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Présentation

  • : Démocratie? Ou Ploutocratie?
  • Démocratie? Ou Ploutocratie?
  • : Pas d'issue aux grands défis de l'humanité (pétrole, eau, famines, biodiversité, érosion, climat...) sans changement de paradigme et TOTALE remise en question tant au niveau individuel que pluriel (mode de vie, économie, progrès…)
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Tonnes CO2/personnes/an

2 = capacité d'absorption de la terre
4 = moyenne mondiale (2 fois trop)
8 = émission moyenne d'un Européen (4 fois trop)
20 = émission moyenne d'un Américain (10 fois trop)
0,09 = émission moyenne d'un Burkinabé
0,06 = émission moyenne d'un Ethiopien

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Bon à savoir

- La production d'un kilo de bœuf nécessite autant d'eau qu'une douche (débit de 18 litres par minute) quotidienne de 5 minutes pendant 2 ans.


- En Europe, chaque tête de bétail est subsidiée à plus de 2 euros par jour, soit un peu plus que le revenu journalier des 2/3 de la population mondiale.

 

- Le total des actifs financiers (crédits et spéculations) atteint 6,7 fois le PIB mondial!

 

- Dans le Pacifique Nord, les courants océaniques charrient des millions de tonnes de plastique. Leur accumulation couvre désormais une zone grande comme 6 fois la France.


- Seuls 1,6% des dépenses militaires ou 4,3% des subventions agricoles sont nécessaires pour assainir les besoins en eau de 80% des Africains.


- La fortune des 3 individus les plus riches de la planète est supérieure au PIB des 48 pays les plus pauvres (600 millions de personnes).


- Les pays en développement, qui subissent durement les dérèglements climatiques, ont produit moins de 20% des 350Gt (giga tonne) de CO2 accumulé dans l’atmosphère depuis 1850, alors qu’ils représentent 80% des terriens.


- Pour la banque mondiale, de 2006 à 2008, les prix alimentaires ont augmenté de 85%. Dans les pays pauvres, les dépenses alimentaires représentent 60 à 90% des budgets des ménages…


- Un plein de 50 litres de bioéthanol correspond à  250 kg de maïs, de quoi nourrir une personne pendant une année.


- Par an, les avions commerciaux émettent autant de CO2 que toute l'Afrique.


- L'élevage industriel consomme autant de céréales qu'Indiens et Chinois réunis (moitié de la population mondiale).

- La production, le stockage, le transport et le conditionnement d'une calorie alimentaire issue de l'agriculture conventionnelle nécessite 40 calories fossiles!


- D'autres chiffres ici

 

Archives

Citations & Livres

Aucun être humain ne vient au monde pour éviter à ses frères la peur de mourir en niant le corps par le travail et l'intellectualisation du monde. [Raoul VANHEIGEM] Adresse aux vivants sur la mort qui les gouverne et l'opportunité de s'en défaire

 

Ce que fait actuellement la logique de marché, c'est jouer sur la méfiance radicale de l'être humain à l'égard du détachement, ancrée dans l'énergie angoissée du besoin, pour pouvoir inverser l'énergie renonçante du Désir en énergie compulsive de l'envie. [Christian ARNSPERGER] Ethique de l'existence post-capitaliste

 

Le discours économique a une fonction terroriste, celui d'évincer le citoyen du débat [cité par Marie Martin-Pêcheu] Bio-économie

 

La monnaie et l’économie existent parce que l’homme n’a pas confiance en son prochain, qu'il suppose – souvent à raison - vouloir obtenir un échange gagnant. Il veut des garanties. Mais les garanties ne tiennent pas leurs promesses et se révèlent incapables d’empêcher l’injustice. [Didier LACAPELLE] Manuel d'anti-économie

 

Pour ceux qui connaissent le sens profond des choses, les paroles brèves sont des commentaires ; Pour ceux qui se fient aux apparences, les vastes discours ne sont que des abrégés imprécis. [Mawlânâ Djalâl Od-Dîn Rûmî] La geste de Taliesin

 

Notre époque a besoin d’une grande bouffée d’air frais, qui la revivifie. Vienne le temps où chaque individu, rejetant l’apathie dont tire sa force le pouvoir léthargique qui l’opprime, se change en guerrier sans armure et sans autre arme qu’une invisible force de vie. Qu’il combatte sans relâche pour ce qu’il a d’unique et de plus cher au monde, sa propre existence, vrai champ de bataille où nerfs, muscles, sensations, pensées répondent à la sollicitation de désirs obnubilés par la passion de jouir et que contrarient, refoulent, mutilent et nient les mécanismes d’une économie qui exploite le corps à l’égal de la terre. [Raoul VANEIGEM] Nous qui désirons sans fin


A travers le voile de notre vision rationnelle, la lumière du Réel se brise, et la transforme en une autre vision, comme la lumière du soleil dans la pluie donne l'arc-en-ciel. L'homme, devenu conscient du soleil, comprendra l'arc-en-ciel d'une facon différente. Mais celui qui aura le courrage de tourner le dos à ce qui n'est que l'arc-en-ciel, verra le soleil lui-même. L'homme ressent en lui-même et en son monde, la promesse d'une Réalité qui, à l'origine de son développement rationnel, se cache. [Karlfried GRAF DÜRCKHEIM] 
La percée de l'être ou les étapes de la maturité


L'écologie extérieure sans écologie intérieure n'est qu'illusion. Si intérieurement, l'esprit est mu par des violences passionnelles, cela se traduira inévitablement en comportements extérieurs. Intérieur et extérieur sont interdépendants. Sans un changement intérieur de mentalité et de relation, vouloir un changement à l'extérieur est illusoire. [Denys RINPOCHE]


L'économie politique a placé sur un podium quelques-unes de nos dispositions naturelles les plus vilaines : le matérialisme, l'esprit de compétition, la gloutonnerie, la vanité, l'égoïsme, la myopie intellectuelle et la toute bête cupidité. [Hazel HENDERSON] cité par Fritjof Capra dans Sagesse des sages

Si la logique en place est si tenace, c'est peut-être que quelque chose au fond de nous même y collabore - quelque chose qui participe de l'angoisse et du déni de notre condition d'humains. Les voies de sorties, les plus pertinentes de l'économie capitaliste ne sont donc pas économiques. Elles sont existentielles. [Christian ARNSPERGER] Critique de l'existence capitaliste, Pour une étique existentielle de l'économie

Notre siècle de rationalité matérialiste, de pesanteur minérale, de substances toxiques largement répandues, d'une science presque totalement asservie au profit, a porté atteinte au monde sensible qui constitue l'enveloppe vivante et vitale de notre planète. Il semble que ce ne soit qu'à l'aune du sacré que nous pourrions mesurer l'ampleur de notre responsabilité. "J'entends par sacré ce sentiment humble où la gratitude, la connaissance, l'émerveillement, le respect et le mystère s'allient pour inspirer nos actes, les éclairer et faire de nous des être très présents au monde, mais affranchis des vanités et des arrogances qui révèlent bien davantage nos angoisses et nos faiblesses que notre force." [Pierre RABHI] Conscience et environnement

Comme une rivière crée les berges qui la contiennent, l'énergie en quête de vérité crée sa propre discipline sans aucune forme de contrainte; et comme la rivière trouve la mer, l'énergie trouve sa propre liberté.
[Jiddu KRISHNAMURTI]
Le sens du bonheur

Vous devez être le changement que vous voulez voir dans ce monde.

[GHANDI]

Richesse c'est pouvoir. C'est le pouvoir d'acheter; c'est un droit de commandement sur tout le travail d'autrui.
[HOBBES]


Science sans conscience, n'est que ruine de l'âme
[RABELAIS]


Rien n'est si dangereux qu'un ignorant ami; Mieux vaudrait un sage ennemi
[Jean de la FONTAINE]

Chaque fois que l'humanité est amputée d'une de ses langues, une de ses cultures, un de ses peuples, ce sont ses propres enfants qui deviennent orphelins d'une partie d'elle même.
[Patrick BERNARD] www.icrainternational.org

Les paradis fiscaux ne sont pas qu'un phénomène marginal réservé à quelques milliardaires, quelques affairistes et beaucoup de mafieux. C'est, au contraire, « une infrastructure essentielle de la finance internationale ». Christian Chavagneux & Ronen Palan


La richesse se mesure au nombre de choses que nous pouvons laisser intactes
[THOREAU]

 

16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 23:27

L’agence de notation Standard and Poor’s a abaissé sa note souveraine pour l’Espagne, estimant que la crise actuelle a mis en lumière les faiblesses structurelles du pays, deuxième de la zone euro à subir ce sort après la Grèce.

 

 

L’Agence de notation Fitch menace la France, le Royaume-Uni et l’Espagne sur la gestion de leurs finances publiques, les appelants « à prendre des mesures de réduction des déficits plus crédibles », au risque de voir leurs notes (AAA) remises en cause.

 

L’agence de notation Moody’s menace la France

engagement-financiers-bruts-et-deficits-des-administrations

Source:

Certains Pays sont insolvables (blog-Crottaz)

 

Pourquoi ces agences de notations anglo-saxonnes menacent certains états alors que ces Etats ne sont pas plus dans le rouge que les deux plus grands chantres anglo-saxons du néolibéralisme? Pourquoi la Grèce et pas le Royaume-Uni par exemple ? C'est ça la force des marchés et de la bourse, du bluff, toujours du bluff. Si vous voulez en apprendre d’avantage sur la manière de spéculer sur la dette d’un Etat, il y a une bonne explication ici.

 

Ce qui est certain, c’est que le beau modèle capitaliste néolibéral a du plomb dans l’aile. Ceux qui devraient montrer allégeance et gratitude se montrent encore plus agressifs et déloyaux. Le Capital mange la main qui l’a nourri. Oubliez la démocratie ou l’Etat de droit, le marché fait la loi.

 

Alors ? Démocratie ? ou Ploutocratie ?

 

Et encore, trop facile est cette focalisation sur les méchants riches de la planète qui détruisent tout, comme ce nouveau site THE VILE PLUTOCRAT (l’infâme ploutocrate) qui vient de sortir aux Etats-Unis, ou comme le bouquin d’Hervé KEMPF titré « Comment les riches détruisent la planète ». Si seulement ce n’était QUE la faute des riches, des chinois ou du pétrole… Ce serait trop beau.

 

Riche ou pas, il s’agit de l’homme.

Riche ou pas, il s’agit d’un système institutionnalisé par ce même homme. Un système dans lequel l’argent et ses intérêts jouent un rôle clé.

 

Alors ? A qui la faute ? Les riches ? Ou vous et moi ?

 

Lire aussi Le pouvoir exorbitant des agences de notations

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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 21:29

socrate.jpg

Ce qui se passe en Grèce aujourd’hui est symptomatique d’un système monétaire pour lequel les Etats n’ont plus droit au chapitre. Bloqués par une dynamique budgétaire asphyxiante, les Etats se voient contraints de pactiser avec les magouilleurs en col blanc. Le manque structurel de capitaux et les règles d’intégration Européenne ont obligé les Grecs à falsifier leurs comptes sous l’aiguillon intéressé de Wall Street et de politiciens véreux (1).

 

 

Pour unifier l’Europe sous la bannière d’une devise unique, on avait créé l’euro avec un péché originel : certains pays – notamment l’Italie et la Grèce – étaient entrés dans la zone euro avec des déficits supérieurs à ceux qu’autorise le traité qui avait créé la devise. Au lieu d’augmenter les impôts ou de réduire leurs dépenses, ces pays ont réduit artificiellement leurs déficits en recourant à des produits dérivés. (1)

 

Dans le monde de la finance et de la ploutocratie axé sur la gagne, tout n’est plus qu’une question de jeu comptable. On fait passer des recettes pour des dépenses, des crédits pour des débits, des emprunts pour des prêts, etc. Al Capone ne « valait rien » sans son comptable. C’est toujours le cas de nos jours sauf que la contrebande et la comptabilité se sont développées de manière exponentielle dans tous les sens du terme : taille, étendue, diversité et complexité. Subprimes, titrisation, société écran, comptes offshore, trafic en tout genre (bois, animaux, enfants, organes, drogue, arme) et ce, sur l’ensemble du globe et impliquant des milliers d’intermédiaires, ne sont que quelques exemples de l’ingéniosité de l’homme dans sa quête d’infini mal placé.

 

Dès 2000 les Ministres européens des finances ont débattu avec âpreté pour savoir s’il fallait ou non rendre publique l’utilisation des produits dérivés  par la comptabilité créative (en clair, l’art de trafiquer les comptes en toute légalité - ndlr). La réponse a été négative (1).

 

Par ministres des finances entendez : Lagarde, Reynders ou Steinbrück que nos médias financiers s’acharnent à encenser régulièrement (2).

 

«Les politiciens voudraient faire avancer les choses et dès qu’une banque leur donne les moyens de repousser un problème à plus tard, ils tombent dans le panneau», a déclaré Gikas A. Hardouvelis, économiste et ex-fonctionnaire du gouvernement, qui a contribué à la rédaction du dernier rapport sur les pratiques comptables grecques (1).

 

 

Autrement dit, nos Ministres (Lagarde, Reynders, Steinbrück, etc.) et Politiciens (Barroso, Trichet, Van Rompuy)  sont de mèche ! Et ils se permettent aujourd’hui de critiquer la Grèce pour sa « mauvaise gestion » ?

 

Ce qu’ils n’avoueront jamais, c'est que cette « mauvaise gestion » est la leur, la nôtre et celle d’un système corrompu jusqu’à la moelle. Cette « mauvaise gestion » fait partie intrinsèque du système.

 

Cette « mauvaise gestion » est devenue, à l’instar des paradis fiscaux (3), une réalité structurelle de système. Plus moyen de s’en passer sans que tout le château de carte ne s’écroule. C’est d’ailleurs la crainte de voir la Grèce claquer la porte aux créanciers (elle doit tout de même 300 milliards de dollars un peu partout dans le monde) qui pousse les Eurocrates à « l’aider ».

 

« Aider » en proposant un achat de terres(4) comme cela se fait déjà pour les pays du sud(5)!

« Aider » en mettant la Grèce sous tutelle du FMI et des rapaces de la finance(6)!

« Aider » en imposant une cure d’austérité draconienne à une population qui n’a rien demandé(7)! Cure d’austérité qui rassure évidement l’Europe et les marchés(8). Le peuple trinque et le capital souffle…

 

Alors, tant qu’à faire, autant que les Grecs rompent tout de suite avec l’euro plutôt que de se saigner à blanc dans la douleur sous le sourire cynique des vampires de la Haute Finance. Ils rejoindront alors les rangs de la Bolivie, du Nicaragua et du Venezuela qui ont eu le cran d’envoyer bouler le FMI et ses foutus plans d’ajustement structurels et programmes d’austérité(9). L’euro a toujours prétendu être la monnaie du peuple mais ne l’a jamais été. L’euro a été créé et conçu par et pour la ploutocratie, jamais pour la démocratie. Les statistiques monétaires européennes (indice des prix, taux bancaires, inflation, endettement) ont toujours été manipulées(10).

 

Le choix Grec se résume en effet précisément à ceci : le peuple ou l’euro ?(11)

 

Fascinant et pitoyable est le parallélisme entre les événements de la Grèce Actuelle et ceux de la Grèce Antique en moins 400 avant J.-C. sous Socrate, Platon et Aristophane le poète (12). A lire ces grands philosophes et poètes on ne peut que s’étonner de la force et de l’acuité de leurs analyses tout en s’attristant du contraire pour l’humanité qui piétine depuis 2400 ans !

 

platonPlaton n’ignorait pas que la Grèce avait expérimenté toutes les formes du pouvoir unique et absolu (monarchie et tyrannie), mais aussi les formes les plus diverses du pouvoir oligarchique : l’aristocratie s’appuyant sur la simple possession des terres (à Thèbes mais aussi à Athènes avec les « eupatridès » et leur main mise sur le sénat) ; la gérontocratie censée valider l’expérience et la sagesse des anciens (Sparte) ; la polyarchie militaire dominant régulièrement la vie des cités grecques; et même une certaine forme de théocratie avec les prêtres de Delphes qui n’hésitaient pas à lancer des guerres sacrées contre les cités coupables de sacrilèges quand les offrandes n’étaient pas suffisantes. Dans ce contexte, la démocratie était apparue comme le degré de perfection absolue de la vie dans la Cité, et donc comme la fin de la barbarie politique (guerres fratricides, dépravation des élites et misère du peuple) (12).

 

Mais grâce aux pièces satiriques d’Aristophane (et à qui l’on doit le nom de ploutocratie), Platon découvrait de nouveaux mécanismes: la ploutocratie était, et serait dorénavant, une nouvelle forme de pouvoir, liée à l'utilisation de la monnaie; elle pourrait se développer au sein de toutes les démocraties; elle menacerait la survie même des peuples victimes. En clair, la cause était désespérée à tous les niveaux, et c'est exactement ce sentiment que dégagent les écrits de Platon, notamment quand il fait appel à la grâce divine (12).

 

Dans sa lettre où il met en accusation les assassins de Socrate, Platon termine par cette célèbre phrase : « Donc, les maux ne cesseront pas pour les humains avant que la race des purs et authentiques philosophes n’arrive au pouvoir ou que les chefs de cités, par une grâce divine, ne se mettent à véritablement philosopher » (12).

 

Pour mémoire, la démocratie athénienne à été instaurée par Clisthène en 507 avant notre ère, et Socrate a été condamné à boire la ciguë en -399 avant J.-C. (12).

 

Depuis lors, l'Histoire a largement donné raison au poète: d'une part, la ploutocratie supplante systématiquement la démocratie, en tout temps et en tout lieu; d'autre part, l'humain n'a pas changé, ni individuellement (il est toujours matérialiste et âpre aux gains) ni collectivement (le peuple est un tas de graisse, et il suffit de payer quelques gens du peuple pour obtenir le droit de tout faire) (12).

 

Le peuple Grec a toutes les raisons de se révolter (13).

 

Que la Grèce se révolte pour détrôner une élite qui hurle encore avec les loups, ne serait qu’un juste retour des choses. Les grecs devraient se révolter contre les abus de la ploutocratie comme les français l’ont fait il y a deux siècles envers les abus de la monarchie. Que les Grecs fassent leur « révolution hellénique », tous les peuples opprimés et malmenés de la planète seront derrière eux. Que la Grèce retrouve son autonomie monétaire en créant une monnaie publique nationale. Qu’elle prouve que nous ne sommes pas des moutons, des numéros ou des citrons à presser jusqu’à la mort.

 

AristophanePeut-on imaginer dénouement plus symbolique? Que la Grèce, berceau des civilisations, devienne un exemple pour toutes les Nations en posant la première pierre d’un nécessaire et salutaire changement systémique. Après le choc sur les deux tours du WTC au cœur de l’idéologie dominante, le peuple Grec porterait le deuxième uppercut au cœur des premiers désirs d’hégémonie.

 

Ce ne serait certainement pas tout, loin s’en faut, à commencer par une sérieuse analyse introspective. Mais ce serait déjà un bon début.

 

Depuis que les Etats ont cédés leur droit régalien de battre monnaie à des banquiers centraux répondant à des intérêts privés, ils sont devenus la vache à lait des grands créanciers (politiciens complices compris) de ce monde (14). Capone, c’est du pipi de chat à côté de ce qui se passe aujourd’hui (15).


Aujourd’hui la faillite de la Grèce, demain, celle de l’Espagne, puis viendra celle du Portugal, de l’Italie, de la Grande-Bretagne…(16) A qui le tour ? Et nous devrions tout accepter la bouche en cœur alors que toutes les richesses, fruit du sang des hommes et de la terre, se planquent dans des paradis fiscaux et magouilles financières ?

 

« Donnez-moi le contrôle sur la monnaie d’une nation, et je n’aurai pas à m’occuper de ceux qui font ses lois

– Meyer Anselm Rothschild, banquier.

 

A consulter:

www.public-debt.org

La dette publique, une affaire rentable, André Jacques HOLBECQ, Philippe DERUDDER

Tax Heaven, how globalisation Really Works, Christian CHAVAGNEUX

 

Notes :

(1) Wall Street a aidé la Grèce à dissimuler ses dettes et a attisé la crise européenne.

Source : New York Times – International Herald Tribune du 14 février 2010.

Traduction : Horizons et débats

(2) Après Christine Lagarde (France) et Peer Steinbrück (Allemagne), le Belge Didier Reynders est considéré par le Financial Times comme le meilleur ministre des Finances en Europe. Alors que Reynders est probablement le pire de la bande! FORTIS, voici pourquoi REYNDERS doit démissionner

(3) Les paradis fiscaux, pierre angulaire du système. Les entreprises du CAC40 (qui ne sont donc que 40) possèdent 1470 filiales dans les paradis fiscaux. 50% des flux financier mondiaux annuels transitent par des paradis fiscaux.

(4) L’Allemagne s’apprête-t-elle à entreprendre une conquête territoriale en Grèce ?

(5) Pays pauvres à vendre

(6) En Grèce comme ailleurs, l'alibi de la dette?, Gabriel COLLETIS

(7) La Grèce annonce un plan d'austérité de 4,8 milliards d'euros

(8) La cure d’austérité grecque rassure l’Europe et les marchés

(9) Le CIRDI en ligne de mire : la Bolivie, le Venezuela et le Nicaragua claquent la porte

(10) La gestion (désastreuse) de l’Euro + Faut-il sauver les banques ?

(11) La Grèce entre le peuple et l’euro

(12) Le néolibéralisme ? Un très vieux système… Pourquoi faut-il le combattre ?, Alter-Europa, Junon MONETA, p 3-6.

(13) Grèce: quatre raisons de refuser l'austérité, Gabriel COLLETIS

(14) Auto-multiplication cancéreuse des actifs financiers, Helmut CREUTZ

(15) Le total des actifs financiers (crédits et spéculations) atteint 6,7 fois le PIB mondial

(16) La spéculation attaque notre R(UE)

 

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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 09:45

nanotechnologie02Les nanotechnologies, comme le nom l’indique, sont des technologies pratiquées à l’échelle du nanomètre (nm), à savoir 1 milliardième de mètre. Pour fixer les idées, voici un petit tableau comparatif :

 

Cheveu humain (épaisseur)

80.000 nm

Cellule sanguine 

7.000 nm

Virus

100 nm

Molécule d’eau (H2O)

0.3 nm

Atome quelconque

0.2 nm

 

Le fait de travailler à si petite échelle pour différents matériaux (Or, Titane, Carbone, Zinc,…) leur confère des propriétés physico-chimiques hors du commun. Le nano-cuivre est élastique à température ambiante. Le nano-carbone est 100 fois plus résistant et 6 fois plus léger que l’acier. Le nano-argent est un antibactérien puissant. Ce ne sont là que quelques exemples représentatifs des « propriétés Superman » des nanomatériaux.

 

A l’image de l’adolescent qui s’identifie à son héros de jeux ou de BD favoris, « homo-technicus » ingurgite et exploite donc très vite ces prouesses technologiques en se prenant lui-même pour Superman. A la recherche de nouveaux marchés, nos grand technocrates ont tôt fait de commercialiser la « potion magique » sans se poser de questions. Au royaume du pognon et de la techno-science, prudence et conscience n’ont évidement pas droit au chapitre.

 

Car si ces matériaux ont des propriétés extraordinaires, il va sans dire qu’il existe un revers de médaille qui tombe assez vite sous le sens lorsqu’on observe le petit tableau ci-dessus. Quel est le comportement de ces « petites-minis-microscopiques » particules face aux barrières biologiques, aux cellules vivantes ??? Et qu’advient-il de ces petites merveilles une fois libérées dans la nature ??? Voilà deux questions bien embarrassantes auxquelles maitre pognon armé de sa technoscience ne souhaite point répondre pour le moment. Les perspectives de gains et de profits à court terme sont pour le moment encore bien trop importantes par rapport à l’hypothétique, possible, envisageable problème futur. Quitte à faire marche arrière à posteriori, (si c’est encore possible) comme on l’a fait pour l’amiante ou la vache folle (avec tous les coûts humains, financiers et environnementaux que cela comporte), pour le moment, on fonce !

 

- Le passage des barrières biologiques pourrait certes permettre un dosage et un ciblage adéquat dans le domaine médical, agronomique ou alimentaire mais il pose sérieusement question quand on sait que ces nanoparticules peuvent affecter l’ADN, code source de la vie. Présentes partout dans l’organisme et sans obstacle aucun, ces nanoparticules pourraient s’avérer d’aussi puissants, si pas plus dangereux, prédateurs que les virus dont nous aurions toutes les peines du monde à nous débarrasser. Avec le passage des barrières céphaliques, hépatiques ou placentaires on peut imaginer le pire. Des expériences in vitro ont déjà démontré une baisse de l’immunité, une désorganisation des fonctions cellulaires et une altération de l’ADN. Cfr. Notes (1)&(2)

 

- Une autre propriété importante des nanoparticules provient de leur haute réactivité chimique due à une plus grande surface de contact. Atout particulièrement intéressant en matière de catalyseur mais forte réactivité avec l’oxygène qui entraine la formation de radicaux libres particulièrement nocifs pour la santé humaine (athérosclérose, diabète, maladies neuro-dégénératives, cancer, ….).

 

- Rappelons qu’en sus de ces deux « formidables » propriétés, les nanoparticules sont peu ou pas « biodégradables ». A cette échelle le terme biodégradable n'a d'ailleurs plus de sens. Seules des techniques couteuses de centrifugation ou d'attraction pourraient les isoler ou les confiner en certains points (comme le nucléaire). Que faire une fois que ces particules se retrouvent dans l’eau, l’air, la terre, les arbres, les plantes, les animaux ? Les multiples problèmes de pollution de l’air par l’émission de particules fines (nanoparticules de carbone) des moteurs diesel ne devraient-ils pas nous mettre la puce à l’oreille ? (3) La présence de plus en plus inéluctable de métaux lourds en fin de chaine trophique ne devrait-elle pas nous alarmer ? Les difficultés de dépollution des sols en métaux lourds et matières toxiques ne suffisent-elles pas ?

 

Qu’à cela ne tienne, l’engouement est à son comble, l’explosion des brevets est faramineuse. Rien que dans le domaine alimentaire plus de 400 entreprises réparties dans le monde entier s’intéressent aux nanotechnologies(4). Les Etats-Unis y consacreront 3,7 milliards de dollars pour la période 2005-2009. L’Europe y consacrera 7,5 milliards d’euros pour la période 2007-2013, ce qui représente le montant par habitant le plus important du monde.

Pour 2005, le chiffre d’affaire de ce secteur et celui des semi-conducteurs s’élevait à 300 milliards de dollars, à peu près autant que le montant des exportations de l’OPEP. Nouveau moteur de l’économie, les magnats des nanotechnologies pactisent avec ceux du pétrole, des TIC, des biotechnologies, de l’alimentaire, du narcotrafic et des armes.(5)

 

Leur utilisation est de plus en plus importante pour toute une série de domaines de la vie quotidienne : électroménager, électronique, revêtements, soin corporel, cosmétique, textile et alimentation. Crème solaire anti UV à base de dioxyde de titane (TiO2) ou d’oxyde de zinc (ZnO). Crèmes anti-rides à base de fullerènes, molécules de carbone associées sous forme d’hexagones ou pentagones à toxicité potentielle. Vêtements aux fibres imbibées de nanoparticules d’argent pour en réduire l’usure. L’ionisation facile de l’argent le rend en effet bactéricide et détruit donc les microorganismes responsables de l’usure. Le nano-argent trouve d’ailleurs de plus en plus de débouché dans le domaine médical avec par exemple des bandages et pansements en nanoparticules d’argent en vente libre dans les pharmacies. Et tant qu’on y est, pourquoi ne pas imaginer des vêtements Batman avec des fibres textiles composées de nanoparticules de titane ou de carbone pour résister aux intempéries ou aux chocs ?

 

Dans l’alimentation, on peut retrouver des nanoparticules d’enrobage ou comme auxiliaires de production (adjuvants, disperseurs, chélateurs, additifs). Les exemples ne manquent pas. Complément alimentaire constitué de poudre de nanoparticules de calcium et de magnésium. Incorporation de nanoparticules d’argent pour un effet antibactérien. Films d’enrobages contenant des nanoparticules de d’oxyde de zinc ou de dioxyde de titane pour faire écran aux UV sont sur le marché. D’après les estimations du groupe « Helmut Kaiser », plus 300 nano-aliments sont déjà sur le marché. Et d’ici 2015, ils constitueraient 40% des aliments industriels ! Toujours d’après ce même groupe, le marché global des nano-aliments s’élevait à 5,3 milliards de dollars en 2005 et atteindra les 20,4 milliards en 2010.(4)

 

Pourtant, depuis 2004 le nombre de rapports et de mises en garde non taxés de technophobes ou de « gentils écolo » se multiplient. En 2004, la Royal Society du Royaume-Uni tirait la sonnette d’alarme sur les nombreuses lacunes dans la connaissance des risques liés aux nanoparticules. En septembre 2005, le SCENIHR met le doigt sur les insuffisances en matière de toxicologie et d’écotoxicologie. Le CCNE (Comité consultatif national d’éthique-France) insiste sur la responsabilité du financement par l’industrie de la recherche concernant le risque, qu’il considère comme une priorité éthique. En septembre 2007, l’INRS (Institut national de Recherche et de Sécurité –France) appelle à une prévention accrue sur les lieux de travail concernés par la production et la manipulation de nanoparticules et de nanomatériaux. Dans un rapport de juillet 2007, l’U.S FDA insiste sur le fait que la pharmacocinétique et la pharmacodynamique des nanoparticules diffèrent de celles des particules « normales » et constate que les études de toxicité n’en tiennent pas compte. Juillet 2008 : L’AFSSET estime que les nanomatériaux présentent un risque potentiel pour les travailleurs exposés et préconise la mise en place de systèmes de confinement dans les industries.

 

Pour clore, un petit extrait de la conférence 2009/2010 sur les nano-aliments issus du site du groupe Helmut Kaiser (4). 

« Si aux nouvelles découvertes en matière d’analyse et de décodage d’ADN - qui permettent aux industries de prévoir, contrôler et améliorer la production agricole - on ajoute les techniques de manipulation des molécules et atomes alimentaires, la future industrie alimentaire possède de puissants moyens de ‘design alimentaire’ avec bien plus de capacité et de précision, et ce à moindre coût et de manière ‘durable’ ».

 

N’étant pas un pro de la traduction, je laisse le passage en anglais, bien plus parlant et éloquent !

«On the one side, further breakthroughs in crop DNA decoding and analysing enable the industries to predict, control and improve the agricultural production. On the other side, with technology of manipulating the molecules and the atoms of food, the future food industry has a powerful method to design food with much more capability and precision, lower costs and sustainability».

 

De la splendide prose technocrate qui croit dur comme fer à la croissance, au développement et au progrès. Une prose forcée qui n’a également pas omis de placer son fameux « sustainable », son leitmotiv passe partout. Une prose surfaite qui nous parle de puissance, de contrôle, de performance ou de « design » à propos de nourriture comme s’il s’agissait d’un projet ou de la conception d'une bagnole ou d’un pot de yaourt. Avec une frontière entre le vivant et l’inerte de plus en plus floue, la perception de l’homme démiurge n’atteindrait-elle pas des sommets ?

 

Tels les soldats du Reich avançant sur l’Europe, l’hydre techno-capitaliste étend son ombre…

 

Choisissez vous êtes libres : pétrole, OGM, nucléaire ou nanotech ???

Si vous pas content, il y existe aussi « inondation, sécheresse, famine, froid polaire, neige ou pluie intempestive, tempête, guerre, bombe, terrorisme, coulée de boue, érosion, marée noire, pluie acide, incendie, pollution, cancer, drogue, alcool, suicide, etc. ». Choisissez vous êtes LIBRES !

 

Texte largement inspiré du dossier Grappe du 31 octobre 2009 : Nanotechnologies : Les nanoparticules sont parmi nous...

 

Le Grappe rappelle qu’il plaide pour l’adoption d’un moratoire sur la mise sur le marché de produits manufacturés contenant des nanoparticules ou des nanomatériaux et susceptibles d’être, inhalés, ingérés ou absorbés par voie cutanée (la clause de sauvegarde peut être invoquée au niveau national face à l’Union européenne dont l’arsenal législatif actuel est totalement laxiste à l’égard des nanotechnologies).

 

Les produits commercialisés à ce jour doivent faire l’objet d’un retrait programmé de marché, jusqu’à ce que leur innocuité pour l’homme et les écosystèmes ait été établie. De toute manière, un étiquetage distinctif doit être imposé.

 

Le Grappe lance un appel à tous les responsables politiques pour qu’ils mettent tout en œuvre pour que la législation européenne prenne en compte de manière spécifique les risques liés aux nanoparticules, comme le demandent la plupart des spécialistes en la matière.

 

Sur le sujet, le site pièces et main d'oeuvre mérite détour.

 

Notes:

(1) Friends of Earth Australia, Europe and USA : “Out of the laboratory and on to our plates ; a report by G.Miller and Dr Rye Senjen, mars 2008. en ligne sur http://www.foeeurope.org/activities/nanotechnology/index.htm

(2) The Royal Society and The Royal Academy of Engineering : Nanosciences and nanotechnologies ; July, 2004. http://www.nanotec.org.uk/finalReport.htm

(3) http://www.questionsante.be/outils/particulesfines.pdf

(4) Helmut Keiser group : http://www.hkc22.com/Nanofoodconference.html

(5) Rapport sur l'évolution du secteur des semi-conducteurs et ses liens avec les micro et nanotechnologies. Claude Saunier, Sénateur, Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (21/01/2003). Cfr. http://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/Bottom_up.pdf

 

Info:

Conférence débat sur les nanotechnolgies le mardi 16 mars à 20 h à l’ULB, local H1309 (bâtiment H de la faculté de droit en face de la bibliothèque des sciences humaines sur le campus du Solbosch de l’ULB à Ixelles).

 

Entrée : 2 €, gratuit pour les étudiants.

 

Transports en commun : Bus 71 et Tram 94 (arrêt ULB)

 

Le débat initié par le scientifique Paul Lannoye s’ouvrira en présence et avec la participation de Thérèse Snoy (Ecolo, présidente de la commission santé du Sénat), de Jean Cornil (PS), de Francis Massin (Managing Director de la S.A. Nanocyl), de Dominique Lison de l’Unité de toxicologie industrielle et de médecine du travail (UCL), de Benoit Nemry (Research Unit of Lung Toxicology KUL), de Marc Vandercammen (CRIOC) et de Marc Fichers (Nature & Progrès).

 

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1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 23:58
http://a34.idata.over-blog.com/3/46/79/98/Faucille-Marteau_vignette-1-.jpg« La sociale démocratie est un ensemble distinctif d'institutions et de politiques mutuellement cohérentes qui ont fonctionné de façon relativement efficace pour réduire à la fois l'insécurité et l'inégalité des revenus sans grands sacrifices en termes de croissance économique ou d'instabilité macro-économique. » Définition de Karl Ove Moene et Michael Wallerstein, cité par Christian ARNSPERGER(1). p 268.


Les récents événements en Grèce et la fermeture de magasins Carrefour en Belgique ne corroborent-ils pas cette définition avec éclat? Les défenseurs de la social-démocratie ne devraient-ils pas en tirer des enseignements salutaires? Le capitalisme ne sera jamais humain ou « éco-friendly ». L'essence du capitalisme c'est la rentabilité sur capital (return on capital), rien d'autre. C'est cet objectif qui prévaut sur tous les autres. Peu importe qu'on pollue, que des enfants crèvent ou que des gens perdent des emplois auxquels ils tiennent. C'est cet objectif aussi abjecte que conventionnel qui tient l'humanité en haleine. Le capitalisme, reflet de nos angoisses les plus profondes(2), ne fait de concessions que lorsqu'il se sent menacé. Maintient d'une classe laborieuse en état de produire et de consommer. N'était-ce pas la crainte de Bush fils peu après les événements du 11 septembre lorsqu'il exhortait le peuple américain à la consommation? Maintient d'un salaire minimum aux nobles vertus « libératrices par la consommation ». N'est-ce pas une des raisons d'être de la lutte des classes et du mouvement syndical? Maintient d'un système de sécurité sociale pour éviter le trop plein d'invalides et d'insatisfaits. N'était-ce pas la crainte majeure de la campagne de vaccination A/H1N1? La crainte de trouver trop de bureaux vides en même temps? Ni trop, ni trop peu. Ni trop de chômage (NAIRU), ni trop de malades, ni trop de mécontents... juste le bon équilibre pour permettre au système de se maintenir et de maintenir l'ensemble de la force de production et de consommation dans l'illusion qu'elle est aux commandes. Notez par ailleurs que même les moyens de correction des dérives capitalistes, tels les hôpitaux, les pompiers, les prisons ou les vaccins, contribuent eux aussi à la maximisation du capital. Toutes les « externalités » capitalistes ont un coût qui gonfle le PIB et qui font tourner l'économie. Tout se paye, tout s'achète, tout se monnaie, c'est ça la social-démocratie capitaliste. Ce ne sont pas les velléités de protections publiques ou gouvernementales qui changeront quoi que ce soit à la règle d'or qui surplombe tout le modèle capitaliste: rentabilité du capital avant tout! On n'agence pas le capitalisme, le capitalisme est tel qu'il est. Capitalisme et social-démocratie sont les deux faces d'une seule et même pièce de monnaie. Ils ne savent pas se blairer. Ils ne se comprennent pas. Et pourtant, ils ont besoin l'un de l'autre. Quand on dit que l'amour est proche de la haine.


Ces événements en Grèce ne sont-ils pas d'autant plus révoltants quand, au flash info suivant, on nous annonce fièrement que le secteur bancaire semble maintenant hors de danger (grâce à qui?) et que les bonus des traders sont en hausse!? La Grèce, berceau des civilisations, mise à genou par ceux-là même que Socrate, Aristote et Platon dénonçaient déjà 400 ans avant J.-C. et qui ont causé la chute de l'empire!(3). Tyrannie des hommes de loi, des hommes de foi ou des hommes « moi je », peu importe, l'humanité semble n'avoir pas évolué d'un iota depuis plus de deux millénaires. C'est en connaissance de cause que Platon idéalisait le gestion de la cité par des rois philosophes.


Mais plus écœurant encore est cette manière qu'ont les eurocrates de récupérer à leur compte les déboires Grecs auxquels ils ont eux même contribué en fermant les yeux aux attaques sanglantes des spéculateurs(4). Sans scrupules et sans honte ils osent accuser la Grèce pour son manque de professionnalisme dans la gestion de son déficit public et la gestion de la crise. Ils décident donc de mettre la Grèce sous tutelle, grande première pour la zone Euro. Voilà donc la Grèce soumise aux pervers et barbares plans d'ajustement structurel du FMI(5) assaisonnés à la sauce Europe. Et, cerise sur le gâteau, sans consulter qui que se soit, on « profite de la crise » pour gentillement déplacer le dernier bastion de souveraineté nationale (domaine fiscal et budgétaire) de l'échelon national à l'échelon européen (4). Exit le principe de subsidiarité. Comme quoi l'analyse platonicienne des accointances et hypocrisies des hommes de pouvoir vaut toujours aujourd'hui.


Pas de capitalisme ne veut pas dire pas de production ou de consommation. Ca ne veut pas dire non plus, pas de marché ou pas d'argent. Pas de capitalisme veut simplement dire pas de rentabilité sur capital, pas d'intérêts, pas de rentes. Pas d'argent qui travaille ou qui fait des petits tout seul. Certains avancent la nécessité d'un mix idéal entre marché et Etat. Ils avancent souvent la nécessité impérieuse de replacer l'humain au centre de nos préoccupations! Très bien mais quel humain? Comme Platon l'a fait remarquer, les dérives sont de tout ordre. L'humain, c'est aussi Hiroshima, le massacre des indiens d'Amérique ou celui de la Saint-Barthélémy, le génocide Rwandais, Pol-Pot, Mao, Pinochet, Staline, Hitler, etc. Avant de vouloir changer la société et tout ce qui y participe, il faudrait aussi procéder à une sérieuse introspection! Nous avons tous un petit assassin et un petit capitaliste qui sommeille en nous. Nous avons également tous un petit Gandhi ou un petit Bouddha qui sommeille en nous. Qui va gagner? « Tout dépend de celui que tu nourris » pour reprendre la conclusion de la parabole du vieux Cherokee.


Dans tous ces milieux syndicalistes, vous pouvez être certain que si vous remplacez les patrons par les leaders syndicaux, le même cas de figure d'exploitation se reproduira. Concernant les grands critiques marxistes, il ne faut jamais oublier qu'ils émanent du même moule que la pensée économique actuelle. A l'image de Ricardo, Malthus ou Smith, Marx voit dans l'effort collectif de la « race humaine » contre la faim et la mort le facteur le plus fondamental expliquant la vie économique(6). Cette pensée économique classique a également été largement influencée par la pensée protestante évoquant le travail comme accomplissement divin. Luther voyait dans le travail le meilleur moyen de rendre grâce à Dieu. Les Calvinistes allaient même jusqu'à parler de salut par le travail(7). Il y a eu inversion, alors que le travail était initialement vu comme quelque chose d'avilissant et de dégradant, il a trouvé « ses titres de noblesse » depuis la révolution bourgeoise et cette fameuse pensée protestante du 18ème siècle.


Le monde qu'il est convenu d'appeler moderne à commencé par la levée de l'anathème sur le travail. La société industrielle toute entière vouée à la productivité à hissé le travail au rang de religion.(8) Pour Marx, c'est le travail qui distingue l'homme de l'animal. C'est faire bien peu de cas des modes d'organisation de sociétés telles celles des abeilles ou des fourmis, de l'acharnement du castor à construire ses barrages ou de celui de l'oiseau à fabriquer son nid à partir de branches et brindilles éparses. Marx est d'autant plus un fervent défenseur du travail que toute se théorie économique repose la notion de valeur travail. Cette théorie lui cause d'ailleurs beaucoup de soucis pour tenter de justifier la valeur des ressources naturelles, celle des stocks ou celle des machines. Pour les ressources naturelles, Marx prétend qu'elle n'acquièrent une valeur que lorsque la main de l'homme y a touché.  Marx pense aussi que l'accumulation de stock aboutit d'office à des crises de surproduction. Or les stocks existent depuis toujours et n’ont jamais constitué une menace pour le capitalisme(9). Enfin, pour tenter d’expliquer la valeur travail des machines, il dit que celle-ci est décomposable en valeur de travail humain. Or, ce n’est pas parce qu’il y a progrès technique et que l’on produit plus, que la demande est comprimée et qu’il y a baisse tendancielle du taux de profit. Au contraire, les progrès techniques peuvent apporter de nouveaux produits à la vente et booster la demande. Pour se justifier, Marx s'en sort par une pirouette tautologique qui affirme que c’est parce qu’il y a baisse de profit qu’il y a mécanisation, pour permettre aux entreprises de réduire leur coût salariaux. Entre les deux mon coeur balance... Tous les enseignements de Marx s'inscrivent dans le paradigme capitaliste qui sacralise le travail et la consommation (10). « On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l'ont engendré » (Albert EINSTEIN).

 


Selon de nouvelles estimations de l’OCDE le chômage continuera d’augmenter pendant une bonne partie de l’année 2010, avec un taux de chômage moyen proche de 10%, ce même taux était à 6,9% en mars. Selon Marc HALEVY dans son livre l'âge de la connaissance, 73% de la population active travaille exclusivement sur des informations et 80% de la valeur des produits marchands vient de la matière grise. C'est dire combien le paradigme d'analyse économique issu de la révolution industrielle et du travail mécanique est obsolète!


Il est urgent de revoir nos copies. Urgent de revoir notre conception de la richesse et de la valeur, notre rapport au travail et au sens de la vie, notre rapport au monde et aux autres.


Notes:

(1) Christian ARNSPERGER, Ethique de l'existence post-capitaliste, Paris, Editions du Cerf, 2009, p. 268.

(2) Christian ARNSPERGER, Critique de l'existence capitaliste, Paris, Editions du Cerf, 2005.

(3) Junon MONETA, Le néolibéralisme? Un très vieux système... Pourquoi (faut-il) le combattre?, France, Alter-Europa, 2008

(4) Gabriel COLLETIS, En Grèce comme ailleurs, l'alibi de la dette?

(5) Quand le FMI fabrique la misère

(6) Christian ARNSPERGER, Ethique de l'existence post-capitaliste, Paris, Editions du Cerf, 2009, p 63.

(7) Didier LACAPELLE, manuel d'anti-économie, p. 19-20

(8) Courrier International N°968, du 20 au 27 mai 2009, Aimez-vous travailler, p. 38 à 43.

(9) Didier LACAPELLE, manuel d'anti-économie, p. 58 à 66

(10) Pour aller plus loin dans la critique Marxiste, lire Mathilde NIEL, Psychanalyse du Marxisme, Paris, Courrier du livre, 1967. Et aussi Didier LACAPELLE, manuel d'anti-économie, p. 58 à 66

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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 16:52

http://www.m21editions.com/pictos/couv_noetique_200.jpgLe XXème siècle marque la fin d'un cycle, celui de la "modernité" qu'avait accouché, non sans douleurs, le Moyen-Âge finissant.

La pensée classique qui avait culminé dans le scientisme et le rationalisme du XIXème siècle, reposait sur une vision du monde cartésienne : tout ce qui est et vit, au-delà des apparences chaotiques et compliquées, peut toujours se ramener à des interactions entre briques simples et immuables, selon des lois universelles et immuables.

Les sciences – et les pratiques politiques, sociales et managériales - du XXème siècle ont largement démontré qu'il n'y a rien d'immuable parce que tout évolue, qu'il n'y a rien de simple parce que tout est complexe (c'est-à-dire, précisément, non réductible à des "simples") et qu'il n'y a rien d'universel parce que tout est unique.

Cette découverte récente de l'évolutionnisme généralisé (dont la théorie du big-bang) et de la complexité généralisée (dont la mécanique quantique et les sciences de la vie) a bouleversé tous les référentiels.

De plus, le développement rapide des technologies de l'information et des télécommunications (TIC) a permis à la pensée et aux idées de se libérer des contraintes matérielles lourdes d'antan et, ce faisant, a suscité l'émergence de ce qu'après Pierre Teilhard de Chardin on peut appeler la noosphère : ce monde des idées autonomes qui, tel un arbre, s'enracine dans la sociosphère humaine commence à s'épanouir pour remettre le monde en marche et bâtir une humanité surpassée.

La noosphère, à l'instar de la biosphère qui la porte, est un vaste organisme vivant qui se construit et évolue, qui connaît des règles de sélection et des modes d'association  ceux-ci restent encore largement à explorer … Les idées germent, se propagent et prolifèrent, s'associent, se combattent et s'amalgament tout comme les organismes vivants. Elles diffèrent d'eux en ceci : elle sont immatérielles.

Ce passage de la sociosphère à la noosphère sur les passerelles de l'évolutionnisme et de la complexité, c'est précisément la Révolution Noétique. Elle inaugure l'âge noétique qui devient sous nos yeux, notamment avec les créatifs culturels, la référence de base du monde de demain. Elle induit cette "société de la connaissance et de l'information" dont on parle de plus en plus dans les médias comme dans le traité européen de Lisbonne.

La révolution noétique et l'émergence de la noosphère fournissent une vocation nouvelle, un sens nouveau, un projet colossal à notre humanité aujourd'hui encore repliée sur elle-même, aujourd'hui encore prisonnière de son hédonisme matérialiste, stérile et saccageur de vie.

Cette révolution noétique impacte toutes les dimensions de la vie et de la culture humaines.

La sociosphère était centrée sur le débat entre politique et économique. Ce débat est dépassé : l'économique et le politique deviennent singulièrement périphériques et se cantonnent à devenir l'intendance de l'humanité créatrice de sens. La carte d'identité, symbole de l'appartenance forcée à l'Etat-nation, devient un simple carte de crédit ou de membre d'un service club public local. Le travail, naguère devoir moral ou civique, ou mal nécessaire du gagne-pain, devient processus d'accomplissement personnel.

Les vraies appartenances, les vraies activités sont ailleurs.

Les valeurs masculines et viriles d'hier, celle du héros triomphant, du guerrier combattant, du compétiteur courant contre la montre pour des chimères, s'effondrent. Les valeurs féminines émergent : coopération et convergence, durée et durabilité, amour et respect, gratuité et générosité, inclusion et spiritualité.

La pensée noétique se propose de dépasser la pensée cartésienne classique, de réhabiliter les autres voies de connaissance que la seule raison raisonnante. Loin de tous les absolus et de tous les idéaux au sens platoniciens, elle expérimente d'autres pistes au mieux-vivre en meilleure harmonie avec le monde, la nature et les autres.

D'autres langages émergent peu à peu - et bien d'autres restent à inventer … - pour soutenir cette pensée large, globale, englobante et holistique : les langages symboliques et métaphoriques forgent déjà d'autres méthodologies de recherche et de création.

La pensée complexe dépasse tous les bastions de la pensée réductionniste et simpliste.

Mais que l'on ne se leurre pas : la révolution noétique, le passage de la sociosphère à la noosphère, le passage de la société industrielle capitaliste à la société de la connaissance et de l'information, ne se feront pas sans douleurs, sans résistances, sans obstacles.

Des chantiers énormes doivent être ouverts d'urgence : recherche, éducation, santé, politique, économie, éthique, écologie, consommation, infrastructures.

La sociosphère humaine si fermée, si prédatrice doit d'urgence s'ouvrir "en grand" : vers la biosphère qui la nourrit et qu'elle épuise, vers la noosphère qui la justifie et qu'elle néglige.

La révolution noétique est donc à la fois une révolution naturaliste et écologique et une révolution cognitive et créatrice.

En arrière plan de la révolution noétique, se placent deux racines qui la nourrissent.

La première est scientifique : c'est le domaine de la systémique qui étudie la complexité sous tous ses aspects et où l'on retrouve des noms comme Prigogine, Sheldrake, Laszlo, Capra, Bohm, Thom, Mandelbrot, Trinh Xuan Thuan, etc …

La seconde est métaphysique : c'est le domaine du monisme holistique qui pense l'unité foncière de ce qui existe au sein d'une métaphysique du Devenir contre les classiques métaphysiques de l'Être, et où brillent les nom d'Héraclite d'Ephèse, de Maître Eckart, de Pascal, de Nietzsche, de Bergson, de Teilhard de Chardin, ainsi que les spiritualités taoïstes, hindouiste, kabbalistique, soufie et zen.

La révolution noétique est en marche. Il ne reste que le choix entre la subir ou la promouvoir … !

http://www.noetique.eu/livres/livre-age-connaissance


Vous avez dit « Noétique » ? La Noétique (du grec ‘noûs’ : connaissance, esprit, intelligence) se concentre sur l’étude et le développement de toutes les formes de connaissance et de création qui engendrent et nourrissent la noosphère, cette ‘couche’ de savoirs et d’informations qui couvre toute la Terre de ses réseaux. Nous la définissons comme "l'ensemble des arts, sciences et techniques de création, de formalisation, de partage et de prolifération des Idées. C'est le domaine de la pensée, de la connaissance, de l'intelligence". Plus brièvement, nous dirions que c'est la science de l'intelligence c-à-d la capacité de reliance dans toutes les dimensions.

A propos de "la science", Herbert Simon utilise le terme « Sciences de l’artificiel » pour désigner les disciplines dont l’objet d’étude est créé par l’homme et non issu de la nature, à savoir : la théorie de l’information, la cybernétique, l’informatique, l’automatique, les sciences de la cognition, de la décision, etc. Ces disciplines qui n’ont pas trouvé leur place  dans la classification classique des sciences observant la nature ont été ré-intégrées dans le constructivisme. Celui-ci considérant tout objet d’étude comme construit par un sujet.

Trois sources nourrissent la démarche noétique :

  1. La source systémique pour comprendre, maîtriser et concevoir des systèmes complexes sans recourir au scalpel analytique qui détruit les interactions ;

  2. La source holistique pour tirer toutes les conséquences du principe « le tout est plus que la somme de ses parties » ;

  3. La source métalogique pour fourbir les langages et modèles capables de représenter et de traiter la complexité sans la réduire.

Christian ARNSPERGER, Thierry VERHELST, Thomas d’ANSEMBOURG et Marc HALEVY seront présent le 27 février à Louvain-la-Neuve dans le cadre d’un forum sur la SIMPLICITE VOLONTAIRE organisé par TETRA asbl avec la collaboration des Amis de la Terre, ainsi que la Chaire Hoover d’éthique économique et sociale et la Maison de l’Ecologie
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13 février 2010 6 13 /02 /février /2010 22:25

post-capitaliste-copie-1.jpgCe qui manque aujourd’hui, ce n’est pas tant une volonté de changement profond du côté des citoyens, c’est un soutien politique réel aux initiatives radicales.

 

Obnubilés par les sirènes d’un «capitalisme vert» qui permettrait de poursuivre le (green) business as usual, nos décideurs s’arc-boutent sur les enjeux budgétaires de court terme, la relance des investissements privés, le plan Marshall «2 point vert» et les arcanes d’une «politique énergétique» bien difficile à saisir. Ce qui reste dormant sous la surface, étouffé par les urgences du moment, c’est le vaste chantier de la transition économique – notre transition économique vers le post-capitalisme.

 

Nous sommes pris en otage, collectivement, par une logique du profit grâce à laquelle nos employeurs nous paient des salaires et notre Etat social-démocrate finance nos services publics. Les engrenages «profit-emploi» et «profit-Etat» sont profondément inscrits dans notre social-démocratie. Le capitalisme est intrinsèquement gaspilleur non seulement de ressources naturelles, mais de ressources humaines : surconsommation creuse, démotivation au travail, perte de sens, dépression, voire suicide. La prétendue «efficacité» de notre modèle de production et de croissance s’accompagne d’une inefficacité profonde, non seulement écologiquement mais aussi humainement.

 

Embaucher un salarié, l’utiliser à fond, puis le remplacer ou le remiser (avec la complicité plus ou moins explicite des pouvoirs publics), cela peut coûter cher aux entreprises comme à l’Etat, mais il y a moyen de transférer la charge sur le salarié lui-même : il peut être rendu responsable de sa propre santé, de sa propre performance, de sa propre disponibilité. On peut lui faire comprendre que sa dépression est une question de responsabilité personnelle. On peut engager des avocats pour démontrer que son suicide ne peut être imputé à l’entreprise. Le ressort secret de la croissance capitaliste réside dans cette extrême fragilité et «remplaçabilité» de la ressource humaine. C’est ce qui permet de rendre les gens productifs. Qui plus est, une fois passée de l’autre côté de la barrière dans son rôle d’acheteur, la ressource humaine doit également être rendue «consommative», afin de soutenir la croissance productiviste par une croissance consumériste.


Un capitalisme vert va-t-il remédier à ces mécanismes simplement parce qu’on produira des éoliennes, des sacs en maïs ou des moteurs à cogénération? Tant que l’enjeu sera la rentabilité maximale, donc le travail productif et le «loisir consommatif», nous ne sortirons pas de la logique ambiante. Il n’est pas plus joyeux d’être exploité pour des éoliennes ou des chemises en lin biologique que pour des voitures diesel ou des trainings en synthétique. Raison principale du malentendu : le capitalisme vert insiste sur la centralité des ressources naturelles et de l’environnement, mais nettement moins (ou pas du tout) sur l’écologie humaine. Quand ses défenseurs nous disent que, par ailleurs, il faut se débarrasser de la mentalité du «toujours plus» pour aller vers le «toujours mieux», ils semblent oublier de nous dire comment nous allons nous y prendre, au sein d’une logique capitaliste mondialisée où, précisément, «toujours mieux» coïncide avec «toujours plus».

 

Non, décidément, l’aménagement intérieur du mobilier social-capitaliste par partenariat public-privé entre les entreprises, les syndicats et les pouvoirs publics nous fait tourner en rond. Le dialogue social est certes un indispensable garde-fou, et les luttes syndicales n’ont pas perdu de leur actualité. Mais tout cela manque singulièrement de vision, et d’une saine radicalité. Les partis en place (qu’ils soient dans la majorité ou dans l’opposition) font encore recette, mais c’est sur fond d’un essoufflement croissant.

 

Les citoyens, eux, sont de plus en plus nombreux à le sentir, et à se déplacer en douce vers des mouvements politiques et culturels nouveaux, comme l’objection de croissance, la simplicité volontaire, les villes et communes en transition, les coopératives ou les écovillages, les systèmes d'échange locaux (ndlr), les monnaies alternatives (ndlr). Non qu’ils soient tous des «anarchos» prêts à tout faire sauter, loin de là. Ils travaillent d’ailleurs souvent eux-mêmes comme salariés, voire comme managers. Simplement, ils prennent conscience de ce qu’Ivan Illich, Jean-Pierre Dupuy et d’autres ont appelé, dès les années 1970, la «trahison de l’opulence». Ils voient que les promesses de sens de la vie que le capitalisme productiviste et consumériste nous a proposées n’ont pas été tenues. Ils se décident à devenir des militants existentiels.

 

Nous entrons dans une ère citoyenne toute neuve, celle où chercheront à émerger des initiatives post-capitalistes : entreprises coopératives orientées vers la décroissance des profits destructeurs et vers des modes de production démocratiques, écovillages adossés à des agriculteurs bio, communautés locales en quête d’autosuffisance économique, habitats groupés tournés vers la lutte «en acte» contre le consumérisme, quartiers alternatifs destinés à vivre avec des «circuits courts», etc. Il s’agit de les accompagner, de les financer, de les encourager et de les amplifier, non de les récupérer ou de les mettre sous tutelle. Il faut notamment repenser radicalement nos politiques de soutien de revenu : un revenu de transition économique (RTE) -sorte de crédit social ou dividende monétaire de transition (ndlr) -, incluant soins de santé et pension, permettrait à ceux qui y aspirent de se déconnecter de la logique dominante et de construire sur le long terme des exemples de vie alternative. Cela protégerait autant que possible ces initiatives contre la concurrence déloyale de la logique capitaliste, féroce réductrice de coûts et gaspilleuse d’humains.

 

N’est-il pas temps d’exiger bruyamment la mise en place – en face des ministères de l’Economie et des Finances – d’un véritable ministère de la transition économique, doté d’une puissance budgétaire équivalente et chargé de financer (par le RTE et par divers subsides), de coordonner et d’accompagner ces initiatives citoyennes économiquement novatrices ?

Ce ne serait certes qu’un petit pas, vu la tendance actuelle de nos élus (belges comme européens) à vouloir étouffer la radicalité citoyenne sous un Green New Deal mi-figue mi-raisin. Mais ce serait déjà un signal fort envers une population qui attend davantage que des réaménagements de la croissance capitaliste. Et ce serait un moyen de rendre visible une orientation vers un changement plus profond – une orientation sur laquelle on ne pourrait plus revenir en arrière, même si on l’embrasse au départ avec tiédeur.

Viendra un jour où les ministres de la transition économique pourront se rendre compte que de plus en plus de mouvements politiques et culturels sont derrière eux, et où ils oseront le pas qui fait encore si peur aujourd’hui à nos décideurs, vers un post-capitalisme déjà en gestation parmi tant de leurs électeurs.

 

Un article de Christian ARNSPERGER paru dans le soir du 28 octobre 2009.

 

Christian ARNSPERGER Maître de recherche du FNRS (Fonds national de la recherche scientifique, Belgique), professeur à l’UCL, auteur, notamment, de «Pour un militantisme existentiel» (Paris, éditions du Cerf, 2009).

 

Christian ARNSPERGER, Thierry VERHELST, Thomas d’ANSEMBOURG (communication non violente) et Marc HALEVY (noétique) seront présent à Louvain-la-Neuve le 27 février aux Auditoires Montesquieu dans le cadre d’un forum sur la SIMPLICITE VOLONTAIRE organisé par TETRA asbl avec la collaboration des Amis de la Terre, ainsi que la Chaire Hoover d’éthique économique et sociale et la Maison de l’Ecologie

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9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 22:01

Janvier 2010, un an d’investiture pour Obama, le point du Monde Diplomatique par Serge HALIMI. Peut-on réformer les Etats-Unis ? Preuve supplémentaire que l'individualisme institutionalisé a la peau dure, ce brillant article a aussi le mérite de faire la part des choses entre individuel et collectif, vouloir et pouvoir, personnalité et institution. Du carcan socioculturel duquel nul ne déroge, idées, fond et capacités médiatrices s’avèrent aussi fédératrices dans le bon que dans le moins bon. Que peuvent les capacités d’un seul homme face à la tyrannie des structures et à l’intégrisme libéral américain ? Que peuvent des idéaux inféodés aux croyances, à l’éducation et aux préjugés ? Avant extinction, les dodos pratiquaient aussi la «démocratie» et avaient aussi leur chef «spirituel». Qui sait ? Pour le pire et pour le meilleur…

http://villageampus83.blog.lemonde.fr/files/2009/01/numeriser0001.1232374239.jpg 

Trêve de bavardages, place à l’article (amputé de ces premiers paragraphes pour qu’il reste un tant soit peu digeste).

 

Trois mois avant son élection, M. Obama avait prévenu : « Le plus grand risque que nous pourrions prendre serait de recourir aux mêmes techniques politiques avec les mêmes joueurs, et d’en attendre un résultat différent. Dans des moments pareils, l’histoire nous enseigne que ce n’est pas de Washington que vient le changement, il arrive à Washington parce que le peuple américain se lève et l’exige. »Le militantisme de terrain devrait donc permettre de secouer les pesanteurs conservatrices de la capitale, résidence officielle de tous les lobbies du pays. Un an plus tard, alors qu’on ne perçoit nulle trace d’un mouvement populaire, on ne compte plus les projets de loi bloqués, édulcorés, amputés par les « mêmes techniques politiques et les mêmes joueurs ».

 

Question « pedigree », celui de l’actuel président détonnait pourtant avec ceux de ses prédécesseurs. Pour la raison visible qu’on connaît, mais aussi parce qu’il est inhabituel que le locataire de la Maison Blanche ait, dans sa jeunesse, sacrifié la possibilité de gagner énormément d’argent en pratiquant le droit à New York au désir d’aider les habitants des quartiers pauvres de Chicago. Toutefois, quand on examine le choix par M. Obama des membres de son cabinet, la nouveauté semble moins renversante. Pour une ministre du travail proche des syndicats, Mme Hilda Solis, qui promet une rupture avec les politiques antérieures, on trouve une ministre des affaires étrangères, Mme Hillary Clinton, dont les orientations diplomatiques tranchent peu avec le passé, mais aussi un ministre de la défense M. Robert Gates, carrément hérité de l’administration Bush. Ou encore un ministre des finances, M. Timothy Geithner, trop lié à Wall Street pour pouvoir (ou vouloir) le réformer, et un conseiller économique, M. Lawrence Summers, architecte des politiques de déréglementation financière ayant valu au pays de frôler l’apoplexie. Quant à la « diversité » de l’équipe, elle n’est pas d’ordre sociologique. Vingt-deux des trente-cinq premières désignations effectuées par M. Obama étaient titulaires d’un diplôme d’une université d’élite américaine ou d’un collège huppé britannique.

 

Depuis le début du XXe siècle, les démocrates sont particulièrement sujets à l’illusion technocratique de la compétence, du pragmatisme, du gouvernement des meilleurs («the best and the brightest»),de l’excellence, de l’expertise qui doit imposer ses volontés à un monde politique suspecté de démagogie permanente. Une philosophie de ce genre, à laquelle, paradoxalement compte tenu de son parcours, se rattache le président des Etats-Unis (afin de ne pas être confondu avec un militant afro-américain?), juge les mobilisations de masse, le « populisme », avec méfiance. D’emblée, M. Obama espéra donc que la fraction la plus raisonnable des républicains s’accorderait avec lui pour extraire le pays de l’ornière. Et il lui tendit la main. En vain. Il a récemment commenté cette rebuffade : « Nous avons dû prendre une série de décisions difficiles sans recevoir d’aide du parti d’opposition, lequel, malheureusement, après avoir présidé aux politiques ayant conduit à la crise, a décidé de s’en décharger sur d’autres. »Etrange formulation, mais révélatrice : elle fait l’impasse sur l’élection présidentielle de 2008, à l’issue de laquelle les républicains n’ont pas « décidé » d’abandonner les rênes du pays à d’autres ; ils ont été chassés du pouvoir par le peuple.

 

Ils ne le supportent pas. D’où leur violence. En juin 1951 déjà, un démocrate, Harry Truman, occupe la Maison Blanche. Sans rechigner, il se consacre au combat contre le communisme et l’Union soviétique, à la défense de l’empire et des profits de General Electric. Néanmoins, aux yeux d’une part importante de l’électorat républicain, rien à faire, c’est un traître. Le sénateur Joseph McCarthy s’exclame : « On ne comprend rien à la situation actuelle si on ne saisit pas que des hommes placés aux plus hauts échelons de l’Etat se concertent pour nous conduire au désastre. C’est une conspiration si immense qu’elle relègue au statut de poussière tout ce qui l’a précédée dans l’histoire. Une conspiration tellement infâme que, quand on l’aura dévoilée, son responsable méritera d’être à jamais maudit par tous les honnêtes gens. »Pendant quatre ans, le sénateur du Wisconsin va terrifier ce que le pays compte de progressistes, artistes ou syndicalistes, mais aussi les principaux responsables de l’Etat, militaires compris.

 

Nous n’en sommes pas là. Toutefois, l’air est à nouveau vicié par la paranoïa des militants de droite portée à l’incandescence par les talk-shows à la radio, l’« information » continue de Fox News, les éditoriaux du Wall Street Journal,les Eglises fondamentalistes, les rumeurs délirantes que charrie Internet. Comme dans d’autres pays, un tel tintamarre envahit l’esprit et interdit de penser à autre chose. Ainsi, des millions d’Américains passionnés par la politique sont convaincus que leur président a menti sur son état civil, que, né à l’étranger, il était inéligible. Ils jurent que sa victoire, pourtant acquise avec huit millions cinq cent mille voix d’avance, est le produit d’une fraude, d’« une conspiration si immense... ».

 

L’idée d’avoir pour dirigeant un homme qui a passé deux ans en Indonésie dans une école musulmane, un ancien militant de gauche, un cosmopolite, un intellectuel les révulse(1). Ils croient dur comme fer que la réforme du système de santé servira de prélude à la création de « tribunaux de la mort » chargés de sélectionner les malades qui pourront se faire soigner. Ces bataillons survoltés constituent le noyau dur du Parti républicain. Ils maintiennent sous leur férule les élus avec lesquels le bon centriste Obama escomptait négocier sa politique de relance, sa réforme de l’assurance-maladie, la réglementation de la finance.

 

L’inanité d’une telle espérance fut établie sans tarder. Moins d’un mois après l’entrée du nouveau président à la Maison Blanche, son plan d’augmentation des dépenses publiques n’obtient le soutien d’aucun des cent soixante-dix-sept parlementaires républicains à la Chambre des représentants. En novembre, c’est au tour de la réforme du système de santé : cette fois, un seul député d’opposition se joint à la majorité démocrate. En décembre enfin, la législation destinée à protéger les consommateurs contre les pratiques abusives des organismes de crédit est, elle aussi, adoptée par la Chambre des représentants sans le moindre suffrage républicain. Chaque fois, pourtant, les textes présentés ont été amendés avec l’espoir que le président pourra se prévaloir de son esprit d’ouverture...

 

Dans le cas de la finance, nul ne sait encore à quoi ressemblera la loi au bas de laquelle il apposera son paraphe. Il faut en effet que soixante des cent sénateurs imposent un vote pour que la discussion d’un projet ne se prolonge pas indéfiniment. Les républicains étant quarante, chacun d’eux, et chaque démocrate félon, peut monnayer son soutien au prix fort. L’un de ces derniers, M. Joseph Lieberman, qui avait appelé à voter pour M. John McCain en 2008, a ainsi fait obstruction à la création d’un assureur public (public option)destinée aux Américains sans couverture médicale. Les compagnies d’assurances privées comptent au nombre des principaux bailleurs de fonds du sénateur Lieberman...

 

Le 28 septembre 2008, alors qu’un plan de sauvetage des banques agréé par le candidat Obama allait leur allouer une aide d’urgence de 700 milliards de dollars, un parlementaire de gauche, M. Dennis Kucinich, interpella ses collègues : « Sommes-nous le Congrès des Etats-Unis ou le conseil d’administration de Goldman Sachs ? » La question demeure assez pertinente pour que le président américain ait jugé récemment utile de préciser : « Je n’ai pas fait campagne pour aider les gros bonnets de Wall Street. » Toutefois, en 2008, Goldman Sachs, Citigroup, JPMorgan, UBS et Morgan Stanley figurèrent sur la liste des vingt principaux bailleurs de fonds de sa campagne (2). Le journaliste William Greider résume la situation : « Les démocrates sont placés devant un dilemme : peuvent-ils servir l’intérêt public sans mécontenter les banquiers qui financent leurs carrières (3) ? »

 

Les Etats-Unis sont-ils réformables ? On prétend que leur système se caractériserait par l’« équilibre des pouvoirs ». Il consiste en réalité en une multiplication d’échelons où règne le pouvoir du dollar. En 2008, des millions de jeunes se sont lancés dans l’arène politique en escomptant que, avec ce président, rien ne serait plus comme avant. Mais voilà, lui aussi se comporte en maquignon, achète un vote qui sinon lui ferait défaut, courtise un élu qu’il méprise. Peut-il faire autrement ? La personnalité d’un homme ne pèse jamais très lourd face à la tyrannie des structures, surtout quand l’opposition se montre hystérique et que le « mouvement populaire » se résume à des syndicats en capilotade, des militants noirs cooptés par l’exécutif et des blogueurs infatués qui croient que le militantisme s’épanouit derrière un clavier. Or, aux Etats-Unis, toute inflexion progressiste du cours des choses exige un alignement des planètes presque parfait. En revanche, pour réduire massivement les impôts des riches, Reagan n’eut même pas besoin d’une majorité de parlementaires républicains...

 

La biographie de M. Obama a fait naître un malentendu. D’une part, parce qu’elle a concentré sur lui tous les feux et toutes les attentes. D’autre part, parce que ce président des Etats-Unis ne ressemble plus depuis longtemps à l’adolescent radical qu’il décrit dans ses Mémoires. Celui qui assistait à des conférences socialistes et œuvrait à Harlem pour une association proche de M. Ralph Nader. Il n’a plus rien à voir non plus avec le militant afro-américain qui, « afin d’éviter d’être pris pour un traître, sélectionna ses amis avec soin. Les étudiants noirs les plus activistes. Les étudiants étrangers. Les chicanos. Les professeurs marxistes, les structuralo-féministes et les poètes punk rock. Nous fumions des cigarettes et portions des blousons de cuir. La nuit, dans les dortoirs, nous discutions du néocolonialisme, de Frantz Fanon, d’ethnocentrisme européen et de patriarcat (4). »

 

Pour les républicains, ce passé-là rappelle que l’homme est dangereux, étranger à la culture individualiste du pays, complaisant envers les « ennemis de la liberté » et disposé, pour commencer, à « socialiser le système de santé américain ».De leur côté, une partie des militants démocrates espèrent que leur président, qui les déçoit pour le moment, n’hésitera pas sitôt qu’il le pourra à mettre en œuvre une politique plus progressiste ; et que telle est bien sa volonté. L’appréhension des uns revigore l’espérance des autres. Néanmoins, pour paraphraser l’expression du journaliste Alexander Cockburn, la gauche, qui inspecte les entrailles des textes présentés au Congrès pour y dénicher la moindre parcelle de victoire, sait que le temps est compté : les élections législatives de novembre prochain risquent d’intervenir dans un climat économique morose. Elles vont donc probablement éclaircir les rangs des élus démocrates.

 

En définitive, on parle trop de M. Obama. L’homme a pris les traits d’un démiurge qu’on croit capable de dompter les forces sociales, les institutions, les intérêts. Cette personnalisation immature du pouvoir caractérise aussi la France et l’Italie, mais là le diable est niché de l’autre côté ; qu’il tombe et le pays sera sauvé... Il y a environ un demi-siècle, l’historien américain Richard Hofstadter a popularisé l’expression « style paranoïaque » pour saisir une humeur politique de ce genre. A l’époque, il pensait surtout à la droite maccarthyste et à ses succédanés immédiats, mais il prétendait aussi que son idéal type trouverait au fil des ans bien d’autres applications.

Nous y sommes. L’essor de l’individualisme, la paresse intellectuelle, la dérive hystérique des débats, le rôle délétère des médias, le déclin du marxisme aussi, ont généralisé l’illusion selon laquelle, comme l’expliquait Hofstadter en 1963, « l’ennemi n’est pas, contrairement à nous tous, soumis à la grande mécanique de l’histoire, victime de son passé, de ses désirs, de ses limites. C’est un agent libre, actif, diabolique. (...) Il fabrique les crises, déclenche les faillites bancaires, provoque la dépression, confectionne des désastres, et ensuite se délecte, puis profite de la misère qu’il a provoquée (5). » Un animateur de radio ultraconservateur, Rush Limbaugh, réplique que certains partisans de M. Obama prennent celui-ci pour le Messie. Il n’a pas tort. Mais pourquoi persiste-t-il alors, lui, à dénoncer chaque jour l’Antéchrist ?

 

Au fond, le « miracle » de l’élection de novembre 2008 pourrait être de nous avoir rappelé que les miracles n’existent pas. Et que le destin des Etats-Unis, comme celui des autres pays, ne se confond ni avec la personnalité d’un homme ni avec la volonté d’un président.



(2) Selon la liste établie par le Center for Responsive Politics, cf. « Top contributors to Barack Obama », Opensecrets.org.

(3) William Greider, « The money man’s best friend », The Nation, New York, 11 novembre 2009.

(4) Barack Obama, Dreams From My Father, Crown Books, New York, 2004, p. 100.

(5) Richard Hofstadter, The Paranoid Style in American Politics, Alfred Knopf, New York, 1966, p. 32.

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3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 14:50

clinton_haiti.jpgLa terre tremble, elle frissonne. Que se passe-t-il ? Elle est malade ? A-t-elle froid ou trop chaud? Que cherche-t-elle à nous faire comprendre ? Que les pauvres sont trop pauvres ? Ou que les riches sont trop riches ?

 

Rien, absolument rien de ce qui se passe en ce bas monde n’est gratuit ou altruiste, du moins pour toutes les « grandes nations » et institutions à vocation internationale. Elles sont trop grandes et trop grosses pour se soucier du bien-être individuel ou commun. Trop volontairement complexes et imposantes, elles permettent de se détacher de la souffrance et de l’éradication de l’autre. Contrairement à ce que prétend Hobbes dans son Léviathan repris par l’idéologie dominante, l’individualisme n’est pas le propre de l’homme. Il suffit de voir comment les gens s’organisent en cas de coup dur. La manière dont la solidarité émerge de toute part en cas de catastrophe ou de problème. On peut bien sûr parler de la solidarité dévoyée de nos dons qui nous donnent bonne conscience mais on peut aussi parler de celle et ceux qui travaillent dans l’ombre loin des flashs et des cameras. Pour reprendre le cas encore très médiatique d’Haïti, ce sont avant tout les Haïtiens eux-mêmes, par la force de leurs mains et de leur engagement, qui font le plus gros du boulot. Ce sont aussi des pays comme Cuba ou le Venezuela qui ont toujours été présents et qui ont toujours considéré les Haïtiens d’égal à égal. Non, ce ne sont pas nos cœurs qui sont malades mais les institutions qui les confortent et les endoctrinent dans le refoulement de nos inhérentes pulsions altruistes. Le comble c’est que cette pensée dominante se sert de ce qu’elle critique (altruisme) pour continuer à se faire du fric.

 

A la longue énumération des liens de causes à effets de « la stratégie du choc » de Naomi KLEIN, nous pourrions ajouter le séisme en Haïti, la montée de l’extrémisme en Europe, le coup d’Etat du Honduras, les détournements d’avions, les déboires de la Somalie, les déboisements massifs en Indonésie, l’immigration, etc.

 

Bien sûr le séisme est un élément externe qui ne fait pas partie d’une quelconque machination impérialiste. Mais tout ce qui se passe par la suite est toujours manipulé à des fins impérialistes d’exploitation capitaliste. Puisque le capitalisme est un système contre nature, il a besoin d’événements, de « stratégies du choc » pour se maintenir en vie. C’est un système agonisant maintenu artificiellement en vie par une élite minoritaire. Elite qui contrôle les médias et l’information et donc influence l’objectivité des gens. Voyez comme ils ont tirés à leur avantage les événements du WTC. Cette élite a besoin du capitalisme pour maintenir son rang. Elle a besoin d’événements pour nourrir le capitalisme qui se nourrit de la misère des autres et de la planète. In fine, c’est ce qui conduit Michel PARENTI à parler d’autodestruction du capitalisme.

 

Lorsque les événements se font rares ou moins médiatiques, elle les crée, comme par exemple l’événement climat totalement phagocyté par le capitalisme, le terrorisme, la crise économique  ou encore la grippe A/H1N1. Des événements qui jouent sur la peur, le confort et la compassion des gens. « Donnez de l’argent et tout ira mieux ensuite. Vite mon PC-banking, mon digipass, tic… tic… code pin, password, confirmation, Ok ? OK !… et voilà ! Ouffff, ça va mieux maintenant ! Bon ce n’est pas tout ça mais je dois absolument faire mon shoping aujourd’hui parce que c’est le dernier jour des soldes ! ». Avaaz, par exemple, qui permet, en quelques click de souris, de verser des sous pour toute cause humanitaire ou environnementale. Avaaz créé par Ricken PATEL, ex consultant de l’ONU, de la Fondation Rockefeller et de la Fondation Bill GATES... Ricken PATEL et tous nos grands philanthropes contemporains comme George SOROS magnat de la finance et des ONG au rôle non négligeable en Haïti (Cfr. Le rôle des ONG en Haïti soulève beaucoup de questions), Bill GATES ou Warren BUFFET qui donnent et gagnent des millions comme nous respirons. A quoi sert tout cet argent ? A nettoyer au plus vite les plages pour les futurs touristes ou à reconstruire des écoles et dispensaires ? On est en droit de se poser la question quand on sait le résultat des sommes collectées suite au Tsunami ( Cfr. Les ONG occidentales à l’épreuve du tsunami). La priorité principale des rapaces impérialistes c’est de rendre le pays le plus rapidement exploitable, pour que ses ressources humaines et terrestres continuent à jouer dans la danse du commerce mondial.

 

Cette appropriation du capitalisme n’est pas nouvelle et elle n’est pas prête de stopper dans un monde de plus en plus globalisé et lobotomisé. Ou peut-être devais-je dire dans un monde de plus en plus globalisé et conscientisé?

 

Conscience, cela reste profondément subjectif et incertain. Saurons-nous tirer les enseignements nécessaires de manière lucide et claire comme John PERKINS dans son livre « confessions d’un assassin financier » ou tomberons-nous dans la paranoïa peu constructive de Dominique GUILLET lorsqu’il se livre à la critique du réchauffement climatique ?

 

Pour ceux qui souhaitent en apprendre d’avantage sur Haïti et le rôle l’Impérialisme Français Américain Canadien (IFAC), je suggère :

* Le rôle des ONG en Haïti soulève beaucoup de questions. Entretien avec Jean LAVALASSE, photographe et documentariste haïtien résidant à Bruxelles depuis le début des années 70.

* L’humanitaire au service du capital, le cas de Haïti, Mohamed Belaali dans Le grand soir

 

haiti earthquake* Non, monsieur, vous ne pouvez pas partager ma douleur (phrase prêtée à cet femme dans les décombres) un article de John Maxwell dans le Jamaica Observer.

 


Pour terminer, un passage de l'entretien avec Jean LAVALASSE qui en dit long sur l’altruisme opportuniste de nos « grandes nations ».


Les intérêts des Américains de faire main basse sur Haïti sont nombreux. D’une part, la main d’œuvre est très bon marché en Haïti et l’île n’est située qu’à 30 minutes de la Floride, y faire transiter des cargaisons serait rapide depuis ce nouveau Taïwan.


Ensuite, il y a Cité Soleil, cette zone est convoitée par les Etats-Unis en accord avec la grande bourgeoisie commerçante d’Haïti, pour la convertir en un grand port : un port franc et une zone industrielle.


Puis, c’est le moment idéal pour se servir du territoire comme base arrière pour contrôler et contrecarrer Cuba puisqu’Obama a promis de libérer Guantanamo. Depuis Cité Soleil et au dessus de Gonave, il y a une vue appréciable sur Cuba.


Et enfin, le sous-sol haïtien est bourré de pétrole. Apparemment les gisements vénézuéliens prendraient leur source sous l’île. Port-au-Prince est assis sur un gigantesque puits de pétrole qui ne pouvait être jusque là exploité. En effet, depuis les années 50, Jean Dumarsais Estimé, le président de l’époque, avait déplacé la capitale anciennement située à Marchand-Dessalines vers l’actuel Port-au-Prince. Cette transition ne permettait pas d’exploiter le pétrole mais Mère Nature aidant, aujourd’hui tout est possible. De plus, le séisme a provoqué un exode rural volontaire des habitants de Port-au-Prince, laissant le champ libre à la destruction des ruines de la capitale et pourquoi pas le forage des sols… Dans d’autres circonstances, s’ils avaient demandé aux habitants de partir vers les campagnes cela aurait été considéré comme un génocide. La catastrophe apparait comme une aubaine pour les impérialistes car elle permet de déplacer à nouveau la capitale.
Tout n’est qu’enjeux géopolitiques et économiques.

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29 janvier 2010 5 29 /01 /janvier /2010 13:00

couv racines avenirDES RACINES POUR L’AVENIR, cultures et spiritualités dans un monde en feu. Rarement - pour ne pas dire jamais - il m’a été donné de lire un livre aussi abondamment et éloquemment référencé, aussi fin que rigoureux, aussi renversant que rassurant.

 

Il n’y est pas question de constats ou d’atermoiement sur l’Etat de notre monde. Il n’y est pas non plus question de solutions toutes faites ou de petits conseils simple et facile sur « le comment sauver notre monde ». En fait il n’est jamais question de comment mais de pourquoi ? Muni d’une profonde ouverture d’esprit, s’inspirant de ses multiples voyages et expériences, Thierry VERHELST cherche humblement à déceler les clés d’une Voie de sortie libératrice de ces temps de crises, de nos croyances, de nos blocages. A la croisée des chemins de la tradition et de la modernité, il nous propose une ligne médiane, verticale, appel à la Transcendance, à la non dualité et à la réincarnation de l’esprit. Un livre tout en finesse qui ne verse jamais dans l’excès. Excès de sens (religion), excès de pouvoir (politique) ou excès de raison (science).

 

Loin des clivages Nord-Sud, Riche-Pauvre, Tangible-Subtil, Profane-Sacré, Objectif et Subjectif, ce livre tente d’accorder nos violons pour une splendide symphonie à la Vie et à la quête de sens.

 

Sans prétendre à LA vérité, il me semble aujourd’hui que c’est effectivement et bel et bien de cela que manque l’humanité. La quête de sens ! Sens de la vie, de la mort, du monde, du cosmos, des choses, des rapports, etc. L’homme moderne est en « panne de sens » ! Technicien, l'homme moderne s’attèle à réparer ce qui se passe en-dehors (sauver le monde) plutôt qu’à se pencher sur ce qui se passe en-dedans. L’homme est en danger, pas la planète… Focalisé sur l’extérieur, il oublie ce qui se passe à l’intérieur.

 

« Le savoir occidental regarde au-dehors ; la sagesse orientale regarde au-dedans. Si vous regardez au-dedans comme vous regardez au-dehors, vous faites du dedans un dehors. Mais si vous regardez au-dehors comme vous regardez au-dedans, alors vous faites du dehors un dedans ». [Suzuki Daisetsu, cité par Thierry VERHELST à la page 318]

 

Aux multiples problèmes que nous rencontrons aujourd’hui mondialement, il ne faut donc pas uniquement répondre par les sciences « exactes » - et son opportuniste acolyte capitaliste - mais aussi et surtout par les sciences sociales : l’ethnologie, l’anthropologie, la sociologie, la théologie, la philosophie. Contrairement à ce que la modernité laisse entendre, il ne s’agit pas d’une tare ou d’une hérésie mais bien d’une planche de salut !

 

Après avoir abordé avec brio plusieurs thèmes ethnologiques : les cosmologies (chapitre 1), la vie en société (chapitre 2), l’économie (chapitre 3), l’humain (chapitre 4), le politique (chapitre 5), l’épistémologie (chapitre 6), la mondialisation (chapitre 7), les mutations culturelles (chapitre 8), l’auteur glisse lentement vers l’aboutissement, le message qu’il souhaite faire passer de son livre. Il aborde ainsi le thème des spiritualités renouvelées au chapitres 9 pour terminer en panache par un chapitre 10 intitulé « Antique tradition chrétienne et quête d’un avenir différent ».

 

Dans son approche culturelle, il touche aux cultures Africaines, à leur rapport aux anciens, au groupe, au temps et à l’espace. Il touche aussi à la sagesse du tao, la voie de l’équilibre en toutes choses. Il se penche également sur les apports des cultures Amérindiennes, Eurasiennes et Arabes. Il s’intéresse et compare les apports du Bouddhisme, du Chamanisme, de l’Indouisme, du Christianisme, du Judaïsme et de l’Islam. Il aborde des questions épineuses sur la religion (fanatisme), la politique (abus de pouvoir) ou notre rapport au monde et aux mots. Questions d’épistémologie, nous sommes des êtres de relation qui s’expriment par le Verbe et non des choses figées qui s’expriment par un prix. Mais dès que le Verbe se fait chair, il trahit la beauté du monde.

 

Influencé par une formation théorique rigide comme juriste et théologien mais ensemencé par une expérience de terrain multiculturelle, Thierry VERHELST a su tirer le meilleur en ne se noyant pas dans l’unité totalitaire de la tradition tout en ne se perdant pas dans le dualisme insipide de la modernité. Thierry a su se desquamer de ses enseignements théologiques réducteurs pour en tirer le plus beau, celui de la Trinité, celui de l’Amour. Ni moniste, ni dualiste, il fait l’éloge de la pensée ternaire alliant, le corps, l’âme et l’esprit en Un. Le matériel, le vécu et le Divin en Un. Une unicité ni fusionnelle, ni séparatrice. C’est ici que 1 et 1 font 3. Cette fraîcheur de vie concrète n’a été possible que par l’ouverture à la relation, au rêve, aux us et coutumes des autres. « Une vie parfois bien plus accessible aux athées ouverts qu’aux ‘croyants’ fermés », comme il le dit si bien. Juriste, Anthropologue et Théologien, on pourrait dire que Thierry lui-même incarne la Trinité dont il fait si souvent l’éloge : unir-sans-confondre, distinguer-sans-séparer.

 

Avec la mondialisation et les rencontres interculturelles de plus en plus intenses, il introduit son livre en posant la question : « Allons-nous vers de sanglants chocs de civilisations ? Ou est-il possible d’envisager des rencontres plus paisibles et plus fécondes entre les cultures et l’humanité ? ».

 

Tout le livre repose sur une conviction : les peuples ont tout à gagner par le dialogue et l’échange, tout à perdre par le jugement et le repli sur soi.

 

Il le clôture en faisant l’éloge de la tradition chrétienne des premiers siècles : « Entre le caractère trop yin des cultures traditionnelles et le côté excessivement yang de la modernité, la tradition chrétienne des premiers siècles, telle qu’exposée ici même, représente une voie médiane. Elle ouvre des pistes passionnantes pour intégrer à la fois les apports positifs de la modernité — liberté personnelle, égalité sociale, fraternité, — et de la tradition — interconnexion holistique, sens du sacré, convivialité dans la sobriété. Elle offre une voie des crêtes entre les écueils opposés des représentations trop statiques et fusionnelles propres à certaines cultures traditionnelles et les représentations trop dualistes et impatientes de la modernité.


Elle constitue à mes yeux une tradition pour demain. Elle représente pour l’Occident, et au-delà, pour un monde marqué par lui, une racine pour penser l’à-venir, Saurons-nous saisir cette chance? Ce livre est porté par l’espérance que les croyants des différentes religions ainsi que tous les autres chercheurs de sens trouveront dans les traditions et sagesses qui les inspirent des pistes précieuses pour contribuer à la quête commune d’un monde plus viable grâce à des mentalités et des comportements nouveaux dont la diversité ne sera pas un obstacle mais au contraire une richesse supplémentaire. » p. 416.

 

Thierry VERHELST, juriste de formation, né à Gand en 1942, s'est familiarisé avec l’anthropologie culturelle et la théologie orthodoxe. Œuvrant dans les ONG et la recherche, il accumula une expérience forte dans les trois continents du Sud ainsi qu’aux Etats-Unis et en Europe, et démontre que, partout, des communautés tentent de sortir des impasses actuelles pour sauvegarder la planète et défendre l’humain.
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22 janvier 2010 5 22 /01 /janvier /2010 13:41
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Nous sommes trop nombreux. Il n’y aura jamais assez de nourriture pour tout le monde. Ne faut-il pas combattre de toutes ses forces de telles assertions ? Trop rapides, trop simplistes, elles ne sont pas sans rappeler le Malthusianisme ou, à l’extrême, alimentent certaines théories élitistes, racistes, voire xénophobes. Prompt à porter un regard réprobateur envers les plus démunis qui continuent à faire des enfants à tour de bras nous n’évaluons même pas l’impact de nos enfants occidentaux sur le monde. L’empreinte écologique d’un enfant occidental correspond à 30 enfants du tiers-monde ! De 0 à 2 ans un enfant occidental consomme et pollue plus qu’un Mauritanien ou un Bengali sur toute une vie.


Que les choses soient claires : notre planète est parfaitement capable de nourrir les 9 milliards d’individus prévus pour 2050. Elle pourrait même en nourrir deux fois plus, si et seulement si nous passions à une agriculture sans intrants pétrochimiques (engrais, pesticides, fongicides), sans mécanisation intensive, sans OGM et sans objectifs mégalo-financiers. Si, avec la débâcle du système financier et de l’industrie automobile, fleuron du capitalisme, nos grand chefs d’Etats commencent à venter les mérites du local, il en va évidement de même pour l’alimentation ! Rien de tel qu’une voiture pour nous faire prendre conscience qu’il faut revenir au local ! Relocaliser, c’est moins de transports, moins de pollution, moins d’emballages, plus d’emplois, plus d’autonomie, plus de responsabilisation, etc.

 

Une agriculture locale, paysanne et bio est en mesure de nourrir 9 milliards d’humains. Cette phrase est la conclusion d’un rapport de la FAO publié à la suite d’une réunion du 3 au 5 mai 2007 à Rome. Ont participé à cette réunion, quelque 350 « experts » issus de plus de 80 pays, dont des représentants de 66 États Membres de la FAO, de trois institutions des Nations Unies, de cinq institutions intergouvernementales, de 15 organisations internationales non gouvernementales, de 30 organisations nationales non gouvernementales, de 24 instituts de recherche, de 31 universités, de huit entreprises privées et de neuf groupements d’agriculteurs (Cfr. point 2, ftp://ftp.fao.org/docrep/fao/meeting/012/J9918F.pdf).

Au point 8, ce rapport précise en outre que « dans les pays en développement, l’intensification durable de la production agricole par le biais de pratiques biologiques permettrait d’accroître la production de 56%. ». Enfin, le point 24 ajoute que « les systèmes de production biologique ont permis de réduire le recours aux intrants dérivés de combustibles fossiles de 10 à 70 % en Europe et de 29 à 37% aux États-Unis, sauf dans le cas de certaines cultures comme la pomme de terre. Ils contribuent également à atténuer les effets du changement climatique. »

 

Au cas où ce rapport de la FAO ne suffisait pas, il existe aussi l’étude de Pretty et al. datant de 2006 dont le rapport FAO devait probablement s’inspirer en partie. Pour 286 projets en agriculture biologique analysés dans 57 pays, l’étude fait mention de rendements aussi bons, si pas meilleurs dans certains cas, que l’agriculture industrielle.

 

Coincé dans le mode production-consommation on se surprend à vouloir réguler les naissances et/ou à produire plus. L’homme moderne linéaire ne comprend plus la qualité, il n’est capable de raisonner qu’en termes de quantité. Trop de monde, pas assez de nourriture donc réduisons les naissances et produisons plus. Plutôt que de revoir ses modes de production et son impact écologique et social sur la planète, l’homme moderne préfère faire la morale au Sud et continuer à l’inonder de son immonde nourriture qui se décline bien plus en prix/quantité qu’en goût/qualité (Cfr. Normalisation d’une nourriture carencée). Le Nord préfère sa formule des avantages comparatifs pour continuer de produire en masse à un endroit afin de revendre avec spéculation à un autre. Peu importe que cela se fasse au détriment de la planète et de l’autonomie des peuples. Ce qui compte, c’est dame économie.

 

Olivier de Shutter, successeur à Jean-Ziegler comme rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation, affirme en effet que : « la politique de prix des denrées, et le circuit de distribution de celles-ci est au cœur du problème. Les variations brutales et vertigineuses des cours des céréales ou du riz, par exemple, n’ont souvent rien à voir avec l’état des récoltes. Il peut arriver que les étalages des supermarchés soient remplis, alors que (dans le même pays) des émeutes de la faim ont lieu dans les rues. Un seul importateur de riz peut, s’il est en situation de quasi-monopole, faire flamber les cours et transformer du tout au tout, en quelques jours seulement, la situation dans les marchés locaux. Dans un marché agricole mondialisé, le rôle des opérateurs économiques est vital. La chaîne de distribution des produits alimentaires importe au moins autant que le volume de production. Croire qu’il suffit de produire plus pour nourrir la planète est un non-sens. C’est la question de l’accès aux denrées alimentaires qui est essentielle. Un milliard de personnes dans le monde ont faim parce qu’elles sont trop pauvres, pas parce qu’on ne produit pas de quoi les nourrir en quantité suffisante Et cette situation ne disparaît pas lorsque survient une baisse des cours. Nous faisons face à des déséquilibres structurels. Donc explosifs. »[1]

 

Malgré cela, on commence à lire (même dans Nouvelles Clés ou dans Imagine, magazines « alter ») l’idée de projets de fermes verticales, des buildings futuristes alliant technologie, architecture et agriculture, comme le projet Dragonfly à Manhattan imaginé par l’architecte Belge Vincent Callebaut ou encore les «vertical farms» de Dickson Despommier. Des cultures hors sol avec des ordinateurs qui gèrent en permanence le taux d’humidité, de CO2, de température, de nutriments, etc. Si l’argument de pénurie alimentaire au sein des grandes villes n’est certainement pas dénué de sens encore faut-il se poser la question du sens, de la réalisation et de la nécessité de tels projets ? Ne s'agit-il pas d'une résurgence supplémentaire de mégalomanie, de fuite en avant?


Ne vaudrait-il pas mieux mettre en œuvre une politique de valorisation et de relocalisation du monde rural ? La tragédie actuelle se trouve dans la migration effrénée vers les villes. Migration incitée par de gros capitaux prêts à tout pour exploiter économiquement les terres ainsi libérées. Il en résulte une fuite des paysans, une fuite des savoir-faire et avec eux, l’épuisement et la mort des sols.

 

« Pour nourrir les humains, inutile de conquérir le ciel, il faut revenir à la terre ! » [Philippe Desbrosse].

 

Promouvoir l’exode urbain plutôt que rural en valorisant les campagnes, le vivre mieux, plus proche et plus local n’est pas irréalisable ou utopique. Comme le précise encore bien ce fameux rapport de la FAO : « la sécurité alimentaire est bien plus une question politique, qu’une question agricole ». Il ne s’agit pas de produire plus de manière décentralisée avec des techniques de pointes, il s’agit de produire mieux, localement, avec des techniques de base, innovantes et peu énergivores ! « Pourquoi ne pas passer des contrat d’exploitation avec les paysans qui resteraient ainsi propriétaires de leurs terres ? » propose Olivier de Schutter. En Egypte, en Tanzanie, en Chine, au Japon ou à Cuba, la réforme agraire a impliqué l’expropriation des grands propriétaires terriens absentéistes pour libérer la Terre à ceux qui la respectent : les petits paysans, les anciens métayers. Ce genre de réforme agraire impliquait aussi la création d’association paysannes autonomes reconnaissant la possession de parcelles de terre individuelles (ou plutôt familiales) et organisant la mise en commun de certaines terres expropriées, destinées à être travaillées en commun pour financer des équipements collectifs tels que des dispensaires et des écoles.

 

Il ne s’agit pas ici de Communisme au sens classique puisqu’il n’y a pas collectivisation forcée des moyens de production. Il y a accord tacite des parties prenantes, c’est-à-dire des parties qui travaillent et non celles qui ont des capitaux (Capitalisme) ou qui dirigent (Communisme). Comme dit Patrick Viveret, toute forme de captation est nuisible, que ce soit pour le pouvoir, l’argent ou même le sens (extrémismes religieux). D’ailleurs ce type de réforme agraire eut bel et bien lieu en Ethiopie en 1974. Tout fonctionnait à merveille jusqu’à l’intervention des Soviétiques. « Ils s’empressèrent de chasser les présidents des associations paysannes démocratiquement élus et imposèrent leur propre système. On voit donc bien que l’impérialisme n’était pas l’apanage exclusif des pays capitalistes. L’URSS en Afrique eut une politique antidémocratique et quasi-coloniale. Ensuite, on remarque que la modernité soviétique n’était pas moins ethnocentrique que l’occidentale. L’expert rouge n’était pas plus disposé à reconnaître les cultures locales que l’expert de la Banque mondiale. » [2]

 

Pour terminer, que ce soit pour la lutte contre le réchauffement climatique, la pollution, la dégradation des sols et de l’eau, la perte nutritive des aliments (Cfr. Normalisation d’une nourriture carencée), le chômage, l’engorgement des villes, la destruction des tissus sociaux, la dépendance, l’a-culturation... la promotion d’une agriculture biologique paysanne proche de l’homme et de la Terre constitue sans conteste un élément de réponse matériel (donc compréhensible à notre société) aux problèmes que nous vivons. Mais comme le conclu si bien le rapport de la FAO, la question alimentaire est avant tout une question de volonté politique. C'est aussi une question de volonté personnelle. Nous ne sommes pas trop nombreux. Nous devons apprendre à vivre plus simplement pour que d'autres puissent simplement vivre (Gandhi).

 

Note :

[1] Courrier International N°976, du 16 au 22 juillet 2009, p.45

[2] DES RACINES POUR L’AVENIR, Cultures et spiritualités dans un monde en feu, p. 205, Thierry VERHELST, L’Harmattan.

 

Pour aller plus loin

* L'Agriculture naturelle de Masanobu Fukuoka

* www.lesjardinsdebrf.com

* www.permaculture.be

* www.natpro.be

* www.eco-bio.info

Et enfin, www.terre-humanisme.org de Pierre RABHI dont sont issues les fiches pédagogiques qui suivent. Très utiles pour commencer!

 

FICHE n° 1 : LE SOL fiche_péda_Le_Sol.pdf

FICHE N° 2 : LA PLANTE  Fiche_péda_La_plante.pdf

FICHE N° 3 : LA FERTILISATION DU SOL  Fiche_péda_Fertilisation.pdf

FICHE N°4: AUTRES FERTILISANTS  Fiche_péda_fertilisants.pdf

FICHE N°5: LES ASSOCIATIONS DE CULTURE Fiche pédagogique N°5

FICHE N°6: LES ROTATIONS : Fiche péda N°6

FICHE N°7: ECOSYSTEME DU JARDIN : Fiche pédagogique N°7

FICHE N°8 : LA BIODIVERSITE CULTIVEE : Fiche péda N°8

FICHE N°9: LA PRODUCTION DE SEMENCES : Fiche péda N°9

FICHE N°10 : LE GREFFAGE ET LA TAILLE : Fiche péda N°10

FICHE N°11 : LE BOUTURAGE : Fiche pédagogique 11 le bouturage

FICHE N°12 : L'APICULTURE : Fiche péda N°12

FICHE N°13 : REPERES POUR UN POTAGER AGROECOLOGIQUE : Fiche péda N°13

FICHE N°14 : L'EAU AU JARDIN : Fiche péda N°14

FICHE N°15 : SOINS PHYTOSANITAIRES: Fiche péda N°15

FICHE N°16 : SOINS D'HIVER AU JARDIN : Journal 64 Fiche pédagogique N°16

FICHE N°17 : UNE METHODE DE COMPOST MENAGER : Fiche péda 17

FICHE N°18 : LA PHYO-EPURATION : Fiche pédagogique 18

FICHE N°19 : LES TOILETTES SECHES A T&H : Fiche péda 19

 

Et pour toute personne qui souhaite vraiment approfondir, il y a :

Claude BOURGUIGNON : Le sol, La Terre et les champs

Dominique SOLTNER : Tome 1, 2 & 3 : le sol, le climat, la plante

 

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