtop de moyens de le tenir.

Et je necrois pas qu'il y aura jamais un président qui réformera ce pays, si un essaye il se fera assasiner, soit avant même d'être élu comme Robert Kennedy, soit après si il s'avise de prendre des
mesures menaçant la toute-puissance des milieux qui ont le pouvoir réel (Lincoln et John Kennedy tous deux assassinés peu de temps après avoir pris des mesures visant à ce que l'Etat prenne le
pouvoir d'émettre lui-même la monnaie)


Ploutopia 13/02/2010 21:30



Merci pour cette judicieuse remarque dont il est d’ailleurs question dans cet article Faut-il sauver les banques ou les manchots?, avec cette fameuse citation prêtée à Abraham Lincoln


"Le gouvernement devrait créer, émettre, et faire circuler toutes
les devises et tous les crédits nécessaires pour satisfaire les dépenses du gouvernement et le pouvoir d'achat des consommateurs. En adoptant ces principes, les contribuables économiseraient
d'immenses sommes d'argent en intérêts. Le privilège de créer et d'émettre de la monnaie n'est pas seulement la prérogative suprême du gouvernement, mais c'est aussi sa plus grande
opportunité."
--
Abraham Lincoln [1809-1865], président des Etats-Unis, assassiné


Liens

A lire

1) Manuel d’anti-économie

2) Transition écologique & économique

3) Le retour du puritanisme au travail

4) Le désir comme désir de l’Autre

5) La Décroissance, l’Argent et Moi

6) Argent, Richesse, Valeur

 

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Epuisement des ressources

Dates d'épuisement des richesses exploitables de notre planète au rythme actuel de consommation (1)

2021 : fin de l'argent
2025 : fin de l'or et du zinc
2028 : fin de l'étain
2030 : fin du plomb
2039 : fin du cuivre
2040 : fin de l'uranium
2048 : fin du nickel
2050 : fin du pétrole
2064 : fin du platine
2072 : fin du gaz naturel
2087 : fin du fer
2120 : fin du cobalt
2139 : fin de l'aluminium
2158 : fin du charbon

Notre planète n'est pas infinie. On le sait. Ses ressources sont limitées et ne peuvent satisfaire ad vitam eternam les exigences voraces de milliards d'êtres humains.

Nous devons anticiper la pénurie proche des matières premières en vivant tout simplement autrement. Sinon des guerres terribles risquent d'éclater dans un futur proche à la surface de tout le globe pour l'accaparement des gisements restants, atomisant les villes et faisant un carnage parmi les populations. Cela en moins d'une petite génération!

Si nous voulons éviter le pire, retroussons nos manches! Une nouvelle civilisation reste à inventer, ici et maintenant, plus propre, plus économe, plus respectueuse et dont l'objectif premier soit réellement le bonheur de tous et non le profit égocentrique de quelques uns au détriment de tous les autres.

Voir échéancier des ressources exploitables sur le site Terre sacrée.
(1) D'après Science et Vie hors série N° 243, construire un monde durable, de Juin 2008. http://www.mondedurable.science-et-vie.com 

Freemen

Freemen est un réseau de blogs, dont les auteurs sont convaincus que :
• le changement climatique est un problème majeur, pas uniquement écologique, mais aussi politique et économique
• s’attaquer sérieusement à ce problème implique une remise à plat de nos modèles économiques et, particulièrement, de la notion de «croissance».



Au delà, comme le nom “Freemen” l’indique, chacun pense, écrit ce qu’il veut sur son blog. L’ensemble de ces contenus doit petit à petit former une nouvelle “chaîne”, un nouveau “journal”, chacun parlant de politique, mais aussi, d’art, de ciné, de tout.

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