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Présentation

  • : Démocratie? Ou Ploutocratie?
  • Démocratie? Ou Ploutocratie?
  • : Pas d'issue aux grands défis de l'humanité (pétrole, eau, famines, biodiversité, érosion, climat...) sans changement de paradigme et TOTALE remise en question tant au niveau individuel que pluriel (mode de vie, économie, progrès…)
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Tonnes CO2/personnes/an

2 = capacité d'absorption de la terre
4 = moyenne mondiale (2 fois trop)
8 = émission moyenne d'un Européen (4 fois trop)
20 = émission moyenne d'un Américain (10 fois trop)
0,09 = émission moyenne d'un Burkinabé
0,06 = émission moyenne d'un Ethiopien

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Bon à savoir

- La production d'un kilo de bœuf nécessite autant d'eau qu'une douche (débit de 18 litres par minute) quotidienne de 5 minutes pendant 2 ans.


- En Europe, chaque tête de bétail est subsidiée à plus de 2 euros par jour, soit un peu plus que le revenu journalier des 2/3 de la population mondiale.

 

- Le total des actifs financiers (crédits et spéculations) atteint 6,7 fois le PIB mondial!

 

- Dans le Pacifique Nord, les courants océaniques charrient des millions de tonnes de plastique. Leur accumulation couvre désormais une zone grande comme 6 fois la France.


- Seuls 1,6% des dépenses militaires ou 4,3% des subventions agricoles sont nécessaires pour assainir les besoins en eau de 80% des Africains.


- La fortune des 3 individus les plus riches de la planète est supérieure au PIB des 48 pays les plus pauvres (600 millions de personnes).


- Les pays en développement, qui subissent durement les dérèglements climatiques, ont produit moins de 20% des 350Gt (giga tonne) de CO2 accumulé dans l’atmosphère depuis 1850, alors qu’ils représentent 80% des terriens.


- Pour la banque mondiale, de 2006 à 2008, les prix alimentaires ont augmenté de 85%. Dans les pays pauvres, les dépenses alimentaires représentent 60 à 90% des budgets des ménages…


- Un plein de 50 litres de bioéthanol correspond à  250 kg de maïs, de quoi nourrir une personne pendant une année.


- Par an, les avions commerciaux émettent autant de CO2 que toute l'Afrique.


- L'élevage industriel consomme autant de céréales qu'Indiens et Chinois réunis (moitié de la population mondiale).

- La production, le stockage, le transport et le conditionnement d'une calorie alimentaire issue de l'agriculture conventionnelle nécessite 40 calories fossiles!


- D'autres chiffres ici

 

Archives

Citations & Livres

Aucun être humain ne vient au monde pour éviter à ses frères la peur de mourir en niant le corps par le travail et l'intellectualisation du monde. [Raoul VANHEIGEM] Adresse aux vivants sur la mort qui les gouverne et l'opportunité de s'en défaire

 

Ce que fait actuellement la logique de marché, c'est jouer sur la méfiance radicale de l'être humain à l'égard du détachement, ancrée dans l'énergie angoissée du besoin, pour pouvoir inverser l'énergie renonçante du Désir en énergie compulsive de l'envie. [Christian ARNSPERGER] Ethique de l'existence post-capitaliste

 

Le discours économique a une fonction terroriste, celui d'évincer le citoyen du débat [cité par Marie Martin-Pêcheu] Bio-économie

 

La monnaie et l’économie existent parce que l’homme n’a pas confiance en son prochain, qu'il suppose – souvent à raison - vouloir obtenir un échange gagnant. Il veut des garanties. Mais les garanties ne tiennent pas leurs promesses et se révèlent incapables d’empêcher l’injustice. [Didier LACAPELLE] Manuel d'anti-économie

 

Pour ceux qui connaissent le sens profond des choses, les paroles brèves sont des commentaires ; Pour ceux qui se fient aux apparences, les vastes discours ne sont que des abrégés imprécis. [Mawlânâ Djalâl Od-Dîn Rûmî] La geste de Taliesin

 

Notre époque a besoin d’une grande bouffée d’air frais, qui la revivifie. Vienne le temps où chaque individu, rejetant l’apathie dont tire sa force le pouvoir léthargique qui l’opprime, se change en guerrier sans armure et sans autre arme qu’une invisible force de vie. Qu’il combatte sans relâche pour ce qu’il a d’unique et de plus cher au monde, sa propre existence, vrai champ de bataille où nerfs, muscles, sensations, pensées répondent à la sollicitation de désirs obnubilés par la passion de jouir et que contrarient, refoulent, mutilent et nient les mécanismes d’une économie qui exploite le corps à l’égal de la terre. [Raoul VANEIGEM] Nous qui désirons sans fin


A travers le voile de notre vision rationnelle, la lumière du Réel se brise, et la transforme en une autre vision, comme la lumière du soleil dans la pluie donne l'arc-en-ciel. L'homme, devenu conscient du soleil, comprendra l'arc-en-ciel d'une facon différente. Mais celui qui aura le courrage de tourner le dos à ce qui n'est que l'arc-en-ciel, verra le soleil lui-même. L'homme ressent en lui-même et en son monde, la promesse d'une Réalité qui, à l'origine de son développement rationnel, se cache. [Karlfried GRAF DÜRCKHEIM] 
La percée de l'être ou les étapes de la maturité


L'écologie extérieure sans écologie intérieure n'est qu'illusion. Si intérieurement, l'esprit est mu par des violences passionnelles, cela se traduira inévitablement en comportements extérieurs. Intérieur et extérieur sont interdépendants. Sans un changement intérieur de mentalité et de relation, vouloir un changement à l'extérieur est illusoire. [Denys RINPOCHE]


L'économie politique a placé sur un podium quelques-unes de nos dispositions naturelles les plus vilaines : le matérialisme, l'esprit de compétition, la gloutonnerie, la vanité, l'égoïsme, la myopie intellectuelle et la toute bête cupidité. [Hazel HENDERSON] cité par Fritjof Capra dans Sagesse des sages

Si la logique en place est si tenace, c'est peut-être que quelque chose au fond de nous même y collabore - quelque chose qui participe de l'angoisse et du déni de notre condition d'humains. Les voies de sorties, les plus pertinentes de l'économie capitaliste ne sont donc pas économiques. Elles sont existentielles. [Christian ARNSPERGER] Critique de l'existence capitaliste, Pour une étique existentielle de l'économie

Notre siècle de rationalité matérialiste, de pesanteur minérale, de substances toxiques largement répandues, d'une science presque totalement asservie au profit, a porté atteinte au monde sensible qui constitue l'enveloppe vivante et vitale de notre planète. Il semble que ce ne soit qu'à l'aune du sacré que nous pourrions mesurer l'ampleur de notre responsabilité. "J'entends par sacré ce sentiment humble où la gratitude, la connaissance, l'émerveillement, le respect et le mystère s'allient pour inspirer nos actes, les éclairer et faire de nous des être très présents au monde, mais affranchis des vanités et des arrogances qui révèlent bien davantage nos angoisses et nos faiblesses que notre force." [Pierre RABHI] Conscience et environnement

Comme une rivière crée les berges qui la contiennent, l'énergie en quête de vérité crée sa propre discipline sans aucune forme de contrainte; et comme la rivière trouve la mer, l'énergie trouve sa propre liberté.
[Jiddu KRISHNAMURTI]
Le sens du bonheur

Vous devez être le changement que vous voulez voir dans ce monde.

[GHANDI]

Richesse c'est pouvoir. C'est le pouvoir d'acheter; c'est un droit de commandement sur tout le travail d'autrui.
[HOBBES]


Science sans conscience, n'est que ruine de l'âme
[RABELAIS]


Rien n'est si dangereux qu'un ignorant ami; Mieux vaudrait un sage ennemi
[Jean de la FONTAINE]

Chaque fois que l'humanité est amputée d'une de ses langues, une de ses cultures, un de ses peuples, ce sont ses propres enfants qui deviennent orphelins d'une partie d'elle même.
[Patrick BERNARD] www.icrainternational.org

Les paradis fiscaux ne sont pas qu'un phénomène marginal réservé à quelques milliardaires, quelques affairistes et beaucoup de mafieux. C'est, au contraire, « une infrastructure essentielle de la finance internationale ». Christian Chavagneux & Ronen Palan


La richesse se mesure au nombre de choses que nous pouvons laisser intactes
[THOREAU]

 

18 mai 2009 1 18 /05 /mai /2009 11:55

Bernard Lietaer travaille dans le domaine des systèmes monétaires depuis 30 ans. Après avoir exercé le métier de banquier central, il a été enseignant et consultant. Son livre, Le Futur de la monnaie, publié en 1999, a été traduit en 18 langues. À présent, après avoir écrit avec Margrit Kennedy Monnaies régionales, nouvelles voies vers une prospérité durable, il revient au pays pour mettre en oeuvre, en Flandre, une monnaie alternative !

Bernard Lietaer, comment voyez-vous la crise financière ?

Je la compare à une voiture sans freins avec laquelle on devrait traverser les Alpes. Peu importe où surviendra l’accident, il est inévitable. Ainsi, depuis 1975, notre système monétaire a connu 96 crises bancaires et 176 krachs monétaires. Il est, comme cette voiture sans freins, systématiquement instable. Qui ose le dire ? On parle des trous dans la route, on change de conducteur... Bref, toutes les solutions avancées sont des emplâtres sur une jambe de bois.

Quelle solution proposez-vous ?

Je préconise la création de monnaies complémentaires qui permettent de compenser les failles d’un système dominant et monopolistique. L’expérience des monnaies complémentaires existantes a montré qu’elles « respirent » en contre-cycle par rapport à l’économie en monnaie conventionnelle. Quand celle-ci se porte bien, les systèmes complémentaires restent marginaux. En période de récession, ils se développent parce qu’ils facilitent la poursuite de l’activité économique. Un bon exemple est le WIR, en Suisse. La Suisse est un État capitaliste assez conservateur. Cela n’a pas empêché une poignée d’entrepreneurs – ils étaient seize, en 1934 – de créer une monnaie complémentaire permettant aux entreprises membres de se faire crédit l’une à l’autre. 75 ans plus tard, les membres du WIR sont 75 000 et leur coopérative est devenue une banque. Il a été démontré que cet instrument joue un rôle important dans la stabilité de l’économie suisse.

Vous dites bien « monnaie complémentaire » ?

Oui, car je ne préconise pas une grande révolution, mais plutôt le développement de systèmes qui se développent spontanément en cas de récession. C’est en ce sens qu’une crise représente une opportunité. Je ne suis pas contre d’autres solutions comme les nationalisations ou la régulation, mais la régulation ne va pas supprimer les crises, elle ne peut qu’en réduire la fréquence. Quant à des transformations plus radicales, elles rencontrent la résistance des lobbies financiers, d’où la difficulté de les mettre en oeuvre. Donc, les monnaies complémentaires existent déjà ?

Oui, et ce n’est pas nouveau, même si on en entend peu parler. On ne compte plus aujourd’hui les systèmes à usage commercial de type « chèque repas », points bonus des grands magasins ou autres. Quant aux systèmes présentant une dimension sociale – banques de temps comme les services d’échanges locaux (SEL) ou les monnaies fondantes visant à favoriser l’économie sociale et les échanges locaux – il y en a au moins 5000 dans le monde, d’échelles différentes (1). En Allemagne, il y a 63 monnaies régionales dont 30 sont déjà opérationnelles, l’exemple le plus connu étant le Chiemgauer. Les Autrichiens sont aussi très actifs. Pour la France, on peut citer le SOL... Ces expériences dans les pays voisins sont plus facilement transposables à notre réalité que celles, fort intéressantes par ailleurs, des pays du Sud (2).

Quelles sont les conditions de leur succès ?

Pour pouvoir fonctionner au mieux, une monnaie – qui est une convention sociale basée sur la confiance – doit être gérée de façon rigoureuse et transparente. Ceci est vrai aussi pour les monnaies nationales ! Quand ce n’est plus le cas, comme aujourd’hui au Zimbabwe, la monnaie dévalue fortement. La valeur ajoutée des systèmes à vocation sociale, c’est leur impact sur la société. Toute technologie qui change les relations entre les gens a le pouvoir de changer la société : ce fut déjà le cas avec l’écriture, la voiture, l’ordinateur et Internet... La monnaie représente un réseau complexe où tout est interconnecté, c’est pourquoi on peut le comparer aussi aux écosystèmes et s’inspirer de leur fonctionnement.

On pourrait donc appliquer le biomimétisme à l’économie?

Effectivement ! Pour ma part, je me base sur vingt-cinq années de recherches menées avec des confrères américains (3) qui ont permis de comparer le flux de la monnaie à celui d’autres types de réseaux dynamiques comme la biomasse, les réseaux électriques ou le système immunitaire. Leur durabilité n’est possible qu’à certaines conditions. La recherche de l’efficacité a tendance à gommer la diversité et la richesse des interconnexions. Cela appauvrit le système, le rend plus vulnérable. La résilience, qui est fonction de la diversité couplée à l’interconnectivité, rend un système moins efficace, mais plus robuste. Entre ces deux pôles, on peut déterminer un point d’équilibre que nous avons nommé la « fenêtre de viabilité ». L’effet d’une monnaie parallèle est de revenir vers plus de résilience.

Les monnaies parallèles permettent-elles de combattre la pauvreté ?

Oui, car si la pauvreté est généralement définie  en termes de revenus, la richesse est, elle, plutôt évaluée en actifs, ce qui crée une distorsion. C’est tout le problème de la concentration du capital. Si l’on considère qu’à côté du capital financier il y a aussi le capital humain (la capacité de travail, la compétence...) et le capital social (les réseaux sociaux, l’entourage), on peut aider des pauvres à s’en sortir. C’est ce qu’a démontré la pratique de la microfinance, tout comme celle des monnaies complémentaires. Pour ma part, j’ai suggéré qu’en Inde on crée un outil d’épargne basé sur les arbres – qui croissent en taille, et donc en valeur, pour permettre à des petites gens de constituer une épargne (4).

... Et en Belgique ?

À présent, le gouvernement flamand s’intéresse à un projet qui pourrait démarrer à Anvers et à Gand, avant d’être étendu à d’autres régions. Je travaille à ce projet avec Netwerk Vlaanderen. Concrètement, il s’agira d’une carte à puce multifonction, qui permettra de comptabiliser des services entre entreprises ou particuliers, services commerciaux autant que sociaux. Nous voulons ancrer cette initiative dans des communautés existantes et être à l’écoute de leurs besoins, pour que cette initiative ne soit pas seulement top-down mais aussi bottom-up.

Un autre projet est à l’étude, avec un réseau de villes européennes, dont Bruxelles. Il s’agirait d’une monnaie « carbone », visant la réduction des émissions de CO2. Si la Région wallonne veut également se lancer, je suis à sa disposition !



Propos recueillis par Antoinette Brouyaux
du Réseau Financement Alternatif (RFA)
Article original repris sur Financité.be (magazine trimestriel du RFA)

Notes:

(1) Cf. notamment le dossier« Monnaies complémentaires » du
FINANcité Magazine nº 8.

(2) Bernard Lietaer et Margrit Kennedy, Monnaies régionales, de nouvelles voies vers une prospérité durable, éd. Charles Léopold Mayer, 2008.

(3) Bernard Lietaer, Robert Ulanowicz & Sally Goerner, « White Paper on the options for managing systemic bank crises », décembre 2008, étude disponible sur www.lietaer.com

(4) Marek Hudon et Bernard Lietaer : « Natural Savings : A New Microsavings Product for Inflationary Environments. How to Save Forests with Savings for and by the Poor ? », in Savings and Development, Fall 2006.

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16 mai 2009 6 16 /05 /mai /2009 12:22

 


Oui, c’est politique et je n’aime pas trop en parler directement… A chacun de se faire sa propre opinion… Mais comme j’ai repris bon nombre de passages et propos de Marco VAN HEES sur ce blog (Cfr. section Belgique), je me dois de vous faire part de sa candidature aux Européennes. On dit qu’il ne faut pas voter pour des petits partis car se sont des voix perdues pour la « bonne cause » (Ecolo comme moins pire par exemple) mais si tout le monde raisonne de la sorte, comment espérer un changement ? Même si PTB n'atteint pas la majorité, nos votes peuvent donner le ton pour les autres partis...


 

 

J’imagine… Je suis au parc de Bruxelles. C’est plein soleil. Je m’approche de la camionnette de crèmes glacées pour acheter un cornet vanille-moka et il me semble reconnaître un type dans la file. Mais oui, c’est le Premier ministre... «Bonjour, Herman. Tant que je t’ai sous la main, tu sais qu’en appliquant un impôt de 2% rien que sur les 25 familles les plus riches du pays,il y aurait de quoi augmenter de 200 euros par mois les 200.000 pensions les plus basses.

- Monsieur, je viens vite me chercher un cornet vanille-fraise entre deux réunions, je n’ai pas le temps de discuter de vos élucubrations. Aujourd’hui, plus personne ne défend ce genre d’idées…

- Et ta sœur!»

Non, attendez, en tant que fidèle fonctionnaire, je ne me permettrais jamais d’être grossier envers un membre du gouvernement. Quand je dis «Et ta sœur» à Herman Van Rompuy, je lui parle vraiment de sa sœur, Tine Van Rompuy, qui, comme moi, est candidate PTB+ (enfin, moi je suis candidat) aux européennes. Et qui défend un impôt sur les grosses fortunes.

Je sais, vous allez dire qu’un fidèle fonctionnaire du SPF Finances, fut-il délégué syndical, n’écrirait pas sur son ministre un livre intitulé Didier Reynders, l’homme qui parle à l’oreille des riches. Eh ben, je suis navré de vous contredire: c’est précisément en tant que fidèle fonctionnaire, soucieux d’une bonne application des principes de justice fiscale, que j’ai écrit ce livre. Des principes dont «mon» ministre ne semble pas trop se soucier.

On a souvent traité le PTB d’extrémiste (aujourd’hui, les médias semblent abandonner cette manie) parce qu’il avance des idées en marge de l’idéologie dominante. Franchement, quand je vois que les holdings d’Albert Frère payent moins d’impôt que sa concierge, j’ai le sentiment que certains extrémistes ont leur cabinet rue de la Loi.

Depuis deux petites années, le PS a régulièrement dénoncé, justement, «l’homme qui parle à l’oreille des riches». (Entre nous, quelle clientèle pour mon livre, les cabinets et groupes parlementaires socialistes.) Je me souviens, après l’échec du PS aux législatives de 2007, Elio Di Rupo m’a invité à petit-déjeuner chez lui, à Mons, pour parler dudit livre. Il le trouvait «édifiant». Vous avez eu besoin de mon bouquin pour voir ce que votre partenaire de gouvernement fait aux Finances depuis 1999? lui ai-je répondu. «Les socialistes n’ont pas été assez vigilants», a-t-il convenu.

Ok, personne n’est à l’abri d’un petit assoupissement idéologique (même si, pour la social-démocratie, il dure depuis un bon siècle). Mais depuis? Reynders, même fragilisé politiquement, continue d’imposer son libéralisme antisocial aux partenaires gouvernementaux.

 

Il offre Fortis à BNP-Paribas aux frais des contribuables belges (c’est Le Monde qui l’écrit), alors que par leur débâcle financière, les banques privées ont prouvé elles-mêmes la nécessité d’une banque publique.

Il continue, malgré le déficit public, d’offrir des centaines de millions d’euros d’intérêts notionnels à quelques grandes sociétés qui ont mis en place des montages fiscaux pour abuser du système.

Il continue à nier le besoin vital de baisser la TVA sur l’énergie, mais n’hésite pas à réduire la TVA sur les restaurants. J’imagine déjà le slogan électoral: «S’il fait trop froid chez toi, va au Comme chez soi»…

A propos de banque publique, je vais vous raconter une petite histoire. En 1993, le PS accepte la privatisation de la CGER mais promet que l’Etat gardera 50% du capital. En 1998, au moment de céder… les dernières parts de la CGER à Maurice Lippens, l’argument est que la fusion Générale-CGER (au sein de Fortis-Banque) permettra de constituer la «grande banque belge», dont la création, dans le contexte de fusions bancaires de l’époque, avait souvent été envisagée, mais jamais réalisée. C’est même ce qui vaudra à Lippens son titre de comte. En 2009, fin de la petite histoireet de la grande banque belge: celle-ci est cédée à BNP-Paribas. Tout ça pour ça… (Cfr. « Les banques privées ont démontré l’utilité d’une banque publique » et « Fortis, voici pourquoi Renders doit démissionner »)

Depuis le jour où Fortis a bu la tasse, le PTB défend inlassablement la création d’une banque publique: faisons de Fortis une nouvelle CGER. Au PS ou chez Ecolo, certains francs-tireurs défendent la même idée, mais elle ne suscite pas l’enthousiasme des états-majors.

Lisez leur programme: il faut «réguler» le secteur bancaire. Mais ça, même la FEB le dit. Personnellement, si mon tigre de compagnie avait tué trois de mes enfants, plutôt que de le réguler en lui limant les griffes et les dents, j’envisagerais plutôt de l’échanger contre un chat siamois. C’est très affectueux, vous savez, un siamois. Plus qu’un tigre, même. Et ça se contente de boîtes Whiskas…

Ce combat pour une banque publique, ne le menons pas seulement à l’échelle nationale. Intégrons-le au débat sur l’avenir des services publics en Europe (Cfr. LE TRAITE DES PLOUTOCRATES). Au lieu de démanteler les services publics nationaux pour accroître le profit de quelques grandes multinationales européennes, pourquoi ne pas créer quelques grandes entreprises publiques européennes? Une grande entreprise publique européenne de la poste. Une grande entreprise publique européenne des transports. Et une grande CGER européenne.

Mais que laisser au privé, alors? Ben, je ne sais pas, moi… Les camionnettes de crèmes glacées, peut-être?

 

Marco Van Hees
Avril 2009

Site de Marco Van Hees : www.frerealbert.be

Site électoral du PTB+ : www.stopaucirquepolitique.be

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14 mai 2009 4 14 /05 /mai /2009 11:55

Avant de passer aux voies de sorties systémiques et messages d’espoir, il faut, être bien conscient d’une réelle polarisation des richesses entretenue par le système. Dans la même lignée que l’article précédent la question des banques publiques est encore posée. Nous terminerons par un choix qui s’impose de manière intemporelle mais qui s’impose aujourd’hui d’une manière vitale pour l’humanité.


A. POLARISATION DES RICHESSES

Imaginons la scène :

 

- d’un côté le « sommet », les 1000 milliardaires de la planète et tous ceux qui veulent le devenir... La planète compte aujourd’hui 793 milliardaires (en dollars), contre 1125 l’an passé. D’après le World Wealth Report 2007, la planète comptait 9,5 millions de millionnaires, possédant près de 40% des richesses de la planète.

 

- de l’autre, la « base », le peuple, les entrepreneurs, les travailleurs, l’État, les pauvres, etc. En bref tous les débiteurs (emprunteurs) et micro-créditeurs de la planète (eh oui, depuis Yunus, même les plus pauvres peuvent emprunter). Tout ce petit monde qui, à force de "pousse au crime crédit" (avec remboursement d’intérêts) est devenu insolvable !

 

- et au milieu, les banques et toute la machinerie du crédit qui alimente toute la machinerie de guerre, de pétrole et de pub.

 

Dans un entretien fin mars 2009, Dominique Strauss-Kahn (DSK) affirmait que « le système était gelé et que les milliards n’arrivaient pas en bas ». Voilà le patron du FMI qui contredit le fameux « effet de ruissellement ». Effet qui consiste à dire que les retombées positives de la croissance bénéficient d’abord au « sommet », détenteur de capital (normal, c’est eux qui tiennent les cordons de la bourse) pour ensuite ruisseler sur la « base », les plus pauvres. Les plus pauvres ont donc intérêt à promouvoir les riches et la croissance pour bénéficier des gouttelettes de richesses que les riches veulent bien leur laisser. C’était le leitmotiv de la banque mondiale et de nombreuses théories économiques ! Eh bien, aujourd’hui DSK officialise l’absence de ruissellement ! La pyramide des « richesses » est cristallisée : un sommet opulent et une base insolvable.

 

Cette polarisation des richesses est également exacerbée par les subsides aux profits (Cfr. manuel d’anti-économie et l'article "connaissez-vous le socialisme d'intérêt privé") et par la pratique de taux d’intérêts différenciés. Les taux d'intérêts appliqués varient selon les agents économiques: de 0 à 4% pour les banques et les États (0% droits de tirage spéciaux), de 2 à 20 % pour les États et les grandes entreprises et de 4 à 250% pour les petites entreprises, les pauvres et les particuliers.

B. DES BANQUES PUBLIQUES ?

L’intérêt monétaire pourrait être légitime si nous parvenions à faire de l’argent une chose publique… Mais comme le dit BASTIAT(libéral) dans sa lettre 6 qui l'oppose à PROUDHON en 1889: «la société n’a de capitaux que ceux qui sont entre les mains des capitalistes grands et petits».

 

Dans sa lettre 12, sur la question d’une Banque nationale, commune ou publique, BASTIAT avoua tout de même que «RICARDO avait conçu un plan moins radical, mais analogue (Proposals for an economical and secure currency)», et qu'il «trouvait chez SAY (Commentaires sur Storch) ces lignes remarquables: Cette idée ingénieuse ne laisse qu'une question non résolue. Qui devra jouir de l'intérêt de cette somme considérable mise dans la circulation? Serait-ce le Gouvernement? Ce ne serait pour lui qu'un moyen d'augmenter les abus, tels que les sinécures, la corruption parlementaire, le nombre des délateurs de la police et les armées permanentes. Serait-ce une compagnie financière, comme la Banque d'Angleterre, la Banque de France? Mais à quoi bon faire à une compagnie financière déjà riche le cadeau des intérêts payés en détail par le public?... Telles sont les questions qui naissent à ce sujet. Peut-être ne sont-elles pas insolubles. Peut-être y a-t-il des moyens de rendre hautement profitable au public l'économie qui en résulterait (ndlr: venant d'un chantre du capitalisme c'est fort); mais je ne suis pas appelé à développer ici ce nouvel ordre d'idées. (ndlr: c'est bien dommage)»

 

Serge Halimi en parle dans un article du Monde diplomatique : Nationaliser les banques.

Il en est également question sur ce blog à plusieurs reprises notamment dans ces deux récents billets Pour une nationalisation des banques (FORTIS=>CGER) & James ROBERTSON: « pour une réforme monétaire adaptée à l'ère de l'information »

 

Si le capital était public, le taux d’intérêt servirait alors uniquement aux frais de fonctionnement du système ou a des projets jugés d’utilité publique. Mais comment y parvenir sans sombrer dans l’absolutisme étatique ou financier ? Derrière l’argent ou l’État, ce sont toujours des hommes avec leurs forces et leurs faiblesses. Une certaine dose d’introspection et de sagesse serait salutaire. Malheureusement ou heureusement, cela ne s’impose pas ! C’est une démarche qui ne peut venir que de l’intérieur, d’une prise de conscience et d’un cheminement personnel. L’outil informatique et Internet est, à mon sens, un bon média temporaire pour y parvenir. Je dis bien temporaire car rien ne dit que cette technologie soit généralisable et viable à long terme. Cependant, c’est actuellement bel et bien grâce à Internet et à son intrinsèque multiplicité qu’il est possible de se faire une opinion de ce qui se passe réellement dans le monde : déstructuration, délocalisation, trafics et exploitation en tout genre... Bien sûr, il ne faut pas perdre de vue qu’Internet est un outil et qu’il ne remplacera jamais une bonne dose de conscience et d’éveil.

C. Un choix

Que peut-on faire ? Cela nous concerne tous, banques, politiques, entreprises et citoyens. Nous avons tous une part de responsabilité dans cette course au toujours plus.

 

- Soit on reste dans le paradigme de l’Argent-Roi globalisé, dématérialisé et dé-personnifié => les banques-politiques continuent à racler la base pour alimenter le sommet jusqu’à ce que la base ne tienne plus (révoltes, émeutes, grèves…) => on continue, quand même, à maintenir la base par la force et les armes => guerres… (C’est ce qui s’est passé pour la guerre 40-45 suite à la demande insistante des Etats-Unis de remboursement des crédits commerciaux de l’Allemagne et de l’Autriche, voir L’acharnement thérapeutique peut-il nous conduire vers une Grande Dépression ?). Le capitalisme tourne en rond depuis au minimum moins 400 avant J-C. N’est-il pas temps de nous élever en trouvant autre chose ?

 

« La guerre est la ‘crise d’assainissement’ la plus vaste et la plus efficace qui soit pour se débarrasser des surinvestissements. Elle ouvre d’énormes possibilités supplémentaires pour de nouveaux investissements de capitaux et entraîne la consommation complète et l’usure des réserves accumulées de marchandises et de capitaux. Elle le fait surtout plus rapidement et plus radicalement qu’il est possible de le faire au cours des périodes de dépressions habituelles, même avec un très grand soutien artificiel. Ainsi la guerre est elle le meilleur moyen de repousser toujours davantage la catastrophe finale qui mettrait fin à l’ensemble du système capitaliste. »

[Ernst WINCKLER], «Théorie de l’ordre naturel du monde», 1952

 

- Soit on est prêt à remettre le paradigme en question et on revoit notre système monétaire de fond en comble avec comme solution certaine, un jeu de monnaies diversifiées et comme solution possible, des monnaie franches ou fondantes. Mais pour cela, il va nous falloir un sacré saut de conscience ! Il va falloir comprendre que l'accumulation ne résoudra pas nos problèmes existentiels (peur de manquer, de mourir, de vieillir).

 

Et si l’intérêt monétaire était la traduction réelle, structurelle et systémique de nos angoisses existentielles ?

 

Si la logique en place est si tenace, c'est peut-être que quelque chose au fond de nous même y collabore - quelque chose qui participe de l'angoisse et du déni de notre condition d'humains. Les voies de sorties, les plus pertinentes de l'économie capitaliste ne sont donc pas économiques. Elles sont existentielles.
[Christian ARNSPERGER]
Critique de l'existence capitaliste, Pour une étique existentielle de l'économie

 

 

Il n’est pas tout a fait correct de penser que la société actuelle n’a plus de sacré. Il n’y a pas disparition du sacré mais inversion du sacré et du profane :
 avec profanation de ce qui était considéré sacré, comme certaines valeurs : la liberté, l’égalité, la générosité, le génome humain, le caractère non marchand du vivant, etc.

 avec sacralisation du profane : la technique, l’argent, l’idéologie de "la gagne", la croissance économique, etc. Dénoncer le matérialisme de la société, c’est penser le religieux en termes religieux (et non scientifiques) : il y a une religiosité du marché avec ses temples de la consommation, ses instruments de culte que sont le linéaire, les chariots, sa liturgie publicitaire, ses grands prêtres économistes nobélisés, son Crédo du pouvoir d’achat, son calendrier "solidaire", etc. Et il y a une religiosité de la finance avec son temple de la bourse, ses instruments de cultes que sont les écrans, les graphiques et l’électronique, sa liturgie du gain, ses grand prêtres financiers, son Crédo du bon investisseur, etc.

[Paul ARIES] Objectif décroissance, vers une société harmonieuse

 

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11 mai 2009 1 11 /05 /mai /2009 12:07

La pratique du taux d’intérêt monétaire est un sujet particulièrement épineux qui a déjà fait couler beaucoup d’ancre et de sang. Pour tenter de comprendre, nous allons commencer par les arguments du POUR de Thomas d’AQUIN et de Frédéric BASTIAT, poursuivre par les arguments du CONTRE d’Helmut CREUTZ et Bernard LIETAER et terminer par une brève conclusion.

A. POUR : Thomas d’AQUIN & Frédéric BASTIAT

A.1. Thomas d’AQUIN (1225-1274)

Petit extrait du cours de Fabrice MAZEROLLE « Histoire des faits et idées économiques ».

Abordé initialement par ARISTOTE et PLATON, Thomas d’AQUIN (1225-1274) s’interroge sur la légitimité du taux d’intérêt. Sa pratique est en effet assez contraire aux préceptes de l’église (et des autres religions monothéistes) qui condamnait l’usure. Mais l’église elle-même avait parfois besoin d’argent et elle était prête à payer des intérêts pour obtenir des usuriers les sommes dont elle avait besoin. Thomas d’AQUIN a donc développé l'argument suivant: « si quelqu'un prête de l'argent, il se prive de la somme qu'il prête, il a donc droit à une compensation ». Donc, il peut stipuler un dédommagement dans le contrat de prêt. Il doit cependant s’agir d‘une juste compensation et dans ce cas, on l’appellera un taux d’intérêt. Longtemps après Thomas D‘AQUIN, d'autres arguments ont été avancés pour justifier le prêt à intérêt. Les principaux d‘entre eux sont:

 

 L'argument du risque : celui qui prête de l'argent prend le risque de ne pas être remboursé. Donc il a droit à ce titre d'exiger une prime de risque, à condition qu'elle ne soit pas excessive.

 

L'argument du manque à gagner : celui qui prête de l'argent se prive de la possibilité d‘utiliser cet argent de façon productive (par exemple en l‘investissant dans l‘achat d‘un troupeau de bestiaux). Donc il aurait droit à ce titre d'exiger une compensation pour ce manque à gagner.

 

Donc petit à petit, les esprits allaient admettre la notion d'intérêt et de profit et le capitalisme et l'économie de marché allaient pouvoir se développer.

 

La gestion du risque c’est le rôle premier des banques. Pour tout prêt d’argent, les banques prennent des garanties et sont supposées supporter le risque. Dans la finance, tout est une question de gestion du risque. Plus vous prenez des risques plus vous pouvez gagner ou perdre, moins vous prenez de risques, moins vous pouvez gagner ou perdre. Mais comme on peut le constater aujourd’hui via les subprimes, titrisation et artifices financiers, il est possible de vendre le risque. Ce risque est en plus vendu en prétendant qu’il est sans risque !

 

Reprenons ici, le premier principe de Frédéric LORDON dans son livre « Jusqu’à quand ? Pour en finir avec les crises financières ». Le contrôle des risques est une chimère. La carence des modèles devrait être maintenant suffisamment évidente pour qu’il ne soit plus question de laisser les opérateurs prendre des positions risquées en se berçant de l’idée que leur évaluation est parfaitement maîtrisée. Si la finance quantitative n’est pas accidentellement mais essentiellement incapable de donner les indications qu’on attend d’elle, il faut en tirer la conclusion qui s’impose : les prises de risques ne pouvant être réellement appréciées, il faut en limiter a priori, et sévèrement, la formation.

 

Ainsi, il est impératif de reprendre le contrôle (au niveau institutionnel mais aussi personnel) sur nos élans insatiables d’égoïsme primaire :

- assurer une traçabilité des produits financiers

- interdire les titrisations

- taxer toutes les transactions à destination de paradis fiscaux

- séparer les banques d’affaires et de dépôts (Glass-Steagall Act)

- ne permettre qu’une session boursière par semaine afin de minimiser les spéculations et effets d’annonces.

 

Bien sûr, cela ne se fera pas sans grincement de dents. L’atteinte aux libertés individuelles et à la libre expression sera forcément invoquée. Gouvernés par l’argent, les obstacles sont légion. Il ne faut cependant jamais oublier que l’économie peut parfaitement fonctionner sans finance débridée avec une nouvelle politique monétaire bien menée.

 

L’argument du manque à gagner, me semble légitime s’il est circonscrit dans le temps et s’il reste accompagné d’un débat ouvert entre prêteur et emprunteur.

A.2. Frédéric BASTIAT (1801 - 1850)

Un autre débat sur la pratique du taux d’intérêt qui vaut le détour est celui sur la gratuité du crédit entre PJ PROUDHON et F BASTIAT du 22 octobre 1849 au 7 mars 1850.

 

D’après moi, la méprise principale de BASTIAT se situe dans son postulat du service pour de l’argent prêté. C’est un postulat qui ne vaut que si l’on considère l’argent comme une chose tangible immuable à vocation universelle et au dessus de tout le reste. On constate aujourd’hui l’ampleur des dégâts de ce postulat (Cfr. Article « principe d’équivalence universel »). Il faut le dire et le répéter, l’argent est une convention propre aux sociétés humaines ! Lui conférer une convertibilité universelle avec possibilité d’acheter tout ce qui peut s’entendre, se voir ou s’imaginer, n’est-ce pas déjà un pouvoir divin? Et en sus de ce pouvoir nous lui conférons une possibilité d’auto-accroissement et d’auto-valorisation par le truchement du taux d’intérêt !?

 

Pour tenter de comprendre, la lettre deux de BASTIAT datée du 12 novembre 1849 est assez explicite : « Ainsi, nous étions d'accord tout à l'heure sur ce point, que l'emprunteur doit quelque chose en sus de la simple restitution. Accordons-nous maintenant sur cet autre point, que ce quelque chose est susceptible d'être évalué, et par conséquent d'être acquitté, selon la convenance des contractants, sous une des formes quelconques que peut affecter la valeur.

La conséquence qui s'ensuit, c'est que, à l'échéance, le prêteur doit recouvrer:

1° La valeur intégrale prêtée;

2° La valeur du service rendu par le prêt. »

 

BASTIAT précède cette déduction d’un paragraphe qu’il convient de ne pas manquer : « Je suis cordonnier. Mon métier doit me faire vivre; mais pour l'exercer, il faut que je sois logé, et je n'ai pas de maison. D'un autre côté, vous avez consacré votre travail à en bâtir une; mais vous ne savez pas faire vos souliers ni ne voulez aller pieds nus. Nous pouvons nous arranger: vous me logerez, je vous chausserai. Je profiterai de votre travail comme vous du mien; nous nous rendrons réciproquement service. Le tout est d'arriver à une juste évaluation, à une parfaite équivalence, et je n'y vois d'autre moyen que le libre débat»

 

Cette dernière phrase est essentielle : « Le tout est d'arriver à une juste évaluation, à une parfaite équivalence, et je n'y vois d'autre moyen que le libre débat ». Le libre débat est en fait opposé au « principe d’équivalence universel ». Le cœur du problème réside justement dans le fait qu’il n’y a plus débat ! L’accord simple et démocratique entre deux parties est occulté par l’acceptation tacite d’un principe suprême auquel il est impossible de déroger. L’argent est devenu une autorité centrale, dématérialisée et omnipotente qui décide tout ! La main invisible et l’argent universel décide de l’ensemble de nos faits et gestes. Une autorité sans tête, « jamais élue, jamais responsable et jamais coupable » (Junon MONETA dans « Le Néolibéralisme ? Un très vieux système, pourquoi faut-il le combattre ? »).

 

Ajoutons encore ce passage de la lettre 12 de BASTIAT

Mais, pour être compris, j'ai besoin, au risque de me répéter, d'établir quelques notions fondamentales sur le crédit. Le Temps est précieux. Time is money, disent les Anglais. Le temps, c'est l'étoffe dont la vie est faite, dit le Bonhomme Richard.
C'est de cette vérité incontestable que se déduit la notion et la pratique de l'intérêt.
Car faire crédit, c'est accorder du temps. Sacrifier du temps à autrui, c'est lui sacrifier une chose précieuse, et il n'est pas possible de soutenir qu'en affaires un tel sacrifice doive être gratuit.
A dit à B: Consacrez cette semaine à faire pour moi un chapeau; je l'emploierai à faire pour vous des souliers. — Souliers et chapeau se valent, répond B, j'accepte.
Un instant après, B s'étant ravisé dit à A: J'ai réfléchi que le temps m'est précieux; je désire me consacrer à moi-même cette semaine et les suivantes; ainsi, faites-moi les souliers tout de suite, je vous ferai le chapeau dans un an. — J'y consens, répond A, mais, dans un an, vous me donnerez une semaine et deux heures.
Je le demande à tout homme de bonne foi, A fait-il acte de piraterie en plaçant une nouvelle condition à son profit à côté d'une nouvelle condition à sa charge?
Ce fait primitif contient en germe toute la théorie du crédit.
Je sais que, dans la société, les transactions ne sont pas aussi simples que celle que je viens de décrire, mais elles sont identiques par leur essence.

 

Pour BASTIAT, lettre 14, l'intérêt est légitime, utile, indestructible, de même essence que toute autre rémunération, profit ou salaire; — la juste récompense d'un sacrifice de temps et de travail, volontairement allouée à celui qui fait le sacrifice par celui qui en profite; — en d'autres termes, que le prêt est une des variétés de la vente.

B. CONTRE : Helmut CREUTZ & Bernard LIETAER

Beaucoup pensent que seuls ceux qui empruntent payent des intérêts. Or, à lire les analyses pointues d’Helmut CREUTZ, il apparait qu’il n’en est rien. Tout le monde, quel qu’il soit, à tous les échelons de la production et de la consommation paye des intérêts. Pour être en mesure de rembourser leurs emprunts chaque agent économique (Etat, Individus, Entreprises) est obligé de majorer son prix d’un certain pourcentage. D’après une étude réalisée en Allemagne, il semblerait que ce pourcentage s’élève en moyenne à 30-40%. « En Allemagne, les intérêts représentent 12% du coût des déchets, 38% dans le prix de l’eau et 77% dans les prix de location des logements publics. L'intérêt bancaire représenterait en moyenne 30 à 40% du prix des produits hors taxes» [1].

 

Par ailleurs, si tout le monde sans exception paye effectivement des intérêts on peut penser que le système est juste et normal. Ici encore, CREUTZ nous démontre le contraire par une autre étude réalisée en Allemagne. Si on répartit la population allemande en dix groupes, on constate que chaque groupe reçoit et paie des intérêts. Par contre, 10% de la population reçoivent la quasi-totalité des intérêts, alors que 80% de la population paient deux fois plus d’intérêts qu’ils n’en reçoiventLa somme redistribuée aux détenteurs de plus 500.000€ de patrimoine représente un milliard d’euros par jour [1].

 

[1] [Helmut CREUTZ] cité par [Margrit KENNEDY] dans Pourquoi avons-nous besoin d'innovations monétaires? Trois erreurs courantes, trois conséquences probables, trois solutions possibles

 

L'un des avantages de l'intérêt monétaire c'est qu'il génère d'importants revenus pour ceux qui créent la monnaie. L'inconvénient, et qui n'est pas des moindres, c'est que les intérêts sont à l'origine d'un transfert de la valeur des emprunteurs vers les possédants: les intérêts contribuent d'une manière certaine à la concentration du capital. De fait, l'économie d'intérêts a tendance à favoriser l'investissement sur l'argent lui-même. En outre, l'économie d'intérêt met l'accent sur les gains à court terme. Une monnaie sans intérêt présente l'avantage de faire circuler la monnaie. Ce genre de monnaie favorise les gains à long terme, puisqu'une bonne circulation de la monnaie garantit des gains importants qui peuvent être consacrés à l'investissement.
[Bernard LIETAER], Monnaies régionales, p. 137

 

Comme on peut le constater, la pratique du taux d’intérêt n’est pas forcément juste et légitime. Dans notre système monétaire, l’argent appelle l’argent : ce sont toujours les plus riches, les plus gros détenteurs de capitaux, qui peuvent s’en mettre plein les poches pendant que d’autres travaillent. En réalité la pratique du taux d’intérêt réalise un transfert constant des richesses du travail vers le capital.

 

Un prix comprend donc non seulement les salaires, l’amortissement des outils de production, les matières premières, les taxes (TVA, impôts) mais aussi l’intérêt. La TVA est une taxe publique pour le bien public (école, hôpitaux, transports). L’intérêt est une taxe privée pour le bien privé (George SOROS, John D. ROCKEFELLER, Albert Frère, Lakshmi MITTAL).

 

Imaginez-vous que quelqu’un retire régulièrement, chaque mois, quelques centaines de dollars ou d’euros de votre porte-monnaie. Vous iriez certainement porter plainte. Vous en feriez vraisemblablement de même si, à chaque fois que vous achetez quelque chose, quelqu’un encaissait une certaine fraction du prix d’achat, à la façon des mafiosi. Eh bien, ce qui vous paraît inimaginable est précisément ce qui se pratique chez nous. Chaque jour, à chaque achat, et de plus en plus.
[Helmut CREUTZ], Le syndrome de la monnaie, p. 105

C. CONCLUSION

A la base, la taux d'intérêt semble être justifié par la pratique d'un travail antérieur. Les exemples de BASTIAT en attestent assez bien, notamment celui de l’échange de chapeaux et de souliers dont il était question ci-dessus ou encore celui de l’organisation des hommes primitifs au début de sa 14ème lettre. BASTIAT termine son exemple en disant : « Depuis, les relations sociales se sont bien compliquées. Le capital a pris mille formes diverses: les transactions ont été facilitées par l'introduction de la monnaie, des promesses écrites, etc., etc.; mais à travers toutes ces complications, il est deux faits qui sont restés et resteront éternellement vrais, savoir:

 

1o Chaque fois qu'un travail antérieur et un travail actuel s'associent dans l'œuvre de la production, le produit se partage entre eux, selon certaines proportions.

 

2o Plus le capital est abondant, plus sa part proportionnelle dans le produit est réduite. Et comme les capitaux, en augmentant, augmentent la facilité d'en créer d'autres, il s'ensuit que la condition de l'emprunteur s'améliore sans cesse. »

 

Que ne faut-il pas entendre? Ainsi l’homme démiurge se serait affranchi du temps qui passe ? Chimère ultime d’un égo surdimensionné se traduisant par un inéluctable creusement d’inégalités sociales et par la dégradation d’un environnement avec lequel nous ne sommes plus du tout en équilibre.

 

Il est par ailleurs essentiel de bien distinguer le capital commercial du capital spéculatif qui n’existait pas en 1850. Capital spéculatif qui ne reflète en rien un travail antérieur ! Alors que le PIB mondial (consommation des Etats) est estimé à 50 mille milliards de dollars, et l’ensemble du commerce mondial à 10 mille milliards, les produits dérivés (qui servent essentiellement de couverture aux dettes et crédits entre banques) ont atteint l’équivalent de 500 mille milliards de dollars. Respectivement 10% et 2% de cette somme astronomique suffisait à financer la consommation et le commerce de l’ensemble de la planète ; tout le reste est utilisé pour des stratagèmes qui consistent à faire de l’argent avec de l’argent.

 

Avant de clore, il me semble important de ne pas trop diaboliser les banques, comme les chinois ou les américains d’ailleurs ! Les banques, comme les agriculteurs et comme nous tous, sommes victimes du système. Nous sommes tous victimes d’un système avide et égoïste, traduction directe de notre Moi profond qui prend ses rêves pour la réalité. Coincées dans la logique du système, les banques, poussées par les exigences croissantes de rentabilité financière des grands détenteurs de capitaux, n’ont eu d’autre choix que de se prostituer en vendant le risque qu’elles étaient censées supporter. Alléchées par l’appât du gain, les banques sont devenues des traders fous. Elles et tout le système ne privilégie que le rendement sur capital sans distinction aucune du type de capital. Propre ou sale, légitime ou non, peu importe, tout est bon pour faire du profit.

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5 mai 2009 2 05 /05 /mai /2009 12:15

Ce n'est que le système de production marchande moderne fondé sur la transformation incessante d'énergie humaine en argent érigée en fin en soi qui a engendré une sphère particulière, dite du travail, isolée de toutes les autres relations et faisant abstraction de tout contenu - une sphère caractérisée par une activité subordonnée, inconditionnelle, séparée, robotisée, coupée du reste de la société et obéissant à une rationalité des fins abstraite, régie par la " logique d'entreprise ", au-delà de tout besoin. Dans cette sphère séparée de la vie, le temps cesse d'être vécu de façon active et passive ; il devient une simple matière première qu'il faut exploiter de manière optimale : " Le temps, c'est de l'argent. " Chaque seconde est comptée, chaque pause-pipi est un tracas, chaque brin de causette un crime contre la finalité de la production devenue autonome. Là où l'on travaille, seule de l'énergie abstraite doit être dépensée. La vie est ailleurs - et encore, parce que la cadence du temps de travail s'immisce en tout. Déjà les enfants sont dressés en fonction de la montre pour être " efficaces " un jour, les vacances servent à reconstituer la " force de travail ", et même pendant les repas, les fêtes ou l'amour, le tic-tac des secondes résonne dans nos têtes.

Dans la sphère du travail, ce qui compte n'est pas tant ce qui est fait, mais le fait que telle ou telle chose soit faite en tant que telle, car le travail est une fin en soi dans la mesure même où il sert de vecteur à la valorisation du capital-argent, à l'augmentation infinie de l'argent pour l'argent. Le travail est la forme d'activité de cette fin en soi absurde. C'est uniquement pour cela, et non pour des raisons objectives, que tous les produits sont produits en tant que marchandises. Car ils ne représentent l'abstraction argent, dont le contenu est l'abstraction travail, que sous cette forme. Tel est le mécanisme de la machine sociale autonomisée qui tient l'humanité moderne enchaînée.

Et c'est bien pourquoi le contenu de la production importe aussi peu que l'usage des choses produites et leurs conséquences sur la nature et la société. Construire des maisons ou fabriquer des mines antipersonnel, imprimer des livres ou cultiver des tomates transgéniques qui rendent les hommes malades, empoisonner l'air ou " seulement " faire disparaître le goût : tout cela importe peu, tant que, d'une manière ou d'une autre, la marchandise se transforme en argent et l'argent de nouveau en travail. Que la marchandise demande à être utilisée concrètement, fût-ce de manière destructrice, est une question qui n'intéresse absolument pas la rationalité d'entreprise, car pour elle le produit n'a de valeur que s'il est porteur de travail passé, de " travail mort ".

L'accumulation de " travail mort " en tant que capital, représenté sous la forme-argent, est la seule " signification " que le système de production marchande moderne connaisse. " Travail mort " ? Folie métaphysique ! Oui, mais une métaphysique devenue réalité tangible, une folie " objectivée " qui tient cette société dans sa poigne de fer. Dans l'acte sempiternel de la vente et de l'achat, les hommes ne s'échangent pas comme des êtres sociaux conscients d'eux-mêmes, ils ne font qu'exécuter comme des automates sociaux la fin en soi qui leur est imposée.

 

L'ouvrier se sent auprès de soi-même seulement en dehors du travail ; dans le travail, il se sent extérieur à soi-même. Il est lui-même quand il ne travaille pas et, quand il travaille, il ne se sent pas dans son propre élément. Son travail n'est pas volontaire, mais contraint, travail forcé. Il n'est donc pas la satisfaction d'un besoin, mais seulement un moyen de satisfaire des besoins en dehors du travail. Le caractère étranger du travail apparaît nettement dans le fait que, dès qu'il n'existe pas de contrainte physique ou autre, le travail est fui comme la peste.
[Karl MARX], Manuscrits de 1844

 

Extrait du point 5, « Le travail, principe social coercitif » du Manifeste contre le Travail du groupe allemand Krisis.

 

 

Ayant érigé l’argent en fin, on ne travaille plus pour soi ou pour être reconnu, on travaille pour gagner sa croute et consommer. Depuis les années 80 nous sommes entrés dans une société d’abondance. Sauf rares exceptions, il n’est plus vrai, comme l’affirmait Bastiat en 1850, que les valeurs faites, les réalités, tombent moins facilement dans le tablier de dame Offre, que les valeurs fictives de l’imagination dans le tablier de dame Demande. La réalité dépasse la fiction. L’offre est telle qu’elle crée des besoins avant même qu’ils n’aient été satisfaits. La pénurie est maintenue artificiellement grâce à l’argent-roi qui maintient la dépendance, la soumission et l’exploitation d’une majorité envers une minorité. Dans sa folie émancipatrice nombriliste, l’humanité prend ses rêves pour réalité. Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse. Nous ne travaillons plus pour produire ou satisfaire des besoins vitaux. Nous travaillons pour consommer, pour gagner, pour combler nos envies particulières illimitées… Envies traduisant bien plus un mal-être qu’un bien-avoir.

 

Pour terminer, quelques extraits du texte de [Raoul VANEIGEM] Nous qui désirons sans fin

 

Notre époque a besoin d’une grande bouffée d’air frais, qui la revivifie. Vienne le temps où chaque individu, rejetant l’apathie dont tire sa force le pouvoir léthargique qui l’opprime, se change en guerrier sans armure et sans autre arme qu’une invisible force de vie. Qu’il combatte sans relâche pour ce qu’il a d’unique et de plus cher au monde, sa propre existence, vrai champ de bataille où nerfs, muscles, sensations, pensées répondent à la sollicitation de désirs obnubilés par la passion de jouir et que contrarient, refoulent, mutilent et nient les mécanismes d’une économie qui exploite le corps à l’égal de la terre.

 

En privilégiant l’hédonisme sur l’austérité laborieuse, le consumérisme fournit des armes à la contestation de ce travail qui était l’essence de la production. Son utilité sociale, sa contribution au confort et à la satisfaction des besoins prioritaires parut secondaire en regard du salaire grâce auquel s’obtenait le droit de fréquenter les bazars du bien-être plébiscité.

 

Menacé dans ses prétentions démesurées par le consumérisme critique comme il l’avait été précédemment par les revendications prenant pour cible la productivité, le profit entra dans une stratégie de repli. Délaissant les secteurs où il s’amenuisait, il découvrit dans la gestion du capital accumulé un terrain propre à le faire fructifier sans encombre. Rien ne l’y peut contester que sa propre inflation. Le système économique dont nous sommes tributaires depuis des millénaires meurt dans le délire de son autonomie absolue, comme un Dieu résiliant tout engagement envers les hommes qui avaient eu la faiblesse de le créer.

 

Voir aussi : http://infokiosques.net/travail & ECOCLASH

 

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30 avril 2009 4 30 /04 /avril /2009 12:05

Issu du formidable document de Didier LACAPELLE (ECOTHEURGIE) : Manuel d’antiéconomie, p. 104. A lire absolument !

 

A la subvention au profit (article précédent) s’ajoute des phénomènes de redistribution des pauvres vers les riches. Sa justification théorique est l’ «effet de ruissellement». Selon ce principe, l’Etat doit favoriser les riches car ceux-ci, plus enclins à l’initiative économique, créent plus facilement de la richesse, et cette richesse ruisselle par leurs consommations en bas de l’échelle. Il y a plus d’inégalités mais les pauvres sont plus riches en termes absolus. Cette idée est fondée sur le principe erroné que l’initiative économique crée des revenus. De plus, l’effet de ruissellement n’a jamais été démontré et bute sur une réalité plus simple : quand on prend de l’argent aux pauvres, ils sont encore plus pauvres.

 

 Les économistes nomment la redistribution des pauvres vers les riches : effet «Mathieu», et la voient un peu comme une curiosité. C’est en réalité une politique : l’Etat met en place de véritables mécanismes rentiers.

 

 Le loyer est une rente «vraie» créée par la loi. Beaucoup de profits ressemblent aussi à des rentes, parce que le propriétaire de l’entreprise ne travaille pas lui-même, comme c’est le cas des actionnaires.

 

*

 

 On pourrait associer le mécanisme de privatisation au socialisme d’intérêt privé. Mais la privatisation ne vient pas simplement renforcer le profit, elle crée la possibilité du profit.

 

La privatisation est la condition initiale de l’émergence du capitalisme. On rappellera la phrase de Proudhon : « La propriété c’est le vol. » Elle correspond assez bien au mécanisme de privatisation d’un bien collectif. Ainsi on peut dater les débuts du système capitaliste anglais du moment de la privatisation des prés communaux, ayant entraîné la révolte des « enclosures ». Les paysans ont été chassés des prés communaux comme sont chassés aujourd’hui les paysans des Andes. Le même principe a oeuvré à la dépossession de leurs terres des indiens d’Amérique ou les palestiniens au début du 20ème siècle. La légitimation se fait par la création d’un « titre de propriété » au bénéfice du nouveau «propriétaire».

 

 La privatisation de biens collectifs concerne également des entreprises, comme celles qu’ont acheté au rouble symbolique les oligarques russes sous Eltsine, s’octroyant au passage le monopole du gaz ou de l’exploitation de la forêt russe. De même, tout mécanisme de privatisation d’entreprise entraîne une création de profits soutirés par l’acheteur au contribuable. C’est assez flagrant avec les sociétés d’autoroute. Il s’agit typiquement d’une activité pour laquelle la concurrence n’existe pas ou peu – il n’y a jamais deux autoroutes concurrentes sur le même trajet, tout au plus des alternatives globalement non concurrentielles comme les petites routes ou le train – et dont le caractère de service empêche toute possibilité d’innovation. La privatisation d’une telle société n’a aucun intérêt pour le public. Il s’agit typiquement d’une redistribution inégalitaire.

 

 Les entreprises capitalistes supportent des coûts que ne connaissent pas les entreprises publiques monopolistiques : dividendes à verser aux actionnaires, coûts liés à la concurrence, problèmes d’échelle. Elles arrivent parfois à compenser dans l'industrie par une meilleure utilisation du progrès technique, mais sont démunies dans les services, où les innovations sont rares.

 

 Malgré cela les assurances sont toutes privées. De plus, certaines polices sont obligatoires, comme l’assurance habitation ou l’assurance automobile, assurant un marché aux assureurs. Les fonds de pension remplacent avantageusement l’assurance vie puisque désormais le bénéficiaire ne peut plus réclamer que les intérêts. Le capital ne lui appartient plus, mais est conservé par le fonds. De plus, le versement d’intérêts n’est pas garanti et est suspendu si le portefeuille concerné n’est pas bénéficiaire.

 

 La gestion du régime général de sécurité sociale par certaines mutuelles leur octroie de la part de l’assurance maladie une remise de gestion par assuré très supérieure à leur coût réel. Le crédit d’impôt mutualiste pour que les revenus situés entre le plafond de la CMU complémentaire et ce plafond majoré entraîne une subvention des organismes d’assurance maladie aux assureurs complémentaires privés.

 

 Les marchés publics organisent des avenants sans appels d’offre, évincent des PME sur des critères d’effectifs, financiers et d’expérience (selon les termes du code des marchés public en vigueur jusqu’à fin 2008) permettant à certaines entreprises de s’assurer des profits sans réelle mise en concurrence. Les concessions de service public organisent une forme de rente aux titulaires des marchés. Les secteurs de la formation ou du recrutement privé bénéficient de ponts d’or de la part de l’Etat pour simplement faire de la sous-traitance, plus chère, avec des résultats inférieurs. Mieux que les concessions, le régime des partenariats public-privé ne les limite pas dans le temps. Dans ce cadre, l’Etat remboursera les loyers, prendra en charge le risque commercial et d’exploitation, tandis que l’entreprise concernée empochera les profits. Les événements sportifs sont payés par la collectivité au profit des entreprises qui obtiennent les marchés. Les sommes sont d’ailleurs souvent dépensées sans que l’investissement soit pérenne.

 

*

 

 Le droit intellectuel organise également une forme de redistribution inégalitaire.

 

 Le salarié n’est jamais payé de son travail au-delà du mois considéré. Dans le meilleur des cas, il bénéficie d’un intéressement au résultat sur un à trois ans. Les chanteurs sont encore rémunérés trente ans plus tard pour la chanson qu’ils ont écrite en deux heures. Parfois ce sont les maisons de disques qui ont les droits de chansons qu’elles n’ont pas écrites.

 

 Les OGM permettent de rendre les plants stériles, ce qui assure de vendre des semences au producteur chaque année. On octroie des brevets sur des biens qu’on pouvait croire dans le domaine public. L’utilisation de plantes de la médecine traditionnelle est parfois interdite quand un laboratoire pharmaceutique a déposé un brevet sur le principe actif. * Les aides financières aux riches sont le pendant pour le particulier des subventions aux entreprises.

 

 Des déductions d’impôts sont octroyées en plus des versements de la CAF aux familles qui embauchent des assistantes maternelles à domicile. Les gains réalisés à l’étranger, les successions sont défiscalisées dans beaucoup de pays. Les créances non recouvrables possédées par les particuliers font l’objet de déductions fiscales contre abandon de celles-ci. Ceci est une assurance gratuite fournie aux rentiers par l’Etat. Les dirigeants d’entreprise bénéficient de « parachutes dorés ». Les autres salariés peuvent être embauchés sous des statuts qui ne donnent pas droit à la moindre indemnité. Les écoles de « l’élite » sont financées par tous. Beaucoup de ceux qui ont un revenu ainsi subventionné trouvent par contre scandaleux que l’on continue de verser l’assurance chômage ou l’aide sociale.

 

L’Etat s’endette plutôt que de collecter l’impôt nécessaire ou de frapper la monnaie qui lui permettrait de réaliser les dépenses prévues. Les intérêts de la dette sont payés aux riches prêteurs, grâce à l’impôt de l’ensemble des français. Ce qu’on nomme profit ne résulte donc plus de la seule activité marchande, mais également des subventions et de la redistribution inégalitaire. Ce qu’on nomme encore capitalisme sert seulement à cristalliser un rapport hiérarchique en simulant un marché de biens.

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29 avril 2009 3 29 /04 /avril /2009 11:55

Issu du formidable document de Didier LACAPELLE (ECOTHEURGIE) : Manuel d’antiéconomie, p. 100. A lire absolument !

 

Le socialisme passe par l’appropriation collective des moyens de production. Dans sa version étatique, c’est l’Etat qui devient propriétaire. Les principes sociaux-démocrates laissent au privé la propriété des entreprises mais organisent une certaine redistribution du pouvoir d’achat en faveur des salariés pauvres et des chômeurs. Le socialisme d’intérêt privé compense les baisses de profits en transférant des ressources collectives aux entreprises. L’intervention de l’Etat ne se fait pas sur un mode d’ « appropriation collective », comme le prévoit la théorie marxiste, mais sur un mode de « subvention collective ». L’Etat se porte garant de la pérennité d’un système capitaliste lorsqu’il bute sur ses difficultés naturelles. Cela se traduit par des exonérations de charges diverses et d’impôts, des emplois subventionnés, des subventions directes, ou une couverture assurantielle automatique des pertes d’exploitation.

 

Les subventions à l’emploi sont présentées comme une mesure de soutien à l’emploi, car il est exigé que les pauvres travaillent. En termes économiques, si le coût unitaire d’une personne embauchée (salaires et charges) est supérieur au chiffre d’affaire supplémentaire généré, l’embauche de cette personne entraîne une perte d’exploitation. La subvention permet de couvrir le déficit, et même de fournir une marge à l’entreprise.

 

 On parle parfois d’ « effet d’aubaine », l’entreprise touchant parfois des aides pour un emploi qu’elle aurait créé de toute façon. Il s’agit des embauches rentables qui seraient des passagers clandestins. Le phénomène étudié ici est celui des passagers réguliers : l’entreprise génère peu ou pas de chiffre d’affaires supplémentaire et la communauté lui paye son profit.

 

Les subventions à l’installation sont un pur cadeau financier, sans lien avec l’emploi.

 

Des assurances d’Etat garantissent le chiffre d’affaires de certaines professions. Ainsi la COFACE assure gratuitement les contrats des entreprises françaises à l’étranger. Quand l’Arabie saoudite n’a pas payé des chars Leclerc après les avoir reçus, GIAT Industries a été indemnisé par l’Etat français. Des compensations automatiques ont été organisées pour la profession agricole en cas de surproduction détruite, de sous-production, de jachère, etc.

 

Des aides diverses sont versées et des exonérations d’impôts sont proposées ou accordées aux entreprises du cinéma, des jeux vidéo, de l’industrie agro-alimentaire, aux restaurateurs et aux buralistes (TVA). Les médecins bénéficient de tarifs garantis et de prises en charge collectives pour certains investissements. Des exonérations d’impôt sur les sociétés ont été proposées par le président Sarkozy pour pousser au regroupement en pôles des entreprises de technologie.

 

Il peut y avoir étatisation temporaire : l’Etat protège le capital d’une entreprise déficitaire en la rachetant. Lorsque de nouveaux produits sont développés, lorsque de nouveaux gains de productivité surviennent, l’entreprise peut redevenir excédentaire et l’Etat la restitue alors au privé. On retrouve ici un peu l’adage « socialisation des pertes, privatisation des profits ». La banque britannique Northern Rock, secouée par la crise du crédit immobilier dite crise des « subprimes », a été nationalisée en février 2008, après 5 mois de subventions massives du gouvernement. Le retour de la banque sous statut privé une fois sa situation améliorée était annoncée dès le début de l’opération. Il faut noter que c’est un retour en arrière imprévu par la théorie marxiste. Pour elle, l’Histoire a un sens et une fois le socialisme en place, on ne rebrousse pas chemin. * Pour illustrer l’ancienneté du phénomène d’abondance dans les pays dits développés, on peut observer que sans les subventions, les différents secteurs de l’économie seraient déficitaires !

 

Le secteur primaire est internationalisé et ne permet pas de réelle spécialisation. Il est très fortement concentré. Et il ne peut pas avoir recours au remplacement qualitatif des produits par le progrès technique. On ne remplace pas les bananes par des super bananes. La surproduction y est globale depuis les années 50. L’idéologie d’Etat promouvant la pratique intensive a accéléré cet état de fait. Les petits producteurs ont été éliminés, les prix se sont effondrés, le taux de profit avec. Les revenus sont devenus largement indépendants de la production et socialisés par des subventions multiples.

 

L’industrie bénéficie d’aides multiples depuis les années 80, malgré l’innovation qui rend possible les gains de productivité des machines et le renouvellement des produits.

 

Le secteur tertiaire est subventionné depuis le début parce qu'il n'existe pas vraiment de clientèle solvable, que les gains de productivité sont peu ou pas possibles et que les services produits ne sont pas améliorables. On peut améliorer une voiture, pas vraiment une assurance, comme une banane. Les emplois subventionnés sont notamment tous les services d’aide à la personne, dits de « tiers secteur ». Il s’agit également des revenus des professionnels de santé par le biais de l’assurance maladie. Il s’agit enfin de toutes les mesures sectorielles, comme celles mises en place en faveur des buralistes ou des restaurateurs.

 

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24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 11:55

Ce qu'il faut savoir en 5 minutes...

Le Non Accelerating Inflation Rate of Unemployment (NAIRU) est le taux de chômage minimum qui n'accélère pas l'inflation. C'est un concept très présent dans les travaux des économistes. Ses traductions françaises sont bien moins parlantes que sa version anglo-saxonne: taux de chômage d'équilibre (rare) ou taux de chômage structurel (plus courant, bien que rarement explicité).

Le concept est issu des travaux d'un économiste: en 1958, William Phillips montre qu'historiquement, on observe une relation inverse entre augmentations salariales et chômage. Quand l'emploi se fait rare, les salariés sont sous pression et modèrent leurs velléités. La menace du chômage rend plus docile... C'est ce que semble montrer la Courbe de Phillips

La découverte fait florès, les travaux se succèdent. En 1968, Milton Friedman, économiste monétariste (libéral), introduit le Taux de Chômage Naturel. Il y aurait dans la société un taux de chômage en dessous duquel les gouvernements ne devraient pas essayer de descendre, car alors, leurs efforts seraient vains et ne conduiraient qu'à relancer l'inflation. Trop peu de chômage serait mauvais pour la lutte contre l'inflation...

Le NAIRU est introduit en 1975 par Lucas Papademos et Franco Modigliani. Il vise à priori à nuancer la brutalité du "mur de Friedman". A un niveau élevé, on pourrait lutter contre le chômage, mais en se rapprochant du NAIRU, les risques augmenteraient de voir l'inflation se relancer. Problème: où se situe le NAIRU? Les économistes sont bien incapables de le calculer avec précision! Pourtant, ils ne se privent pas de l'utiliser régulièrement...

Dans les années 60 et surtout 70, les profits des entreprises sont érodés par une inflation qui augmente et un rapport de force en leur défaveur (encore accru après les mouvements sociaux post 68). Les détenteurs de patrimoines et les prêteurs de capitaux sont pénalisés par une inflation à deux chiffres. L'offensive du courant économiste libéral (à partir de la fin des années 60) va arriver à point nommé pour renverser la vapeur.

Le NAIRU et le chômage qui l'accompagnent vont devenir une variable d'ajustement permettant de faire pression sur les conditions du marché du travail. Celui-ci redevient globalement défavorable aux salariés en même temps que le chômage augmente, en particulier au cours des années 80 et 90. En 20 ans, la part de la richesse nationale qui revient aux salariés recule en France de 10% par rapport à celle allant aux détenteurs de capitaux. Les conflits du travail (grèves principalement) diminuent de 86% en 20 ans. Le chômage et la précarité créent de la peur et modifient les termes de la négociation employeurs-salariés. Sur la même période, l'inflation officielle a chuté considérablement... pendant que le chômage augmentait non moins considérablement!

Le NAIRU est aujourd'hui extrêmement utilisé. Sur Google, tapez NAIRU et vous obtiendrez plus de 170 000 pages. Allez sur le site du Sénat, et vous y trouverez en effectuant une recherche plusieurs dizaines de documents utilisant ce concept. L'Organisme de Coopération et de Développement Économique (OCDE) qui est une institution éminemment influente de par ses recommandations économiques, réalise de nombreuses estimations du NAIRU. Sur le site de la Banque Centrale Européenne (BCE), gardienne de l'Euro, pas moins de 200 documents avec ce terme vous seront servis. Normal car la BCE a pour UNIQUE OBJECTIF la lutte contre l'inflation (c'est défini dans ses statuts). Selon l'OCDE et et BCE, le taux de chômage qui stabilise l'inflation en Europe serait aujourd'hui de l'ordre de 10%... En 1997, les NAIRU estimés pour chaque pays pouvaient être considérables (jusque 19% de la population active en Espagne!)

ET POURTANT, EN AVEZ-VOUS DEJA ENTENDU PARLER?

L'essor au cours de la dernière décennie de la sphère financière a renforcé l'obsession de la lutte contre l'inflation. Les profits financiers sont allergiques à l'inflation, car celle-ci érode la valeur de l'argent... de ceux qui en détiennent beaucoup!

Ceci explique notamment que le NAIRU soit un concept aussi présent dans les travaux et les recommandations des économistes, surtout lorsque ceux-ci exercent des fonctions importantes au sein d'établissements financiers privés...

Le chômage est toujours présenté comme un "Fléau", un "Cancer", contre lequel tous jurent de mener combat. L'emploi est la priorité du gouvernement, cela fait des décennies que nous entendons cela. Mais un phénomène aussi durable et massif dans le temps ne peut exister sans un choix délibéré. L'explication selon laquelle le problème serait un manque de croissance est fallacieuse. Celle qui vise actuellement à stigmatiser les chômeurs en les rendant en quelque sorte responsable de leur sort est cynique... En laissant supposer que le chômeur est un fraudeur et un profiteur, on renverse la charge de la preuve et on fait diversion en dédouanant le système de toute responsabilité, et encore plus de toute intentionnalité.

La régulation de l'économie par l'inflation a été remplacée par une régulation par raréfaction de l'emploi. La croissance potentielle visée par la BCE inclut dès le départ l'hypothèse d'un taux de chômage supérieur au NAIRU. Le volant statistique de chômeurs correspondant au NAIRU est dès le départ exclu, il est considéré comme "non mobilisable" puisque priorité va à la lutte contre l'inflation.

Le chômage un Fléau? Sans doute pour ceux qui le vivent ainsi que pour les salariés qui en ressentent la pression. Mais cette enquête sur le NAIRU montre que le chômage est avant tout un outil de pression sur le marché du travail. Un chômeur travaille pour ainsi dire, et à son insu, à tirer l'inflation vers le bas. L'utilisation opérationnelle du NAIRU lui attibue au moins ce rôle, sans le lui reconnaître officiellement bien sûr. Car le NAIRU n'est pas vraiment politiquement correct. Ce qui explique sans doute son absence du débat public qui contraste singulièrement avec son omniprésence dans les travaux des économistes.

Affirmer que le chômage est voulu et planifié est sans doute "hérétique". Pourtant, les indices réunis ici constituent un faisceau de preuves très dense et cohérent. Par ailleurs, quand c'est un des créateurs du concept de NAIRU, prix Nobel d'Économie, qui le déclare et le dénonce, c'est qu'il y a sans doute quelque vérité dans cette hérésie. Ceci implique certainement un changement radical de nos représentations et l'impératif de demander des comptes à nos dirigeants et représentants ainsi qu'à ceux qui les conseillent et orientent leurs politiques.

Article est issu du site Inflation, Monnaie, Finance

 

Lire également La hausse tendancielle du taux d’exploitation, surtout l’annexe 1 et 2.

 

Le raisonnement consiste à dire que le salaire réel (déjà on parle de salaire et pas de chômage) augmente plus vite que la productivité d'une entreprise. Pour survivre, cette entreprise est donc "obligée" d'augmenter ses prix, jusqu'à retrouver un taux de marge suffisant. On se sert d'une équation qui supprime les prix pour corréler le niveau de salaire à la productivité. C'est l'équation la plus illustrative du taux d'exploitation croissant à productivité croissante tant dénoncé par les marxistes.

 

La fin de l'annexe 2 se termine par "Le Nairu représente aussi le « taux de chômage n’augmentant pas la part salariale », celui en dessous duquel la répartition des revenus risque d’être remise en cause par la progression des salaires. On pourrait tout aussi bien parler d’une théorie du « taux d’exploitation d’équilibre », d’autant plus élevé que le taux de chômage et les gains de productivité sont élevés, à condition que ces derniers ne se répercutent pas pleinement sur les salaires."

 

Donc il existe un seuil de chômage en dessous duquel il ne faut pas passer sinon c’est l’inflation!!! Fort comme raccourcit non?

 

 

Ces deux articles sont issus du site ECOPHILOPAT, recueil d’articles bien structurés pour penser autrement.

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20 avril 2009 1 20 /04 /avril /2009 11:55

Sujet bateau déjà abordé maintes fois (Cfr. section PIB & richesses de ce blog) mais dont il me semble essentiel de bien comprendre les tenants et aboutissants de ce supra-indicateur économique auquel médias et politiques vouent un culte sans pareil. C'est sur base de cet indicateur qu'un Etat peut jouer dans la cour des grands ou non: G20 et consort. C'est précisément cet indicateurs qui défini toute la hiérarchie et les rapports de force mondiaux! Il me semble donc important de bien le comprendre. Les insuffisances du produit intérieur brut du site ECOTHEURGIE de Didier LACAPELLE datant de février 2006 convient justement à merveille. A imprimer et à lire avec beaucoup d’attention !

 

Le PIB est la somme des valeurs ajoutées produites dans le pays pendant un an, par les entreprises et les administrations. Cette valeur ajoutée se partage en profits commerciaux et salaires. Il s'impose comme norme de comptabilité nationale en 1945, lors des accords de Bretton Woods, sous l'impulsion de John Maynard Keynes.

Les insuffisances du PIB comme indicateur unique de la richesse des nations créent un clivage entre fétichisme politique du PIB et de la croissance et une littérature économique qui en a depuis longtemps pointé les limites:

1) Le PIB ne mesure pas la richesse, mais son accroissement.

La vraie richesse est un patrimoine difficile à évaluer. L'INSEE participe de cette occultation puisqu'elle ne produit pas de comptes de patrimoine.

Lorsque qu’on parle de la « croissance », on parle de la croissance du PIB, c’est-à-dire de la croissance de la croissance, et on fait abstraction des pertes dans le patrimoine – amortissements ou destructions. Lorsqu’on parle de la hausse de la croissance on parle de la croissance de la croissance de la croissance. Lorsque les marchés sanctionnent Aventis parce que sa progression de croissance s’est ralentie, on peut avoir l’impression à lire la presse économique que son chiffre d’affaires a baissé, alors qu’il grandit, qu’il grandit même de plus en plus vite, mais moins vite que prévu.

Comparer des niveaux de croissance dans deux pays n’a pas de sens, si on ne vérifie pas que les PIB sont similaires, voire que le patrimoine est équivalent.

Notons au passage que parler de partage de la valeur ajoutée donne l’impression qu’il n’est pas question de revenir sur le partage de toutes les valeurs ajoutées qui l’ont précédées et qui forment le patrimoine. On peut en déduire qu’une fois une richesse acquise, elle ne peut plus être perdue.

Mais le patrimoine se redistribue aussi, que ce soit par l’héritage divisé, les impôts sur celui-ci, les fluctuations de la Bourse. Il peut même disparaître, par la perte de la valeur du bien (amortissement, obsolescence, destruction).

2) Toute production n'est pas une richesse.
Ce qui augmente le PIB peut même contribuer paradoxalement à faire diminuer le patrimoine. Par exemple, une voiture qui tourne à l’arrêt dans un embouteillage augmente le PIB par sa consommation, mais n’apporte aucune richesse identifiable. Au contraire, elle contribue durablement à polluer l’environnement.

Les coûts des accidents de la route contribuent à la croissance du PIB ; mais les revenus de l’homme mort sont perdus pour la collectivité. Nettoyer les plages polluées bénévolement fait baisser le PIB par rapport à une activité rémunérée.

Le progrès vient d’ailleurs très souvent de la gratuité, d’actions qui ne sont pas valorisées dans le PIB. La prévention antitabac réalisée en consultation médicale n’est par exemple comptabilisée alors que les soins anticancéreux le sont.

Le PIB ignore le patrimoine, le gratuit, la qualité de vie, et compte toutes les transactions ayant des impacts négatifs sur la qualité de vie et le patrimoine, et cela n’est pas marginal.

3) Il est difficile de comparer des marchés dans le temps quand les produits changent.

Le PIB est mesuré par les prix corrigés de l'inflation.

La croissance ne résulte donc que des volumes produits en France pour les anciens produits et les innovations,  et des prix fixés aux innovations.

Les prix fixés aux innovations ne sont pas différents des autres : ils résultent de conventions.  Il y a ainsi des difficultés à comparer dans le temps des PIB portant sur des productions différentes. Lorsque l’on décide qu’un aspirateur vaut 50 balais, il s’agit d’une convention, et il est difficile de déterminer ce qui relève de l’inflation et de la croissance de la richesse.

4) Le PIB est un indicateur purement quantitatif.

Si on fait abstraction de l’innovation, il ne reste que les volumes pour définir la « richesse ». Une définition strictement quantitative de la richesse n’est plus forcément valable, quand les volumes disponibles n’ont jamais été aussi importants et les besoins théoriquement largement couverts par la production.

Aussi a-t-on développé d’autres indicateurs, comme la mortalité infantile, sous le nom d’indicateurs de développement humain (IDH), utilisés par le PNUD des Nations-Unies. Avec ces indicateurs, les pays à forte protection sociale obtiennent de meilleurs résultats.

Il faut bien se garder toutefois de ne pas défendre des principes éthiques – la redistribution par exemple -  au nom de l’efficacité économique.

L’économie est dirigée par la politique, jamais le contraire, quand bien même les systèmes les plus sociaux auraient l’avantage.

5) Les calculs sont imprécis.

Le contenu du PIB est défini de manière conventionnelle est critiquable comme on vient de le voir.

Une fois défini ce qui y entre, le calcul a posteriori est imprécis et fluctue dans une fourchette de plus ou moins 5 %. En termes d’évolution en pourcentage, l’incertitude est plus grande encore. En termes prévisionnels, les calculs deviennent extrêmement imprécis, d’autant plus qu’ils sont éloignées de la période qu’ils décrivent. L’annonce de prévisions précises au dixième de point près, comme il est d’usage d’en faire, n’a aucune réalité objective.

De plus,  l’institution ou l’Etat qui les fait n’a en général pas la possibilité d’orienter le secteur en vue de réaliser les objectifs annoncés. Ainsi en est-il du budget de la Sécurité sociale qui est voté chaque année par le Parlement, mais qui n’est pas contraint par une enveloppe limitative au niveau de l’Etat : les professionnels de santé ou les assurés ont un droit de tirage illimité sur l’assurance maladie.

6) Ce sont les transactions qui sont comptées dans le PIB et non la production elle-même.

Une vente hors taxe d’un grossiste à un détaillant n’est pas comptabilisée, alors que la vente du détaillant au client l’est, permettant ainsi d’englober les revenus du détaillant, du grossiste et du fabricant. Ainsi la valeur du produit dépend du nombre d’intermédiaires de vente.

Si le client revend encore une fois le produit, celui-ci est même compté une seconde fois, alors qu’il s’agit toujours le même produit. Les fonctions commerciales, comme tous les services, sont considérées comme créatrices de valeur. Comme les services peuvent améliorer le bien-être au même titre que les biens, ce n’est pas nécessairement un problème.

Toutefois, il faut bien voir que cette définition de la valeur est différente de la valeur définie par David Ricardo ou Karl Marx. Marx notamment ne reconnaît pas les services comme créateurs de valeur.

7) Les seules transactions intégrées dans le PIB sont celles qui donnent lieu au versement de profits et/ou de salaires.

Ainsi le secteur dit social fait l’objet d’un clivage interne. Lorsque l’Etat paye une assistante sociale, ou lorsque l’assurance maladie verse des revenus aux médecins, ces revenus sont assimilés à une production et intégrés au PIB. Lorsque l’assurance vieillesse verse les retraites, elle améliore le bien-être de ces personnes. Mais ces revenus n’étant ni profits ni salaires, ils ne sont pas intégrés au PIB.

Le discours dit « libéral » va souvent plus loin et néglige totalement le fait que le secteur public représente aujourd’hui 46 % du PIB, essentiellement des salaires versés aux français. Keynes disait d’ailleurs que lorsque l’Etat représentait plus de 10% du PIB, on basculait dans un système socialiste.

Aussi les revenus versés par le secteur public, même s’il s’agit de revenus d’activité – salaires des fonctionnaires, honoraires des médecins – sont totalement assimilés à des dépenses, sans mention du fait que le PIB les compte comme des productions. Ainsi pour ces « libéraux », une heure de cours privé est considérée comme une production, mais une heure de cours de l’éducation nationale est assimilée à une dépense.

La frontière entre la rente (revenu de redistribution) et le profit (revenu de production) est d’ailleurs imprécise. Les loyers immobiliers comme les assurances sociales en espèces sont considérés comme des rentes et exclus du PIB. Les profits réalisés en Bourse, largement déconnectés de la sphère commerciale qu’ils sont censés refléter, sont eux pourtant assimilés à des profits productifs.

8) Les marchés internes des pays pauvres ne sont pas comptés.

Si les services non exportables des pays riches sont comptabilisés, les biens échangés à l’intérieur des pays pauvres ne le sont pas, car il n’existe pas de source statistique à leur sujet.

Paradoxalement, un pays peu exportateur sera jugé très pauvre alors qu’il peut être autosuffisant et échanger des biens en quantités importantes à l’intérieur de ses frontières, alors qu’un pays fortement exportateur d’un petit nombre de produits (parfois un seul) aura l’air dynamique, sans tenir compte de la faiblesse de la consommation de ses habitants.

Les pays en développement sont souvent incités à promouvoir une industrie exportatrice, censée leur apporter des richesses.

Par ailleurs, si ces pays exportent, ils doivent s’ouvrir à la concurrence des pays riches. Les coûts de production sont supérieurs pour les entrepreneurs des pays pauvres : la main d’œuvre y est moins chère, mais les grandes firmes produisent tout de même pour moins cher du fait des économies d’échelle, et prennent les marchés aux entreprises locales.

Les profits du secteur exportateur cachent ainsi la ruine des autres secteurs, non comptabilisés. Jusqu’au jour où l’industrie exportatrice s’arrête à son tour, faute de pouvoir rembourser ses emprunts. On parle à cet effet de croissance appauvrissante.

L’Etat peut défendre son industrie, soit en la subventionnant, soit en fermant ses marchés à la concurrence étrangère. C’est d'ailleurs de cette manière que les pays riches ont commencé leur développement, qu’il s’agisse de l’Angleterre lors de la première révolution industrielle, de l’Allemagne, des Etats-Unis ou du Japon encore aujourd’hui.

9) Le PIB dépend étroitement du système national de prix et de salaires, sans forcément refléter des différences de niveau de vie.

a) Le PIB des pays riches est composé d’activités de services plus ou moins à l’abri de la concurrence internationale.

Les activités de service représentent plus de 80 % des emplois aux Etats-Unis ou en France. Or la plupart des services sont délivrés dans un seul pays, sans marché international pour fixer les prix. Que les avocats américains gagnent plus que les avocats français est le résultat d’une convention sociale du pays et du taux de change, mais ne veux pas dire que cet avocat américain crée une valeur réelle supérieure. De plus, les besoins en services dépendent des pays. Si les Etats-Unis ont beaucoup d’avocats et de policiers, c’est parce qu’ils ont à la fois une forte criminalité et une répression forte.

Comparer le déficit commercial au PIB n’a ainsi pas vraiment de sens et minimise le déficit, qui ne correspond qu’à des biens qui s’échangent vraiment entre pays.

b) Même sur le marché international il n’y a pas de prix uniques.

Hors le tourisme et quelques avocats et banques internationaux, ce qui s’échange sur le marché international est constitué de biens, manufacturés et dans une moindre mesure agricoles. Mais le prix payé dans chaque pays n’est pas un prix « international », mais un prix national, qui dépend de conventions nationales.

La richesse d’un homme est définie comme la quantité d’objets qu’il possède évaluée au prix du marché. Mais les prix de l’Afrique ne sont pas ceux de New York pour des biens similaires. Avec un même revenu (PIB par habitant), on peut s’acheter beaucoup plus de biens en Afrique qu’aux Etats-Unis.

Les prix et les monnaies sont des valeurs fluctuantes et conventionnelles, insuffisantes pour mesurer la richesse. D ’autres critères, comme la mortalité infantile, l’espérance de vie, donnent un meilleur aperçu du niveau de développement réel, d’autant plus que la médecine est à la fois un secteur de masse et de pointe en matière technologique.

10)  Le PIB confond le produit lui-même et le revenu que les salariés et l’entreprise en retirent.

Le revenu et la valeur d’un produit se mesurent de la même façon et doivent théoriquement correspondre tous deux au prix auquel le produit est vendu, même si ce prix n’est pas un prix d’équilibre. Toutefois, le revenu appartient au producteur et le produit devient la propriété de l’acheteur.

a) Le produit peut être exporté, auquel cas il bénéficie à un autre pays.

Choisir le PIB comme l’indice de santé du pays plutôt que la somme des produits disponibles dans le pays (produits destinés au marché interne et importations) montre que c’est ce qui est produit compte plus que ce qui peut être consommé, ou encore que ce PIB est plus un revenu qu’une production.

b) Ce revenu correspond à un produit fait en France, mais pas au revenu distribué aux français.

Une entreprise étrangère qui produit en France distribue des salaires aux français, mais donne ses profits à ses actionnaires étrangers.

c) La somme des revenus disponibles est en ce moment très supérieure à la somme des prix des biens disponibles. Ceci est dû au crédit bancaire. Nous y reviendrons.

Le PIB est un paradoxe : il compare des services qui ne sont pas en concurrence et donc pas comparables, mais qui offrent bien des revenus aux nationaux, et des biens dont la valeur est comparable entre les pays, mais qui dégagent des revenus pour des étrangers.

11)     Le PIB est une somme de valeurs ajoutées, c’est-à-dire une somme de fractions de prix. Or le prix est lié à la fonction de consommation, et non à la fonction de production. Nous verrons que cette assimilation entre fonction de production et fonction de consommation est idéologique et peut être démontrée infondée.

Ce qu’il faut retenir : C’est le système national de prix et de salaires, corrigé du taux de change qui déterminent la capacité d’un pays à consommer, pas ce qu’il a produit.

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17 avril 2009 5 17 /04 /avril /2009 10:40

Pas moyen de louper le dernier bouquin de Jacques ATTALI « La crise, et après ? ». Il fait partie des best-sellers et se retrouve bien en évidence dans toutes les librairies. Curieux, en me baladant à la Fnac, je l’ai quand même feuilleté. Seule la conclusion du livre a retenu toute mon attention :

 

« Profitons de cette crise pour prendre conscience de 4 vérités simples mais trop souvent oubliées et qui tiendront lieu de principales conclusions à tout ce qui précède.

 

1. Chacun, laissé libre de le faire, va au bout de ce qui peut servir ses intérêts même au détriment de ceux de ces propres descendants

2. L’humanité ne peut survivre que si chacun se rend compte qu’il a intérêt au mieux-être des autres.

3. Le travail, sous toutes ses formes, surtout a visée altruiste, est la seule justification de l’appropriation de richesses.

4. Le temps est la seule denrée vraiment rare ; et celui qui contribue, par son travail, à en augmenter la disponibilité et à lui conférer sa plénitude doit être particulièrement bien rémunéré.

 

Si cette crise peut avoir aidé chacun à mieux s’imprégner de ces évidences qui vont bien au-delà du monde de la finance, le mal aura été, une fois de plus, source de bien ; la transgression aura été à l’origine de la maitrise. Il de viendra même possible d’espérer un monde d’abondance dont les marchés seront plus qu’une des composantes efficaces et non plus les maîtres absolus.

 

Un monde où les seules crises seront celles de la vie privée avec ses chagrins et ses joies, ses rassurantes routines et ses glorieuses surprises. »

 

Pour moi, seule la conclusion du livre vaut le détour, le reste n’est qu’une fade et rapide description séquentielle des multiples événements financiers qui ont secoué notre petit monde depuis 2007. Le livre se termine par une vision technocrate d’une monnaie gérée et assistée par GSM…

 

Si vous souhaitez en apprendre d’avantage sur les arcanes de la finance, je suggère plutôt :

Paul JORION, L'implosion. La finance contre l'économie: ce que révèle et annonce « la crise des subprimes » (mai 2008) que je préfère au livre La crise : Des subprimes au séisme financier planétaire (octobre 2008). Le premier est plus ancien mais plus explicatif que descriptif. Notamment sur la formation des prix et la différence entre prix naturel et prix spéculatif déjà décrit par Adam SMITH.

Ou

Frédéric LORDON, Jusqu’à quand ?

Ou

Jean-Luc Gréau, La trahison des économistes. A lire absolument à en croire tous les commentaires élogieux sur amazon.fr.


L'ouvrage est bien documenté, les analyses sont menées avec rigueur et juste ce qu'il faut de polémique.
 
Peut et doit être lu par tout honnête homme non spécialiste qui cherche à s'y retrouver dans le maelström actuel, et surtout, qui cherche à échapper aux analyses des"économistes" de cour qui, bien que s'étant trompés sur tout, ont quand même et encore toujours raison.
 
L'ouvrage se termine par quelques réflexions sur "comment en sortir" qui relèvent du simple bon sens, une fois que les fantasmes de l'économie financière et de la propagande se sont volatilisés.


 

Et pour ATTALI, je conseille de lire l’échange sur amazon.fr entre Latour07 et P-henri Thoreux à la suite du commentaire de Latour07 pour le livre « La crise, et après ? ». Commentaire repris ci-dessous.

 

Qui peut un seul instant donner quelque crédit à cet apôtre du libéralisme qui dans 300 DECISIONS POUR CHANGER LA FRANCE préconisait la duplication de l'industrie financière britannique en France, faisait l'apologie des retraites par capitalisation, vouait l'Etat et toute puissance publique aux gémonies car responsables du trouble dans l'autorégulation (mythique et fausse) des marchés ?

Pas moi.

Pourtant cet imposteur sait tromper son monde.

Le voici qui part en croisade contre les menaces devenues faits de la crise financière mondiale.

Le réveil serait dur mais pas pour le schizophrène qui dans le même instant avoue ce qu'il désavoue et inversement.

Grand maître dans l'art de jeter de la poudre aux yeux, Attali se lance dans une prétendue exégèse des causes de la crise ; heureusement que personne ne l'attendait sur ce terrain bien analysé par des économistes sérieux comme Jean-Luc Gréau dans l'excellent La trahison des économistes.

Qui ne sait en effet que les Etats-Unis sont responsables de la crise actuelle par l'implosion de la bulle financière créée par un endettement massif des ménages, des entreprises, de l'Etat ?

Qui ignore le fait que la mondialisation en privilégiant des taux de rendement élevés, anormaux du capital, a abouti aux délocalisations et à la baisse continue des salaires ?

Que le pouvoir d'achat des Américains a été maintenu uniquement grâce à la dette non remboursable aujourd'hui ? Etc.

L'imposteur Attali le découvre. Il nous prend pour des idiots.

Que préconise-t-il ? (pour les distraits qui l'écouteraient)

"Un programme d'urgence :

1/ Remettre de l'ordre dans chaque économie nationale
2/ Renforcer la régulation européenne
3/ Mettre en place un système réglementaire global
4/ Une gouvernance internationale
5/ Des grands travaux planétaires"

Le libéral Attali fait la promotion du keynesianisme, sans le nommer !

Livre sans aucun intérêt.

 

CONCLUSION : Vive Internet !

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A lire

1) Manuel d’anti-économie

2) Transition écologique & économique

3) Le retour du puritanisme au travail

4) Le désir comme désir de l’Autre

5) La Décroissance, l’Argent et Moi

6) Argent, Richesse, Valeur

 

Vie Pratique, Autonomie

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Alliance21 (monde responsable, pluriel et solidaire)

 

Alliance for a New Humanity


Monnaie (concept)

monnaie.wikispaces.com

www.bioeconomie.net

SystemeMonetaire.be

CreationMonetaire.info

MonnaieFondante.canalblog.com

GTMonnaie.be

Alter-Europa.com

Club-Robin.org

Sel-Terre.info

 

Monnaie (alternative)

Monnaies Locales Complémentaires

ALOE (alliance pour une économie plurielle et solidaire)

money.socioeco.org/fr/ (devenu ALOE)

www.appropriate-economics.org/

www.complementarycurrency.org/

www.digitalmoneyforum.com/

www.reinventingmoney.com/

grit-transversales.org/

Thetransitioner.org

Open Money

www.regiogeld.de (regio Allemagne)

transversel.apinc.org (SEL France)

brusel.be (SEL Bruxelles)

 

 

Climat

Manicore (Jancovici)

 

Pic Pétrole

Oleocene

 

Santé

Pharmacritique

Info Michel Dogna

Votre Sante

 

Planète

Terre Sacrée

LiberTerre.fr

Terre & Humanisme

 

Agriculture – Nature

Semences Paysannes

Kokopelli

Cheminfaisant2005.net

BRF - Bois Raméal Fragmenté

Permaculture

Masanobu Fukuoka

Plantes sauvages

 

Conscience

Alliance21

Fondation Diagonale

Trilogies

LeTransmuteur.net

Nous-les-dieux

Sens de la Vie

Zone7.net

Pas ça !

 

Manipulations

Le pouvoir mondial

SYTI.net

Prise de conscience.org

Les mots ont un sens

 

Info

MichelCollon.info

Mondialisation.ca

Grain (Agriculture)

ContreInfo

News Of Tomorrow

Monde Diplomatique

Decroissance.info

Futur Quantique

Le Grand Soir

 

TLAXCALA

Global Research

AlterInfo

RISAL (Am. Latine)

Congo Forum (Afrique)

Medium4You (Belgique)

Agoravox (France)

Marianne2.fr (France)

Rue89 (France)

 

Livres

Ecophilopat

Syti

Inventin (pdf)

Nous-les-Dieux (pdf)

Ecosociété

 

Editions

La plume de feu (Aude)

Yves MICHEL

Souffle d’Or

Charles Léopold Mayer

Aden

Syllepse

du Cerf

Ecosociété

La découverte

Le Relié

Sang de la Terre

Alter-Europa.com

Penser Librement.com

 

Autres liens

Contre la pensée unique

Freemen

Freemen est un réseau de blogs, dont les auteurs sont convaincus que :
• le changement climatique est un problème majeur, pas uniquement écologique, mais aussi politique et économique
• s’attaquer sérieusement à ce problème implique une remise à plat de nos modèles économiques et, particulièrement, de la notion de «croissance».



Au delà, comme le nom “Freemen” l’indique, chacun pense, écrit ce qu’il veut sur son blog. L’ensemble de ces contenus doit petit à petit former une nouvelle “chaîne”, un nouveau “journal”, chacun parlant de politique, mais aussi, d’art, de ciné, de tout.

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