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  • : Démocratie? Ou Ploutocratie?
  • Démocratie? Ou Ploutocratie?
  • : Pas d'issue aux grands défis de l'humanité (pétrole, eau, famines, biodiversité, érosion, climat...) sans changement de paradigme et TOTALE remise en question tant au niveau individuel que pluriel (mode de vie, économie, progrès…)
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Tonnes CO2/personnes/an

2 = capacité d'absorption de la terre
4 = moyenne mondiale (2 fois trop)
8 = émission moyenne d'un Européen (4 fois trop)
20 = émission moyenne d'un Américain (10 fois trop)
0,09 = émission moyenne d'un Burkinabé
0,06 = émission moyenne d'un Ethiopien

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Bon à savoir

- La production d'un kilo de bœuf nécessite autant d'eau qu'une douche (débit de 18 litres par minute) quotidienne de 5 minutes pendant 2 ans.


- En Europe, chaque tête de bétail est subsidiée à plus de 2 euros par jour, soit un peu plus que le revenu journalier des 2/3 de la population mondiale.

 

- Le total des actifs financiers (crédits et spéculations) atteint 6,7 fois le PIB mondial!

 

- Dans le Pacifique Nord, les courants océaniques charrient des millions de tonnes de plastique. Leur accumulation couvre désormais une zone grande comme 6 fois la France.


- Seuls 1,6% des dépenses militaires ou 4,3% des subventions agricoles sont nécessaires pour assainir les besoins en eau de 80% des Africains.


- La fortune des 3 individus les plus riches de la planète est supérieure au PIB des 48 pays les plus pauvres (600 millions de personnes).


- Les pays en développement, qui subissent durement les dérèglements climatiques, ont produit moins de 20% des 350Gt (giga tonne) de CO2 accumulé dans l’atmosphère depuis 1850, alors qu’ils représentent 80% des terriens.


- Pour la banque mondiale, de 2006 à 2008, les prix alimentaires ont augmenté de 85%. Dans les pays pauvres, les dépenses alimentaires représentent 60 à 90% des budgets des ménages…


- Un plein de 50 litres de bioéthanol correspond à  250 kg de maïs, de quoi nourrir une personne pendant une année.


- Par an, les avions commerciaux émettent autant de CO2 que toute l'Afrique.


- L'élevage industriel consomme autant de céréales qu'Indiens et Chinois réunis (moitié de la population mondiale).

- La production, le stockage, le transport et le conditionnement d'une calorie alimentaire issue de l'agriculture conventionnelle nécessite 40 calories fossiles!


- D'autres chiffres ici

 

Citations & Livres

Aucun être humain ne vient au monde pour éviter à ses frères la peur de mourir en niant le corps par le travail et l'intellectualisation du monde. [Raoul VANHEIGEM] Adresse aux vivants sur la mort qui les gouverne et l'opportunité de s'en défaire

 

Ce que fait actuellement la logique de marché, c'est jouer sur la méfiance radicale de l'être humain à l'égard du détachement, ancrée dans l'énergie angoissée du besoin, pour pouvoir inverser l'énergie renonçante du Désir en énergie compulsive de l'envie. [Christian ARNSPERGER] Ethique de l'existence post-capitaliste

 

Le discours économique a une fonction terroriste, celui d'évincer le citoyen du débat [cité par Marie Martin-Pêcheu] Bio-économie

 

La monnaie et l’économie existent parce que l’homme n’a pas confiance en son prochain, qu'il suppose – souvent à raison - vouloir obtenir un échange gagnant. Il veut des garanties. Mais les garanties ne tiennent pas leurs promesses et se révèlent incapables d’empêcher l’injustice. [Didier LACAPELLE] Manuel d'anti-économie

 

Pour ceux qui connaissent le sens profond des choses, les paroles brèves sont des commentaires ; Pour ceux qui se fient aux apparences, les vastes discours ne sont que des abrégés imprécis. [Mawlânâ Djalâl Od-Dîn Rûmî] La geste de Taliesin

 

Notre époque a besoin d’une grande bouffée d’air frais, qui la revivifie. Vienne le temps où chaque individu, rejetant l’apathie dont tire sa force le pouvoir léthargique qui l’opprime, se change en guerrier sans armure et sans autre arme qu’une invisible force de vie. Qu’il combatte sans relâche pour ce qu’il a d’unique et de plus cher au monde, sa propre existence, vrai champ de bataille où nerfs, muscles, sensations, pensées répondent à la sollicitation de désirs obnubilés par la passion de jouir et que contrarient, refoulent, mutilent et nient les mécanismes d’une économie qui exploite le corps à l’égal de la terre. [Raoul VANEIGEM] Nous qui désirons sans fin


A travers le voile de notre vision rationnelle, la lumière du Réel se brise, et la transforme en une autre vision, comme la lumière du soleil dans la pluie donne l'arc-en-ciel. L'homme, devenu conscient du soleil, comprendra l'arc-en-ciel d'une facon différente. Mais celui qui aura le courrage de tourner le dos à ce qui n'est que l'arc-en-ciel, verra le soleil lui-même. L'homme ressent en lui-même et en son monde, la promesse d'une Réalité qui, à l'origine de son développement rationnel, se cache. [Karlfried GRAF DÜRCKHEIM] 
La percée de l'être ou les étapes de la maturité


L'écologie extérieure sans écologie intérieure n'est qu'illusion. Si intérieurement, l'esprit est mu par des violences passionnelles, cela se traduira inévitablement en comportements extérieurs. Intérieur et extérieur sont interdépendants. Sans un changement intérieur de mentalité et de relation, vouloir un changement à l'extérieur est illusoire. [Denys RINPOCHE]


L'économie politique a placé sur un podium quelques-unes de nos dispositions naturelles les plus vilaines : le matérialisme, l'esprit de compétition, la gloutonnerie, la vanité, l'égoïsme, la myopie intellectuelle et la toute bête cupidité. [Hazel HENDERSON] cité par Fritjof Capra dans Sagesse des sages

Si la logique en place est si tenace, c'est peut-être que quelque chose au fond de nous même y collabore - quelque chose qui participe de l'angoisse et du déni de notre condition d'humains. Les voies de sorties, les plus pertinentes de l'économie capitaliste ne sont donc pas économiques. Elles sont existentielles. [Christian ARNSPERGER] Critique de l'existence capitaliste, Pour une étique existentielle de l'économie

Notre siècle de rationalité matérialiste, de pesanteur minérale, de substances toxiques largement répandues, d'une science presque totalement asservie au profit, a porté atteinte au monde sensible qui constitue l'enveloppe vivante et vitale de notre planète. Il semble que ce ne soit qu'à l'aune du sacré que nous pourrions mesurer l'ampleur de notre responsabilité. "J'entends par sacré ce sentiment humble où la gratitude, la connaissance, l'émerveillement, le respect et le mystère s'allient pour inspirer nos actes, les éclairer et faire de nous des être très présents au monde, mais affranchis des vanités et des arrogances qui révèlent bien davantage nos angoisses et nos faiblesses que notre force." [Pierre RABHI] Conscience et environnement

Comme une rivière crée les berges qui la contiennent, l'énergie en quête de vérité crée sa propre discipline sans aucune forme de contrainte; et comme la rivière trouve la mer, l'énergie trouve sa propre liberté.
[Jiddu KRISHNAMURTI]
Le sens du bonheur

Vous devez être le changement que vous voulez voir dans ce monde.

[GHANDI]

Richesse c'est pouvoir. C'est le pouvoir d'acheter; c'est un droit de commandement sur tout le travail d'autrui.
[HOBBES]


Science sans conscience, n'est que ruine de l'âme
[RABELAIS]


Rien n'est si dangereux qu'un ignorant ami; Mieux vaudrait un sage ennemi
[Jean de la FONTAINE]

Chaque fois que l'humanité est amputée d'une de ses langues, une de ses cultures, un de ses peuples, ce sont ses propres enfants qui deviennent orphelins d'une partie d'elle même.
[Patrick BERNARD] www.icrainternational.org

Les paradis fiscaux ne sont pas qu'un phénomène marginal réservé à quelques milliardaires, quelques affairistes et beaucoup de mafieux. C'est, au contraire, « une infrastructure essentielle de la finance internationale ». Christian Chavagneux & Ronen Palan


La richesse se mesure au nombre de choses que nous pouvons laisser intactes
[THOREAU]

 

18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 11:38

http://ds4.ds.static.rtbf.be/article/big_info/e/f/0/624_341_3b4364ba35d40cb1ae1fc264ca5c3525-1321366380.jpg

Les marchés faisaient déjà les programmes des gouvernements. Ils font maintenant les gouvernements, mieux encore : ils désignent les leurs comme Premiers ministres ! Cela a, au moins, le mérite de la clarté.

 

Et quand on dit "les marchés", il faudrait préciser les banques et même, dans les cas qui nous occupent, une banque, la Goldman Sachs, celle-là même qui était au centre de la tourmente financière de 2008.

 

Car qu'est-ce qu'il y a de commun entre Mario Draghi, le nouveau président de la Banque centrale européenne, Mario Monti, le nouveau président du Conseil italien, et Lucas Papademos, le néo-Premier ministre grec ? Et bien, Goldman Sachs, pardi ! Le successeur de Jean Claude Trichet a été vice-président de Goldman Sachs International de 2002 à 2005, l'autre Mario, Mario Monti, a été conseiller international de la même banque depuis 2005 et ce, jusqu'à sa nomination à la tête du gouvernement italien.

 

Quant à Lucas Papademos, il était gouverneur de la Banque centrale grecque lorsque celle-ci maquillait ses comptes avec l'aide de qui ? Goldman Sachs, évidemment. Cette concentration de pouvoir est totalement inédite dans l'Histoire.

 

Et bien entendu, nos ex-banquiers vont mener des politiques d'austérité draconiennes qui vont à la fois étrangler les économies, désespérer les peuples et profiter à leurs anciens employeurs. Et plus généralement, à l'ensemble du système bancaire qui, depuis 2008, ne cesse de passer et repasser à la caisse des États.

 

On me dira que c'est l'impuissance ou l'incapacité des dirigeants politiques qui a mis au pouvoir les banquiers, rebaptisés « techniciens » avec la dose de fausse neutralité que ce titre veut suggérer. Certes, ce sont les politiques eux-mêmes qui leur ont offert les clefs des palais.

 

Mais la situation que nous connaissons aujourd'hui est d'abord le fruit d'une guerre idéologique sans précédent menée par le capitalisme financier qui réussit à présenter la défense de ses intérêts comme la seule solution de "bon sens".

 

Le paradoxe est énorme : voilà donc ceux qui, depuis 2008, ont plongé le monde dans la crise, à la tête de gouvernements et d'institutions européennes. Je ne sais pas si on mesure bien ce que nous sommes en train de vivre.

 

Jamais depuis la crise de 1929, le monde occidental n'a vécu ce double mouvement tragique d'une régression sociale d'une violence inouïe et d'une perversion de la démocratie aussi patentée. Le dérèglement du monde avec son cortège de malheurs et, sans doute un jour, de violences n'en est qu'à ses prémices.

 

Hugues Le Paige dans Chronique RTBF du jeudi 17 Novembre

 

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9 novembre 2011 3 09 /11 /novembre /2011 10:01

super-mario-draghi.jpgAprès le merveilleux quatuor US : Robert RUBIN, Larry SUMMERS, Henry PAULSON & Timothy GEITHNER (toujours en fonction!), voici le beau, le grand, le magnifique solo Européen de Mario DRAGHI! Un rapide coup d’œil sur son parcours ne laisse plus aucun doute sur l’hypocrisie flagrante de nos démocraties. Alors que la Grèce coule, agonise sous le poids de la dette et des calomnies, alors que l’Europe entière et ses acquis sociaux blêmissent et chancellent devant la gueule béante et putride des marchés financiers, v’la-t’y pas super Mario qui sort des bois ! Mario? Vous ne voyez pas ? Mais si voyons, ce fameux p’tit bonhomme Rouge des jeux vidéo qui déjoue tous les pièges en faisant preuve de 1001 astuces et pirouettes pour passer d’un monde à l’autre en devenant le BOSS. Eh bien, Mario DRAGHI à la BCE, c’est un peu ça. En fait, c’est peut-être la dernière nouveauté Nintendo-BCE: Super Mario en live ! Un genre « MatrixMarioThe Game » revisité. On vous fait croire que c’est un jeu, que c’est un plan de sauvetage avec mécanisme de stabilité mais en fait c’est une grosse arnaque ! On vous fait croire que c’est la crise, qu’il va falloir se serrer la ceinture mais c’est de l’esbroufe. On vous fait croire qu’on est impuissant mais tout est parfaitement orchestré.

 

Mario DRAGHI, aujourd’hui président de la BCE, hier président de Goldman Sachs. Or, Goldman Sachs, Top10 des plus grandes banques mondiales, a largement contribué au maquillage des comptes de la Grèce pour permettre son entrée dans la zone Euro.

 

 « Comme l'affirme le New York Times publié le 30 octobre, citant un ex-banquier de Goldman Sachs sous couvert d'anonymat, M. Draghi a été chargé de vendre dans toute l'Europe ce type de produit financier "swap" permettant de dissimuler une partie de la dette souveraine. » le Monde, 31/10/2011

 

Le loup est maintenant dans la bergerie !

 

Ou plus exactement, Super Mario Gold est à la BCE !

 

Alors si ce truc n’a aucune importance pour nous, c’est que nous sommes vraiment loin dans la lobotomisation. Drôle comme les médias ont pu nous bassiner sur les frasques de DSK et pratiquement passer sous silence cette énormité.

 

Goldman Sachs prend officiellement la tête de la BCE (Extrait ci-dessous)

 

La nomination de M. Draghi clarifie donc les choses. La BCE défend non pas l’intérêt des citoyens et contribuables européens, mais l’intérêt des banques. Une étude britannique citée hier par Les Echos a le mérite de quantifier clairement le processus en cours. Cette étude indique que grâce aux « plans de sauvetage » de la Grèce et au « mécanisme européen de stabilité » mis en place par la BCE, le FMI et l’Union, « la part de dette hellénique aux mains des contribuables étrangers passera de 26 % à 64 % en 2014. Cela veut dire que l’exposition de chaque foyer de la zone euro va passer de 535 euros aujourd’hui à 1.450 euros ».

 

Le « sauvetage » de la Grèce est donc en fait une gigantesque opération de socialisation des pertes du système bancaire. Il s’agit de transférer l’essentiel de la dette grecque  mais aussi espagnole et irlandaise – des mains des banquiers vers celles des contribuables. Il sera ensuite possible de faire assumer les frais de l’inévitable restructuration de ces dettes par les budgets publics européens.

 

Alors oui, il y a des pétitions qui circulent avec, entre autre, la volonté d’organiser un audit citoyen de la dette publique. Il y a bien le mouvement des indignés qui se dessine… Mais cette fois, à l’instar de «La Muette de Portichi» ou du «printemps arabe», n’est-il pas grand temps de sortir de notre torpeur ambiante pour nous joindre à l’appel de Mikis THEODORAKIS et Manolis GLEZOS ?

 

Le compositeur grec Mikis Theodorakis et Manolis Glezos, le héros de la résistance qui arracha en 1941 le drapeau hitlérien qui flottait sur l’Acropole durant l’occupation nazie, dénoncent le fascisme financier qui menace et appellent les peuples d’Europe à s’unir pour en finir avec la domination des marchés.

 

Voici un extrait de leur déclaration.

 

Une poignée de banques internationales, d’agences d’évaluation, de fonds d’investissement, une concentration mondiale du capital financier sans précédent historique, revendiquent le pouvoir en Europe et dans le monde et se préparent à abolir nos Etats et notre démocratie, utilisant l’arme de la dette pour mettre en esclavage la population européenne, mettant à la place les démocraties imparfaites que nous avons, la dictature de l’argent et des banques, le pouvoir de l’empire totalitaire de la mondialisation, dont le centre politique est en dehors de l’Europe continentale, malgré la présence de banques européennes puissantes au cœur de l’empire.

 

Ils ont commencé par la Grèce, l’utilisant comme cobaye, pour se déplacer vers les autres pays de la périphérie européenne, et progressivement vers le centre. L’espoir de quelques pays européens d’échapper éventuellement prouve que les leaders européens font face à un nouveau « fascisme financier », ne faisant pas mieux quand ils étaient en face de la menace de Hitler dans l’entre-deux- guerres.

 

Ce n’est pas par accident qu’une grosse partie des media contrôlée par les banques s’attaque à la périphérie européenne, en traitant ces pays de «cochons» et aussi en tournant leur campagne médiatique méprisante, sadique, raciste avec les media qu’ils possèdent, pas seulement contre les Grecs, mais aussi contre l’héritage grec et la civilisation grecque antique. Ce choix montre les buts profonds et inavoués de l’idéologie et des valeurs du capital financier, promoteur d’un capitalisme de destruction. La tentative des media allemands d’humilier des symboles tels que l’Acropole ou la Venus de Milo, monuments qui furent respectés même par les officiers d’Hitler, n’est rien d’autre que l’expression d’un profond mépris affiché par les banquiers qui contrôlent ces media, pas tellement contre les Grecs, mais surtout contre les idées de liberté et de démocratie qui sont nées dans ce pays.

 

Le monstre financier a produit quatre décades d’exemption de taxe pour le capital, toutes sortes de « libéralisations du marché », une large dérégulation, l’abolition de toutes les barrières aux flux financiers et aux facilités, d’attaques constantes contre l’Etat, l’acquisition massive des partis et des media, l’appropriation des surplus mondiaux par une poignée de banques vampires de Wall Street. Maintenant, ce monstre, un véritable « Etat derrière les Etats » se révèle vouloir la réalisation d’un coup d’Etat permanent  financier et politique, et cela pour plus de quatre décades.

 

En face de cette attaque, les forces politiques de droite et la social-démocratie semblent compromises après des décades d’entrisme par le capitalisme financier, dont les centres les plus importants sont non-européens.

 

D’autre part, les syndicats et les mouvements sociaux ne sont pas encore assez forts pour bloquer cette attaque de manière décisive, comme ils l’ont fait à de nombreuses reprises dans le passé. Le nouveau totalitarisme financier cherche à tirer avantage de cette situation de manière à imposer des conditions irréversibles à travers l’Europe.

 

Il y a un urgent besoin d’une coordination d’action immédiate et d’une coordination transfrontalière par des intellectuels, des gens des arts et des lettres, de mouvements spontanés, de forces sociales et de personnalités qui comprennent l’importance des enjeux; nous avons besoin de créer un front de résistance puissant contre « l’empire totalitaire de la mondialisation » qui est en marche, avant qu’il soit trop tard. L’Europe ne peut survivre que si elle met en avant une réponse unie contre les marchés, un défi plus important que les leurs, un nouveau « New Deal » européen.

 

Nous devons stopper immédiatement l’attaque contre la Grèce et les autres pays de l’UE de la périphérie; nous devons arrêter cette politique irresponsable et criminelle d’austérité et de privatisation, qui conduit directement à une crise pire que celle de 1929. Les dettes publiques doivent être radicalement restructurées dans l’Eurozone, particulièrement aux dépens des géants des banques privées. Les banques doivent être recontrôlées et le financement de l’économie européenne doit être sous contrôle social, nationale et européen. Il n’est pas possible de laisser les clés financières de l’Europe dans les mains de banques comme Goldman Sachs, JP Morgan, UBS, la Deutsche Bank, etc… Nous devons bannir les dérives financières incontrôlées, qui sont le fer de lance du capitalisme financier destructeur et créer un véritable développement économique, à la place des profits spéculatifs.

 

L’architecture actuelle, basée sur le traité de Maastricht et les règles de l’OMC, a installé en Europe une machine à fabriquer la dette. Nous avons besoin d’un changement radical de tous les traités, la soumission de la BCE au contrôle politique par la population européenne, une « règle d’or » pour un minimum de niveau social, fiscal et environnemental en Europe. Nous avons un urgent besoin d’un changement de modèle; un retour de la stimulation de la croissance par la stimulation de la demande, via de nouveaux programmes d’investissements européens, une nouvelle réglementation, la taxation et le contrôle du capital international et des flux de facilité, une nouvelle forme douce et raisonnable de protectionnisme dans une Europe indépendante qui serait le protagoniste dans le combat pour une planète multipolaire, démocratique, écologique et sociale.

 

Nous faisons appel aux forces et aux individus qui partagent ces idées à converger dans un large front d’action européen aussitôt que possible, de produire un programme de transition européen, de coordonner notre action internationale, de façon à mobiliser les forces du mouvement populaire, de renverser l’actuel équilibre des forces et de vaincre les actuels leaderships historiquement irresponsables de nos pays, de façon à sauver nos populations et nos sociétés avant qu’il ne soit trop tard pour l’Europe.

 

Mikis Theodorakis et Manolis Glezos

Athènes, octobre 2011

 


 

Inside Job n’est pas une fiction, c’est ce qui se passe aujourd’hui et maintenant.

Quittons notre banque pour une banque plus coopérative ! Ouvrez un compte épargne chez Triodos

 

Voir aussi :

Un NON venant de l'IRLANDE un VENDREDI 13, quel symbole!

 

De Socrate à nos jours, la ploutocratie toujours…

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26 octobre 2011 3 26 /10 /octobre /2011 12:26

La crise actuelle de l’Euro n’est pas seulement une crise financière. C’est aussi et surtout une crise existentielle qui trouve sa voie dans le consumérisme-productivisme. C’est grâce à l’apport des masses et à la démocratisation des biens de consommation que des flux énormes de capitaux ont pu être libérés : spéculations par des  fonds de pension ou de logement, assurances vie, prêt à toutes les sauces pour succomber aux sirènes de la propagande des dernières innovations technologiques: machine à pain ou à café, écran plat, GSM, iPad, iPod, iMac, iPhone, iKlaxonne (dans ma nouvelle Prius dernier cri), etc. On ne peut pas chialer le matin parce qu’ArcelorMittal ferme la phase à chaud et danser le soir en faisant des photos avec son nouvel iQuelqueChose. On ne peut pas manifester contre la gestion bancaire alors qu’on est submergé de crédits et qu’on a des actions en bourse. On ne peut pas blâmer son employeur pour cause de restructuration et de licenciement tout en courant derrière le meilleur salaire et les plus bas prix. Le monde est tel qu’il est et on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Bien sûr nos dirigeants sont largement responsables des dérives financières. Bien sûr Lakshmi Mittal fait partie du Top 10 des plus grosses fortunes mondiales. Bien sûr l’Europe prendra les mesures nécessaires pour éviter l’implosion de l’ensemble. Mais sachons aussi nous rendre compte de nos propres incohérences. Ne tombons pas dans le piège du discours simpliste et dualiste d’une gauche complexée. Osons ! Osons acheter chez l’épicier du coin plutôt que chez carrefour. Osons diminuer le quantitatif pour le qualitatif. Osons réduire notre salaire pour un boulot plus gratifiant et épanouissant… Osons dire que nous ne voulons plus des chimères du monde consumériste où tout est beau, parfait, étudié au poil et à la virgule près. La vie est belle mais elle est imprévisible. Nous aspirons à un long fleuve tranquille sans questions et sans soucis. Nous préférons la dépendance salariale à la confrontation au monde et à nous même. Nous préférons nous en remettre à d’autres que l’on pense meilleur que nous. Manifestons. Oui manifestons haut et fort contre les diktats financiers, les fraudes, les malversations et les injustices, mais surtout, restons lucide sur l’avenir! Selon la conception actuelle, il ne sera pas plus riche et prospère demain! Demain sera qualitatif, local et convivial. La décroissance n'est rien d'autre. A nous de la choisir calmement et résolument. Mais comme l’histoire semble nous démontrer le contraire, puisque nous voulons le beurre et l'argent du beurre, nous passerons immanquablement par des frustrations, des grincements de dents et peut-être du sang.

 

Résumé, en image...

 

 

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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 12:06

Comme d’hab, l’Etat vole au secours des banques qui faisaient «travailler» l’argent des épargnants. Ensuite, via des agences de notations, ces mêmes épargnants s’en prennent aux Etats. Loyal ? Loyauté est un mot banni du dictionnaire des nouvelles libertés. Un dictionnaire qui se résume à 3x3 lettres : «ego est roi». Partant d’une bonne intention, la libre expression des libertés individuelles, les nouvelles libertés ont érigés en loi le principe selon lequel «la satisfaction des besoins individuels contribue à la satisfaction des besoins collectifs». Tellement pratique et ingénieux qu’on a jugé bon l'inscrire dans la déclaration universelle des droits de l’homme. Mais les mutiples aides des Etats aux banques ces dernières années prouvent exactement le contraire. Le collectif paye l’individu. Tellement puissant et vulgarisé à toutes les sauces, qu'on finit par trouver ça normal.  «Privatisation des bénéfices, socialisation des pertes» figurera bientôt dans la déclaration des droits de l'homme. Bien-sûr, tout ça tiendra jusqu’au jour où une trop large majorité aura compris et en aura marre de payer pour une minorité. C’est ce qui s’est passé la veille de 1789 en réponse à l’absolutisme monarchique de la société française… Alors, à quand la prochaine révolution en réponse à l’absolutisme égotique de la société monde? Le serpent qui se mord la queue?


Mais pour commencer, tâchons déjà de comprendre et réformer notre système monétaire fondé sur ces 3x3 lettres.

 

 

Aléa moral – Alea jacta est

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14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 16:41

PartNucleaireEurope2.jpg

 

Ce samedi 17 septembre, une manifestation antinucléaire internationale est organisée du centre de Huy jusqu’aux centrales de Tihange. Cfr. www.stop-tihange.org. Cette manifestation est soutenue par bon nombre d’associations.

 

Le but de cet article n’est pas d’appeler à la manifestation mais surtout de faire réfléchir. Réfléchir à la possibilité de se passer du nucléaire. Peut-on s’en passer ?

Tout d’abord, il faut savoir que dans l’Europe des 15, 7 pays n’ont pas recours au nucléaire. Comment font-ils ? Il faut aussi savoir par exemple que 22% de l’énergie du Danemark provient de l’éolien. Notons également que l’Allemagne est déjà à 10,6 % d’énergies renouvelables dans sa consommation totale. Si on est déjà à 15 – 20% d’apport énergétique en renouvelable en 2010 alors que nous n’en parlions pratiquement pas il y a 10 ans, pensez-vous que rien ne va changer dans 20 ans ? Avec un minimum de bon sens et de bonne volonté, tout ménage est capable de réduire sa consommation énergétique de 50%. Pour le secteur industriel il est possible d’atteindre 70 à 80% de réduction. L’idée n’est évidemment pas de tout couper du jour au lendemain comme le souligne avec ironie Saral Sarkar dans l'article Éteignons l’énergie nucléaire ! Et après ? Il faudrait d’ailleurs rappeler à Saral Sarkar comme à Georgescu-Roegen, qu’avec un tel raisonnement, il n’y a pas que le renouvelable qui est non soutenable mais absolument tout ce que l’homme a déjà pu faire et entreprendre sur cette bonne vielle Terre. Et la Vie dans tout ça ? C’est soutenable ? Ca a un sens ?

 

Daniel COMBLIN, ingénieur industriel et président de l’APERe (Association pour la promotion des énergies renouvelables), auteur d’une étude intitulée « L’Avenir Energétique », démontre que nous pourrions nous passer du nucléaire pour 2030 moyennant une réduction de 25% de notre consommation par rapport à 2009 et une augmentation de 50% de la production énergétique par cogénération et énergies renouvelables. Il serait même possible de réduire nos niveaux d’émissions de CO2 par rapport à ceux 1990 de 70% pour 2020 ! 3 fois mieux que les derniers accords de Kyoto ! J’invite donc tous ceux qui croient encore au nucléaire à lire cette étude « L’Avenir Energétique » de Daniel COMBLIN.

 

Dans son étude, Daniel Comblin analyse deux fois trois scénarios, chacun des trois scénarios de consommation étant combiné avec chacun des deux scénarios de production :

 

A. trois scénarios en termes de maîtrise et de réduction de la consommation d’électricité :

 

A.1. un scénario « Tendanciel » dont l’évolution de la consommation d’électricité suit la tendance de l’évolution durant la période 1998-2008 ; on observe alors une augmentation globale de 16 % de la consommation d’électricité en 2030 par rapport à 2009 ;

 

A.2. un scénario « Stabilisation », prenant en compte une stabilisation de la consommation jusque 2015 et ensuite une légère diminution de 0,5 % par an ; on observe alors une réduction globale de 7 % de la consommation d’électricité en 2030 par rapport à 2009 ; ce scénario suit sensiblement la tendance de l’évolution durant la période 2000-2009 ;

 

A.3. un scénario « Réduction » visant globalement une réduction de la consommation d’électricité de 24 % en 2030 par rapport à l’année 2009.

 

L’étude montre notamment que les scénarios « officiels » (SPF économie, Bureau du Plan et Groupe GEMIX) ne prennent étonnamment pas en compte l’évolution à la baisse de la consommation entre 2004 et 2009, période durant laquelle on observe une diminution globale de la demande de plus de 8 %.

 

B. deux scénarios en termes d’augmentation progressive des unités de production utilisant les énergies renouvelables ou fonctionnant en cogénération chaleur-électricité :

 

B.1. un scénario appelé « Extrapolation des Objectifs Nationaux », prévoyant une production des énergies renouvelables sur base de l’objectif belge défini récemment pour 2020 et extrapolé pour la période 2020-2030, combinée à une augmentation progressive de la cogénération représentant en 2030 environ 60 % du potentiel technico-économique ;

 

B.2. un scénario appelé « Pro-actif » plus ambitieux et plus volontariste ; il est basé sur les objectifs revendiqués pour 2020 par les acteurs des filières renouvelables (edora) avec extrapolation entre 2020 et 2030, combinée à une augmentation plus importante de la cogénération (80 % du potentiel).

 

L’analyse constate ainsi que la substitution de l’ensemble de la production nucléaire, fin 2025, tout en respectant les objectifs de réduction des gaz à effet de serre (-20 % en 2020) sera :

 

-                 très difficile pour le scénario « Tendanciel » combiné avec le scénario « extrapolation objectifs nationaux », moyennant d’importants nouveaux investissements en TGV (Turbine Gaz Vapeur), ceci impliquant une augmentation des émissions de CO2 (+6 % en 2030 par rapport à 1990) ;

 

-                 difficile pour le scénario « Tendanciel » combiné avec le scénario « Proactif-extrapolation edora » ainsi que le scénario « Stabilisation » combiné avec le scénario « extrapolation objectifs nationaux », moyennant des investissements environ moitié moins importants que dans le premier scénario, tout en respectant largement l’objectif 2020 en terme de réduction de CO2, mais en voyant les émissions augmenter entre 2020 et 2030 ;

 

-                 moins difficile pour le scénario « Réduction » combiné avec le scénario «extrapolation objectifs nationaux», moyennant très peu de nouveaux investissements TGV tout en respectant largement les objectifs de réduction de CO2 tant en 2020 qu’en 2030 ;

 

-                 possible pour le scénario « Stabilisation » combiné avec le scénario « Proactif-extrapolation edora », moyennant très peu de nouveaux investissements TGV tout en respectant largement les objectifs de réduction de CO2 tant en 2020 qu’en 2030 et en permettant également la sortie de la filière charbon ;

 

-                 totalement possible pour le scénario « Réduction » combiné avec le scénario « Pro-actif-extrapolation edora », moyennant très peu de nouveaux investissements TGV tout en respectant largement les objectifs de réduction de CO2 tant en 2020 qu’en 2030 et en permettant également la sortie de la filière charbon, ainsi que de la filière gaz (hors cogénération) en fin de période.

 

 

A.1. Tendanciel

A.2. Stabilisation

A.3. Réduction

B1.

Extrapolation des Objectifs Nationaux

très difficile

difficile

moyen

B.2.

Proactif-extrapolation edora

difficile

possible

totalement possible

Faisabilité de substitution de l’ensemble de la production nucléaire, fin 2025,

tout en respectant les objectifs de réduction des gaz à effet de serre (-20 % en 2020) 

 

La présente étude montre clairement que le scénario de sortie prévu par la loi de 2003 reste plausible, soit en limitant la durée de vie des centrales à 40 ans comme prévu initialement. Pour ce faire, il s’agit non seulement d’accentuer les efforts de développement des moyens de production renouvelables et alternatifs, mais aussi d’être plus volontariste en terme de maîtrise et de réduction de la consommation d’électricité.

ComblinGraph

Scénario « Réduction » (A.3.) Combiné avec scénario ER et Cogen « Extrapolat. Objectifs Nationaux » (B.2.)

 

Cette analyse montre aussi qu’il est même envisageable d’arrêter certaines unités quelques années plus tôt que prévu par la loi de 2003, en combinant un développement volontariste des renouvelables et de la cogénération avec un objectif de réduction de la consommation de 25 % d’ici 20 ans. Un tel niveau de consommation ne paraît pas utopique, car on retrouverait un niveau comparable à celui de 1990 mais avec un confort probablement supérieur. Le scénario idéal devrait également s’inscrire dans une perspective de plus long terme, visant un objectif 100 % renouvelable en 2050, qui intègre à la fois la sortie du nucléaire, mais aussi la sortie de toute utilisation d’énergie fossile pour produire l’électricité. C’est également l’orientation donnée à cette étude.

 

Rappelons que les centrales belges (Tihange et Doel) sont des conceptions qui datent des années 60 ! En matière de haute technologie, il y a mieux. Si ça tombe, les gaines des câbles électriques sont encore en tissus…

 

Alors ? Pourquoi ça piétine comme avec notre gouvernement ? Encore et toujours pour une question d’argent. Il est en effet intéressant de noter qu’Electrabel-Suez gagne 700 millions d’Euros par an sur le dos des contribuables belges qui ont les tarifs d’approvisionnement énergétique les plus élevés d’Europe. Il est aussi intéressant de noter qu’Electrabel-Suez ne paie que 0,04 % d’impôts. Ou encore, qu’Electrable-Suez possède le plus haut taux d’exploitation (rapport entre bénéfice et charge salariales) de son personnel. Alors que ce taux devrait être un peu supérieur à 100 (ex : 115 pour l’entreprise contre 100 pour l’employé), Suez-Tractebel cartonne à 5519%.

 

 

 

Donc, bien plus qu’une question d'énergie, c’est une question d’argent…

Le nerf de la guerre comme on dit…


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12 septembre 2011 1 12 /09 /septembre /2011 14:28

OTAN-CNT-en-Libye.jpgOn est bien loin, en Libye, sur le terrain, de l’image virtuelle et simplifiée, véhiculée par la plupart des médias européens, d’une rébellion populaire renversant la dictature féroce du gouvernement de Mouammar Kadhafi.

 

Pierre PICCININ, Professeur d’histoire et de sciences politiques

 

La société libyenne, en effet, se structure en un ensemble de tribus, dont les intérêts divergent; organisées en fonction de liens de parenté solides, elles sont elles-mêmes segmentées en plusieurs clans, plus ou moins rivaux, dont les alliances se recomposent en permanence, en fonction des circonstances et d’intérêts sur le très court terme.

 

Ainsi, s’il est vrai que, au début des événements, le 17 février 2011 et durant les jours qui ont suivi, on a pu voir l’émergence d’une société civile s’exprimant lors de manifestations hostiles au colonel Kadhafi, ces mouvements sont néanmoins restés très limités et ont rapidement servi de prétexte aux soulèvements de chefs de clans, auxquels ils ont cédé la place, et lesquels ont plongé la Libye dans le chaos. De même, croyant leur heure arrivée, plusieurs mastodontes du régime se sont dressés contre leur ancien maître et ont pris le contrôle d’une partie de la rébellion.

 

rebelles_libye-7771c.jpgQui sont ces rebelles que l’Occident, la France en tête, a pris le parti de financer, d’armer, d’appuyer par un soutien logistique et militaire inconditionnel, bien au-delà du mandat onusien qui appelait à la protection des populations civiles, mais en aucun cas au renversement du chef de cet État pétrolier ?

 

Qui sont les leaders de cette insurrection qui s’est opposée au gouvernement de Mouammar Kadhafi et l’accuse d’avoir massacré sa propre population ? Quels sont leurs objectifs et quelle en est la légitimité ?

 

Comment faut-il qualifier ce conflit qui, prétendu soulèvement de « civils désarmés » à l’origine, s’est rapidement révélé sous les traits d’une guerre civile ?

 

Guerre tribale ? Guerre des clans ? Guerre des chefs ? Guerre de succession au trône ? Ou bien guerre du gaz et du pétrole ?

 

Éléments de réponse…

 

Loin de constituer une force politiquement organisée avec l’objectif d’instaurer une démocratie laïque en Libye et plus loin encore de former un ensemble uni sous la conduite du Conseil national de Transition (CNT), qui se présente comme le nouveau gouvernement légitime, la rébellion a été menée par une tripotée de chefs de guerre, qui se disputent régulièrement le contrôle de telle ou telle parcelle de territoire, avec en toile de fond la répartition des champs pétrolifères, mais aussi de l’eau, et n’obéissent que ponctuellement aux injonctions du CNT, qui, en définitive, autoproclamé, ne représente que lui-même.

 

Plus justement, il ne faudrait donc pas parler de « la » rébellion, mais « des » rébellions. Et cette configuration de la scène libyenne, à laquelle Européens et États-uniens ne s’attendaient pas, a provoqué l’embarras de l’OTAN : si, par le déploiement de moyens considérables, l’alliance atlantique a réussi, péniblement, à faire progresser les rebelles dans la capitale, dans l’objectif avoué de destituer Mouammar Kadhafi, c’est le contrôle du pays qui pose désormais problème…

 

Ces chefs de guerre, désorganisés, indisciplinés, ont ainsi profité du désordre ambiant pour accroître leur influence, sans toujours beaucoup se soucier du front que le CNT a tenté de maintenir face à l’armée fidèle à Tripoli, la capitale, siège du gouvernement du colonel Kadhafi : sans aucune vision nationale, leur but n’est pas de conquérir des régions traditionnellement sous le contrôle d’autres tribus et, dès lors, ils se sont montrés peu enclins à aller se battre contre les troupes gouvernementales. Ces bandes armées opèrent donc quelques sorties, qui se négocient entre eux et le CNT au coup par coup, au gré de l’humeur de leurs chefs. Les gars, souvent ivres, d’alcool ou de hachich, vident quelques caisses de cartouches et rentrent ensuite à leur bivouac pour y faire la fête. Tout le monde danse, tire en l’air des rafales entières ; la moitié des munitions se perd ainsi… Les projectiles retombent… et font des victimes.

 

Parfois, certains clans ont changé de camp, généralement au détriment de Tripoli : imitant leurs voisins, s’ils y trouvaient intérêt, ils se sont libérés de la tutelle du gouvernement pour « rejoindre l’opposition », à la surprise générale. Et c’est en grande partie de cette manière que « la rébellion a progressé ».

 

Autrement dit, sans l’interventionnisme armé de l’OTAN, l’armée régulière, en grande partie loyale au gouvernement libyen, aurait remis de l’ordre dans le pays, rétablissant l’autorité de Mouammar Kadhafi qui avait réussi, durant plus de quarante ans, à gérer les rivalités tribales et à forger un semblant de cohésion dans cette région instable, mais riche en pétrole et en gaz.

 

Mais qui, à présent, parviendra à remettre au pas tous ces chefs de guerre, qui s’organisent déjà pour garder le contrôle de leur territoire et renforcent leurs milices ? Qui saura restaurer l’unité de l’État libyen ? Qui pourra représenter la Libye et en maîtriser les ressources ?

 

Il faut bien comprendre aussi et insister sur le fait que la partie n’est pas finie : seuls les clans du nord-est se sont soulevés contre Mouammar Kadhafi, c’est-à-dire dans la région de Cyrénaïque, dont les principaux fiefs sont Benghazi et Tobrouk. Les tribus du Fezzan (tout le grand sud), de Tripolitaine (région de la capitale, au nord-ouest) et de Syrte (au centre de la façade maritime libyenne) ont en revanche soutenu le chef de l’État libyen et combattu pour lui, mobilisant à cet effet leurs réseaux tribaux extrêmement ramifiés, et qui couvrent la plus grande partie du pays. Ce sont aujourd’hui les grandes perdantes de la « révolution ». À l’ouest, uniquement les clans de Misrata et Zlitan et, juste au sud de la capitale, les Berbères du Djebel Nefoussa ont rejoint la rébellion.

 

Le soulèvement des Berbères et les rébellions de Misrata et Zlitan ont permis l’encerclement de la capitale. Mais la prise de Tripoli ne signifie pas nécessairement la fin de la guerre civile: la capitale, dans cette antithèse de l’État-nation qu’est la Libye, ne constitue pas un enjeu déterminant. Et la guerre, la guérilla, pourrait perdurer des années durant et ruiner le pays : l’armée se confond avec la population ; les civils s’arment ; chaque homme, chaque adolescent membre du clan, de la tribu, est un guerrier potentiel ; une fois encore, la structure de la société libyenne invalide les prévisions atlantistes.

 

Concernant le CNT, ensuite, autre acteur de la pièce, on ne peut que souligner sa faiblesse et ses divisions. En outre, il serait difficile de qualifier ses leaders autoproclamés de démocrates représentatifs des aspirations du «peuple libyen» : composé d’une poignée d’anciens ministres du régime qui sont à peu près parvenus à s’entendre sur ce que pourrait être le partage du pouvoir dans un hypothétique après-Kadhafi, le CNT ressemble davantage à un repère de brigands, le couteau entre les dents, et de mafieux, s’adonnant à tous les trafics, qu’au rassemblement d’une opposition démocratique comme on a pu en rencontrer, par exemple, en Égypte ou en Tunisie. Et les quelques militants des droits de l’homme qui y siègent, mis en minorité, lui servent difficilement de caution…

 

Le président du CNT, ainsi, Mustapha Mohammed Abud al-Jalil, était jusqu’il y a peu ministre de la justice de Kadhafi, dénoncé en décembre 2010 par Amnesty International comme l’un « des plus effroyables responsables de violations des droits humains en Afrique du nord » ; c’est lui qui avait condamné à mort les cinq infirmières bulgares, dans l’affaire que l’on sait. Aux affaires étrangères, on trouve l’ancien ministre de l’économie, Ali Abdel-Aziz al-Essaoui. Quant au commandant des opérations militaires, également ministre de l’intérieur, il s’agit d’Omar al-Hariri, de retour d’exil, que lui avait valu sa tentative de coup d’État en 1975. Il partageait le commandement avec le général Abdul Fatah Younis, ancien chef de la police politique de Kadhafi, chargé de la répression de l’opposition au régime.

 

Ce dernier a cependant été assassiné en juillet pour des raisons encore inconnues, mais qui semblent tenir, notamment, aux rivalités internes au CNT : trop influent sur les quelques troupes régulières qui ont fait défection à Tripoli et constituent la seule force disciplinée à disposition du CNT, il menaçait le pouvoir de ses partenaires.

 

Bref, ce sera à qui mangera l’autre, s’ils parviennent à s’imposer par-delà les rivalités tribales et claniques.

 

Troisième composante qui apparaît de plus en plus au grand jour, le mouvement islamiste : on connaissait quelques chefs de bande salafistes et islamistes de la tendance dure (Groupe islamique de combat libyen et filières d’al-Qaïda), qui s’étaient mêlés aux rebelles. Par contre, aucun observateur n’avait vu venir les mercenaires qui se réveillent à présent, apparemment financés par le Qatar (très impliqué en Libye) et dont le nombre impressionne, au point d’inquiéter le CNT qui n’a aucun contrôle sur ces groupes armés, lesquels poursuivent leurs propres objectifs ; c’est toute une structure parallèle et autonome inconnue qui se révèle.

 

Au sein du CNT, certains, même, montrent du doigt le président al-Jalil, l’accusant d’avoir partie liée avec le Qatar et les islamistes et d’avoir donné son accord à l’assassinat du général Younis, qui s’était déclaré catégoriquement opposé à l’idée d’un État islamique en Libye (c’est lui qui, en 1996, aurait supervisé l’exécution de plus de mille deux-cents prisonniers, parmi lesquels de nombreux islamistes, enfermés dans la prison d’Abou Salim à Tripoli). Un «véritable coup d’État»…

 

De plus, depuis l’annonce de l’assaut sur Tripoli, l’imam Ali Sallabi, leader islamiste libyen en exil à Doha, propulsé sur le devant de la scène par la chaîne de télévision satellitaire qatari al-Jazeera, exhorte les Libyens à renvoyer chez eux les Occidentaux et les forces de l’OTAN et à se lever tous au nom d’Allah.

 

Enfin, comment réagiront les dix à vingt mille mercenaires de Kadhafi, qui n’ont plus d’autre choix que de se battre jusqu’à la mort, dont beaucoup ont déjà rejoint la région du Fezzan ?

 

La question n’est donc plus de savoir ce qu’il adviendra du régime de Mouammar Kadhafi, mais de savoir quel sera l’avenir d’un pays tiraillé de toutes parts : c’est maintenant que la guerre civile pourrait vraiment commencer.

 

Soutenu par les amis britanniques et états-uniens, le coup de poker mal inspiré (par le philosophe Bernard-Henri Lévy, s’il faut en croire certaines sources…) et joué trop rapidement par Nicolas Sarkozy se solde par un fiasco. L’actuelle équipe gouvernementale française avait reconnu sans attendre le CNT comme nouveau partenaire, espérant ainsi retirer de succulents profits de cette alliance. Sa politique a plongé la Libye dans la guerre civile, sur la voie de l’État failli, de la «somalisation»…

 

D’autres États sont aussi intervenus, en fonction d’intérêts divers, et ont rendu la situation plus complexe encore : tandis que le Tchad et le Nigéria ont soutenu Tripoli en lui envoyant mercenaires et armement, de même que l’Algérie, qui a ravitaillé le Fezzan voisin en carburant et en eau, le Qatar expédiait des chars d’assaut aux rebelles...

 

Certains gouvernements, qui s’étaient gaillardement engagés aux côtés des franco-britannico-états-uniens dans cette opération, baptisée « Unified Protector » par les propagandistes atlantistes, sans trop savoir dans quoi ils mettaient les pieds (en réalité, seulement six des vingt-huit États membres de l’OTAN participent effectivement aux opérations), pourraient bien commencer à regretter la main de fer de Kadhafi, qui assurait l’ordre en Libye et l’approvisionnement régulier des centres pétroliers et gaziers.

 

Les compagnies pétrolières elles-mêmes, qui avaient espéré augmenter leurs parts de bénéfice, en diminuant celle de l’État libyen -que Kadhafi avait accrue pour financer le développement du pays (on oublie trop vite que l’analphabétisme, à titre d’exemple, est passé, sous son gouvernement, de 72% de la population en 1969 à moins de 5% aujourd’hui)-, semblent désormais s’alarmer également.

 

Une solution acceptable serait une « période de transition » vers un État fédéral où toutes les régions prendraient plus ou moins leur sort en main. Une autre option serait d’admettre la partition du pays en deux États. Mais cette hypothèse ne plaît ni à l’OTAN, ni aux pétroliers, ni non plus à ceux des Libyens qui, situés dans la « mauvaise partie », se verraient priver de la manne pétrolière…

 

Quoi qu’il en soit, l’intervention, empêtrée dans ce chaos imprévu, risque de tourner au conflit de guérilla sur le très long terme. À moins que l’OTAN, comme en ex-Yougoslavie ou en Afghanistan, ne s’érige en gendarme de la région.

 

Mais quelles seraient alors les réactions du reste du monde ? Rappelons en effet que les États engagés en Libye sont tous occidentaux : ni la Chine, ni la Russie, ni le Brésil, ni l’Inde, autant de géants qui siégeaient au Conseil de sécurité lors du vote de la résolution 1973, n’a donné son aval en faveur de l’ingérence.

 

Car c’est peut-être là le plus important : le conflit Libyen, la reconnaissance du CNT par certains États et l’implication militaire de l’OTAN constituent un pas supplémentaire, après la guerre d’Irak de 2003 ou l’affaire du Kosovo, vers l’abandon des principes westphaliens du droit international, vers l’imposition par l’Occident au reste du monde des nouveaux concepts « d’ingérence humanitaire » et de « gouvernance ». Un nouveau coup de boutoir, significatif, à l’encontre du droit international tel qu’il s’était progressivement construit depuis le XVIIème siècle.

 

L’Union africaine avait déjà sévèrement dénoncé la tournure prise par les événements, condamnant le glissement des objectifs : au départ, il s’agissait d’empêcher l’utilisation de l’aviation et de protéger les civils en bombardant les troupes en mouvement vers les zones menacées ; ensuite, il s’est agi du renversement du chef de l’État, en ciblant ses résidences et celles de sa famille.

 

Début juillet, L’Union africaine avait en outre appelé ses États membres à refuser de collaborer avec la Cours pénale internationale, qui avait lancé un mandat d’arrêt contre Mouammar Kadhafi pour crime de guerre. L’Union africaine s’est expliquée en accusant la CPI de discrimination, lorsqu’elle entend poursuivre les responsables de crimes commis en Afrique, mais se tait en ce qui concerne les criminels occidentaux qui massacrent des civils en Irak et en Afghanistan, notamment.

 

De même, la Ligue arabe a renoncé à cautionner les bombardements, par l’intermédiaire de son président, l’Égyptien Amr Moussa, qui a publiquement regretté d’avoir, à l’origine, soutenu le projet d’une intervention occidentale.

 

Reste aussi l’épineuse question du rôle singulier joué par la France dans cette affaire. Mais peut-être en apprendra-t-on d’avantage à ce sujet, si Mouammar Kadhafi est pris vivant et bénéficie d’un vrai procès public, devant la Cours pénale internationale, au lieu de finir pendu après un jugement expéditif comme Saddam Hussein ou de trépasser dans sa cellule, comme Slobodan Milosevic…

 

Pierre PICCININ (en Libye, août 2011)

Professeur d’histoire et de sciences politiques

Source : LeSoir.be

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6 septembre 2011 2 06 /09 /septembre /2011 11:01

http://www.yvesmichel.org/editions/wp-content/uploads/2011/05/AU-COEUR-DE-LA-MONNAIE-cOUV-DEFw.jpg

 

« Le changement climatique, le chômage et le vieillissement de la population ne peuvent être résolus avec le système monétaire en place. C'est au centre de notre tabou monétaire que nous trouverons, ou non, les forces indispensables au changement de paradigme. » Bernard Lietaer

 

Déjà abordé dans l’article démocratiser la monnaie, comme pour la fée électricité et pour tous les domaines, trop de concentration est mortifère pour la société. Société entendu étymologiquement comme compagnon ou associé, ce qui ne s’applique pas à la poignée de ceux qui sont à la tête de cette concentration : « Tout pour nous-même, rien pour les autres » comme disait si bien Adam Smith père fondateur du système néolibéral. Philosophe avant tout, Smith avait parfaitement explicité la logique primaire du néolibéralisme.

 

Sortir de la boîte (Thinking out of the box), nous dit Bernard. C’est aussi ce que nous dit Susan Georges dans son ouvrage «La pensée enchaînée» (Hijacking America). C’est la clé de la philosophie. Pour ne pas finir dans un bain de sang, nous devons sortir de nos paradigmes et archétypes ou plus précisément ici, du paradigme mondial de la pensée néolibérale, insufflé par Hayek mais déjà clairement théorisé par Smith en 1776 et largement pressenti par Aristophane et Platon, 400 ans avant JC.

 

Plus de 200 crises économiques depuis l’instauration des systèmes monétaires centraux ! Ne serait-il pas temps de penser autrement ? C’est ce que Bernard Lietard nous propose dans ce dernier ouvrage «Au cœur de la monnaie» paru chez Yves Michel fin août 2011.

 

Comme je ne l’ai pas encore lu, je reprends ici la description qu’en a faite Christian Arnsperger dans son dernier article paru sur son blog.

 

Expert de la chose financière, Bernard Lietaer nous convie à un passionnant voyage de vingt-huit mille ans jalonné par des archétypes, de la préhistoire à Wall Street. Il aborde notamment ceux de la Grande Déesse, de la féminité, de l’argent Yin. La mise en lumière de la dimension émotionnelle de la monnaie nous renvoie aux tréfonds de notre psyché. Il s’agit de guérir nos blessures face à l’argent pour le remettre à sa place de serviteur, au lieu de maître. Pouvons-nous encore éviter les immenses dégâts et le chaos dans lequel nous plongera un effondrement de l’ordre établi il y a six ou sept cents ans? C’est ce que pense cet expert de niveau mondial sur les questions monétaires, et grand humaniste, dans cet ouvrage surprenant.

 

Alors que la situation du système monétaire global de la planète semble devenir ingérable, ce travail de recherche, très bien documenté, ouvre des opportunités exceptionnelles pour trouver des réponses innovantes hors du cadre de la pensée unique. L’auteur tire de ce voyage des enseignements très actuels pour éclairer les choix monétaires du XXIe siècle.

 

La crise systémique, économique, géopolitique, énergétique et alimentaire qui a pris une nouvelle tournure avec les émeutes au proche et moyen Orient, ainsi qu’avec l’accident de Fukushima, demande d’urgence bien plus que des mesures correctives. Or, selon l’auteur, c’est au centre de notre tabou monétaire que nous trouverons, ou non, les forces indispensables au changement de paradigme. C’est bien le monopole de cette monnaie « yang », et non pas une perversité humaine, qui nous pousse irrémédiablement au court-terme et à l’épuisement des ressources. Et ce sont bien les ombres de nos archétypes qui nous aveuglent et nous empêchent de remettre en question ce tabou moderne.

 

Bernard Lietaer a derrière lui trente ans d’expériences professionnelles: haut fonctionnaire de banque centrale et directeur général de fonds monétaires ; consultant auprès de firmes multinationales, mais aussi de pays en développement ; professeur de finance internationale à l’Université de Louvain, avant de devenir le plus haut dirigeant en charge des services d’organisation et d’informatique de la Banque Centrale de Belgique. Son premier projet, en cette fonction, a été de dessiner et d’implanter le système de la monnaie unique européenne. Pour l’autre côté du miroir, il a aidé des pays en développement d’Amérique latine à améliorer la solidité et l’attractivité de leurs monnaies.

 

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15 août 2011 1 15 /08 /août /2011 23:44

http://www.france-amerique.com/articles/images/2009/04/1990-2783.main.jpgLettre ouverte aux dirigeants du G20, publiée en anglais dans l'édition mondiale du Financial Times le 24/03/09 et reprise sur le site du GEAB

 

Mesdames, Messieurs,

Il vous reste moins d’un semestre pour éviter que la planète s’enfonce dans une crise dont elle mettra plus d’une décennie à sortir, avec un terrible cortège de malheurs et de souffrance. Cette lettre ouverte de LEAP/E2020, qui dès Février 2006 avait annoncé l’imminence d’une « crise systémique globale », veut tenter de vous indiquer brièvement pourquoi il en est ainsi, et comment éviter cela.

En effet, si vous avez commencé à soupçonner l’ampleur de la crise il y a moins d’un an, c’est dès Février 2006, dans la 2° édition de son « Global Europe Anticipation Bulletin » (GEAB), que LEAP/E2020 avait annoncé que le monde entrait dans la « phase de déclenchement » d’une crise d’ampleur historique. Et depuis cette date, LEAP/E2020 a continué, chaque mois, à anticiper d’une manière très fiable les évolutions de la crise dans laquelle le monde entier se débat désormais. Ce qui nous conduit à vous écrire cette lettre ouverte dont nous espérons qu’elle éclairera vos choix dans quelques jours.

Et cette crise s’aggrave dangereusement. Récemment, à l’occasion de la 32° édition de son bulletin, LEAP/E2020 a ainsi lancé une alerte très importante qui vous concerne directement, vous les dirigeants du G20 : si, réunis à Londres le 2 Avril prochain, vous n’êtes pas capables d’adopter des décisions audacieuses et innovantes en vous concentrant sur l’essentiel, et d’entamer leur mise en oeuvre d’ici l’été 2009, alors la crise entrera à la fin de cette année dans la phase de « dislocation géopolitique généralisée » qui affectera tout autant le système international que la structure même des grandes entités politiques comme les Etats-Unis, la Russie, la Chine ou l’UE. Et vous ne contrôlerez alors plus rien pour le malheur des six milliards d’habitants de notre planète.

Votre choix : une crise de 3 à 5 ans ou un crise de plus d’une décennie?

Hélas, comme rien ne vous a préparé à affronter une crise d’une telle ampleur historique, jusqu’à présent, vous ne vous êtes occupés que des symptômes ou des causes secondaires. Vous avez pensé qu’il suffisait d’ajouter de l’essence ou de l’huile au moteur mondial, sans vous rendre compte qu’il était tout simplement cassé, sans espoir de réparation. C’est un nouveau moteur qu’il faut construire. Et le temps presse car chaque mois qui passe détériore un peu plus l’ensemble du système international.

Comme dans toute crise majeure, il faut aller à l’essentiel. Comme dans toute crise de dimension historique, le seul choix est entre entreprendre au plus vite des changements radicaux et raccourcir considérablement la durée de la crise et ses conséquences tragiques; ou au contraire refuser les changements radicaux en tentant de sauvegarder l’existant, pour ne réussir qu’à prolonger durablement la crise et accroître toutes ses conséquences négatives. A Londres, le 2 Avril prochain, vous aurez ainsi le choix entre résoudre la crise en 3 à 5 ans d’une manière organisée; ou bien au contraire, entraîner la planète dans une décennie terrible.

Nous nous bornerons donc ici à mettre en avant trois conseils que nous considérons comme stratégiques, c’est-à-dire, que pour LEAP/E2020, s’ils ne sont pas mis en oeuvre d’ici l’été 2009, la dislocation géopolitique mondiale deviendra inévitable à partir de la fin de cette année.

LES 3 CONSEILS DE LEAP/E2020

1. La clé de la crise, c’est la création d’une nouvelle devise internationale de référence !

Le premier conseil se résume à une idée très simple : la clé de la crise actuelle se trouve dans la réforme du système monétaire international hérité de l’après-1945 afin de créer une nouvelle devise internationale de référence. Le Dollar américain et l’économie des Etats-Unis ne sont plus en mesure d’être les piliers de l’ordre économique, financier et monétaire mondial. Tant que ce problème stratégique n’est pas abordé directement, puis traité, la crise s’approfondira car il est au coeur des crises des produits financiers dérivés, des banques, des prix de l’énergie, … et de leurs conséquences en terme de chômage massif et de baisses des niveaux de vie. Il est donc vital que cette question soit l’objet principal du Sommet du G20 de Londres et que les premiers éléments de solution y soient lancés. La solution à ce problème est d’ailleurs bien connue : il s’agit de créer une devise de référence internationale (qu’on pourrait appeler le « Global ») fondée sur un panier de monnaies correspondant aux principales économies de la planète, à savoir le Dollar US, l’Euro, le Yen, le Yuan, le Khaleel (monnaie commune des etats pétroliers du Golfe qui sera lancée au 1° Janvier 2010), le Rouble, le Real, … . et de faire gérer cette devise par un « Institut Monétaire Mondial », dont le Conseil d’ Administration reflète les poids respectifs des monnaies composant le « Global ». Vous devez demander au FMI et aux banques centrales concernées de préparer un tel plan pour Juin 2009 avec objectif de mise en oeuvre au 1° Janvier 2010. C’est votre seul moyen de reprendre l’initiative sur le temps de déroulement de la crise. Et c’est le seul moyen de concrétiser la mise en oeuvre d’une globalisation partagée, en en partageant la monnaie qui est au coeur de toute activité économique et financière.

Selon LEAP/E2020, si une telle alternative au système actuel en plein effondrement n’a pas commencé à être préparée d’ici l’été 2009, démontrant qu’il existe une autre voie que le « chacun pour soi », le système monétaire international actuel ne passera pas l’été. Et si certains Etats du G20 pensent qu’il vaut mieux garder le plus longtemps les privilèges que leur procure le statu quo, ils devraient méditer sur le fait qu’aujourd’hui ils peuvent encore influencer de manière décisive la forme que prendra ce nouveau système monétaire mondial. Une fois la phase de dislocation géopolitique entamée, ils perdront au contraire toute aptitude à le faire.

2. Contrôlez l’ensemble des banques au plus vite!

Le second conseil est déjà largement évoqué dans les discussions préalables à votre réunion. Il devrait être donc aisé de l’adopter. Il s’agit de mettre en place d’ici la fin 2009 un système de contrôle des banques à l’échelle mondiale qui supprime tout « trou noir ». Plusieurs options vous sont déjà proposées par les experts. Tranchez dès maintenant. Nationalisez au plus vite quand il le faut ! C’est en tout cas le seul moyen de prévenir un nouvel endettement massif des établissements financiers comme celui qui a contribué à la crise actuelle; et de montrer aux opinions publiques que vous êtes crédibles face aux banquiers.

3. Faites évaluer au plus vite par le FMI les systèmes financiers US, britannique et suisse !

Le troisième conseil touche à nouveau une question très sensible politiquement qui pourtant est incontournable. Il est indispensable que le FMI remette au G20, au plus tard, en Juillet 2009, une évaluation indépendante des trois systèmes financiers nationaux au coeur de la crise financière : ceux des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de la Suisse. Aucune solution durable ne pourra en effet être efficacement mise en oeuvre tant que personne n’a la moindre idée des ravages causés par la crise dans ces trois piliers du système financier mondial. Et il n’est plus temps de « prendre des gants » avec des pays qui sont au coeur du chaos financier actuel.

Ecrivez un communiqué simple et bref!

Pour terminer, nous nous permettrons seulement de rappeler que vous avez désormais à restaurer la confiance chez 6 milliards de personnes, et des dizaines de millions d’institutions publiques et privées. Alors, n’oubliez pas de rédiger un communiqué court, qui ne fasse pas plus de deux pages, qui ne contienne pas plus de trois ou quatre idées centrales et qui soit lisible par des non-experts. Sinon, vous ne serez pas lu hors du cercle étroit des spécialistes et vous ne pourrez donc pas ressusciter la confiance du plus grand nombre condamnant ainsi la crise à s’aggraver. Si cette lettre ouverte vous aide à sentir que l’Histoire vous jugera pour ce que vous aurez réussi à faire ou pas lors de ce Sommet, alors elle n’aura pas été inutile. Sachez simplement, que selon LEAP/E2020, vos peuples respectifs n’attendront pas plus d’une année pour vous juger. Une chose est néanmoins certaine : cette fois-ci vous ne pourrez pas dire que vous n’avez pas été prévenu!

Franck Biancheri
Directeur des Etudes de LEAP/E2020
Président de Newropeans


En version PDF ci-après

Lettre Ouverte Dirigeants G20 - FT 240309.pdf  (79.15 Ko)

 

 

Documentaires sur le sujet : Inside JobLet's Make money, L'Encerclement

 

En 2009, le GEAB avait estimé que la planète comptait environ 30.000 milliards USD d'actifs-fantômes (soit la moitié du PIB mondial estimé à 60.000 milliards USD). La moitié de ces 30.000 milliards USD s’est envolée en fumée en six mois entre Septembre 2008 et Mars 2009. Pour le GEAB, c'est maintenant au tour de l'autre moitié, les 15.000 milliards d'actifs-fantômes restants, de s'évanouir purement et simplement entre Juillet 2011 et Janvier 2012… Pour rappel, la somme totale de toutes les grosses dépenses US de son histoire (guerre du Vietnam, d’Irak, plan Marshall, etc.), ramené aux taux d’inflation actuel, s’élève à 3.500 milliards USD.

 

9.000 milliards égarés par la Fed (mai 2009)

 

Wall Street Journal uncovering a possible 8 trillion USD fraud

 

CMKM Diamonds and the $3.87 trillion lawsuit you didn't hear about + Scan de la plainte

 

Le plus grave, ce n’est pas tant qu’il y ait fraude, que des magnats de la haute finance soient toujours au soleil, non… Le plus grave c’est que les principaux responsables de la crise sont toujours aux commandes ! Voir OBAMA au pays des « portes tournantes » de la Haute Finance Américaine

 

Lire aussi sur ce blog

Vers une dislocation géopolitique Mondiale

 

La mort du dollar


Auto-multiplication cancéreuse des actifs financiers

 

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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 10:53

CN Consumption(1)Jean-Paul Baquiast - 25/04/2011

La décroissance, luxe pour le monde développé, obligation pour le tiers-monde - ou le contraire ?

Chandran Nair est un consultant international en sciences de l'environnement. Né en Malaisie, il vit actuellement à Hong kong. Il a fondé le Global Institute for Tomorrow  
 
http://www.globalinstitutefortomorrow.com
 
institut qui étudie les relations entre les valeurs asiatiques et les réalités du monde moderne.

Très connu dans les pays émergents, il est encore relativement ignoré en Europe. D'où l'intérêt de l'interview que vient de lui consacrer le Guardian le 21 avril 2011

http://www.guardian.co.uk/global-development/poverty-matters/2011/apr/21/arguments-constrained-capitalism-asia-chandran-nair
 
Dans ce texte, comme dans l'ensemble de ses interventions, et malgré le ton diplomatique de son langage, Chandran Nair refuse dorénavant de façon très affirmée le modèle de développement que, selon lui, le monde capitaliste veut imposer à l'Asie. Il rappelle que ce modèle, fondé sur des incitations à la consommation toujours plus agressives, règne sur le monde depuis 60 ans. Les pays émergents semblent l'avoir adopté en ne le transposant que marginalement compte tenu de contraintes locales.

Or il n'est pas viable et doit être refusé. La pression qu'exerceront sur les ressources mondiales et l'environnement plusieurs milliards de Chinois ou d'Indiens (5 milliards vers 2050) aspirant au niveau de vie nord-américain deviendra vite insupportable.

L'Asie doit donc développer un nouveau modèle de capitalisme, qu'il nomme le capitalisme contraint ou régulé (constrained capitalism) limitant l'accès aux ressources naturelles et contrôlant les comportements destructeurs imposés aux consommateurs. Chandran Nair n'a pas de mal à montrer la justesse de ce que divers environnementalistes occidentaux défenseurs de politiques de décroissance ont déjà amplement prouvé. Le mode de vie d'un citoyen américain ou même celui d'un européen de milieu modeste appliqué aux milliards d'humains actuels ou prévus nécessiterait les ressources cumulées de plusieurs planètes. Si rien n'était fait pour limiter cette boulimie, l'actuelle Terre sera rapidement détruite Les pays asiatiques ont donc selon Chandran Nair un devoir urgent : «déconstruire» le rêve consommériste (1) qui a été explicitement imposé à l'Asie comme au reste des pays pauvres par les pays capitalistes occidentaux. Ce conditionnement est l'un des résultats de la domination intellectuelle (le soft power) imposée aux élites asiatiques à travers les formations universitaires, les expertises fournies par le FMI, la Banque mondiale et les agences de conseil. Il est relayé à grande échelle aujourd'hui par le réseau des messages publicitaires commerciaux omniprésents, qui tiennent tous le même discours. La pression occidentale s'exerce plus fortement encore qu'auparavant, puisque elle se porte désormais dans le champ diplomatique. A la suite de la crise, les gouvernements occidentaux pressent la Chine à développer son marché consommateur intérieur, afin de réduire les excédents de trésorerie que lui ont acquis ses exportations.

Mais que signifiera consommer pour la Chine ? Quels en seront les revers? Les observateurs extérieurs et intérieurs se félicitent de constater la rapide croissance urbaine, ou celle des achats d'automobiles, mais ils ne s'interrogent pas sur le prix grandissant d'un simple verre d'eau potable obtenue au robinet. Les producteurs d'eaux minérales seront là pour répondre au besoin.

Les gouvernements asiatiques devraient donc, selon Chandran Nair, assumer la responsabilité de convaincre les populations qu'elles ne pourront jamais avoir accès, sauf dans le cas d'étroites minorités, au niveau de vie occidental. Il s'agit d'ailleurs de la prudence la plus élémentaire. Face aux révoltes qui naîtront du fait que les populations en question se rendront vite compte des limites incontournables de la croissance promise, ils seront balayés.

Le salut consisterait au contraire à préconiser le retour aux valeurs et aux modes de vie traditionnels, privilégiant notamment l'agriculture durable et les activités non gourmandes en énergie, l'éducation et la santé en priorité. Trouvera-t-on là de quoi assurer les besoins matériels comme les stimulants moraux nécessaires à la survie de centaines de millions de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté? Chandran Nair en semble convaincu.

En faveur de cette thèse, nous pouvons citer ici le tout récent programme que compte mettre en oeuvre le UN Environment Program. Il s'agira de développer et rémunérer non seulement les agricultures locales soucieuses de l'environnement, mais divers investissements destinés à protéger les sols et la biodiversité que les paysans négligent aujourd'hui car ils ne sont pas inclus dans les prix des produits finaux.

Un organisme analogue à l'IPCC dans le domaine du climat vient dans ce cadre d'être créé. C'est l'Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity (http://www.ipbes.net/ ) destiné à intégrer les actions intéressant la production agricole et la conservation. Dans le même temps, un projet appelé The Economics of Ecosystems and Biodiversity visera à évaluer les coûts de la perte de biodiversité et de la dégradation des écosystèmes (http://www.teebweb.org/). Ces initiatives sont louables, mais elles nécessiteraient des dizaines ou centaines de milliards d'investissements, lesquels se dirigent actuellement vers les dépenses militaires.


Comment déconstruire le "rêve consommériste" ?

Nous nous sommes toujours montré favorables aux programmes dits de décroissance. Ces objectifs avaient été proposés au plus fort des Trente Glorieuses, en Europe, par le Club de Rome et des économistes tels qu'Yvan Illitch faisant valoir l'impossibilité à terme de poursuivre indéfiniment une consommation destructrice de ressources matérielles nécessairement limitées.

Depuis lors, à l'encontre des défenseurs de la thèse selon laquelle le progrès convergent des sciences et des technologies reculerait à l'infini les risques de rareté, la conscience du caractère illusoire de la croissance ininterrompue a fini par se généraliser. Dans cette esprit, une morale de la croissance zéro (sinon de la décroissance) et de l'auto-limitation des consommations a fini par recruter un certain nombre de soutiens parmi les mouvements anti-productivistes et écologiques.

Mais il faut bien voir que ce fut principalement en Occident et non dans le tiers-monde que cette morale s'est répandue. Ceci pour une raison de bon sens: comment prêcher l'austérité à des populations qui se maintenaient à grand peine au dessus du seuil de survie? Elle n'a d'ailleurs connu, même dans les pays riches, qu'un succès limité. Les milieux économiques et financiers tirant leur pouvoir de leur capacité à transformer les citoyens en consommateurs robotisés par une publicité omniprésente privent encore aujourd'hui de tribunes les activistes de la décroissance.

Quant aux gouvernements, confrontés aux revendications des couches les plus défavorisés, plutôt qu'imposer un partage des ressources destiné à réduire les inégalités, ils préfèrent faire croire à un mythe, celui de la croissance de la consommation résolvant par miracle les conflits sociaux. Plus généralement, dans des régimes politiques se voulant démocratiques, c'est-à-dire soumis en principe aux volontés des électeurs, comment trouver des majorités qui prétendraient réduire des consommations apparemment plébiscitées par les foules ?

Dans les pays émergents, les mêmes causes ont entraîné les mêmes effets. Le double intérêt des industriels et des gouvernements poussant à la généralisation du modèle consumériste dénoncé par Chandran Nair a pleinement joué pour faire espérer aux citoyens-consommateurs des lendemains qui chanteraient.

Mais il faut bien voir que ce réflexe est encore récent. Ce fut seulement depuis une dizaine d 'années, sinon moins, qu'en Chine par exemple, les dirigeants ont encouragé les nouvelles classes moyennes à s'équiper en logements et biens industriels sur le mode occidental.

Aujourd'hui encore, ils savent très bien que les quelques 600 millions de travailleurs pauvres n'atteindront jamais ce niveau de vie. Mais plutôt qu'en convenir ouvertement et recommander des modèles économiques plus ménagers des ressources, ils préfèrent laisser croire que chaque citoyen pourra rapidement disposer d'un appartement, d'une voiture et d'un régime alimentaire carné.
 
C'est que la déconstruction du modèle consommériste à l'occidental prôné par Chandran Nair imposerait aux pouvoirs et aux sociétés un effort de reconversion et d'invention dont nul ne se sent capable aujourd'hui. Les voeux d'austérité ou de retour à la terre proposés par Chandran Nair seront encore longtemps associés à l'austérité imposée par les anciens pouvoirs communistes, austérité d'autant mal vue qu'y échappaient les hiérarches.

C'est là précisément que les Occidentaux dont nous sommes pourraient jouer un rôle essentiel. Ayant pour des raisons historiques acquis des niveaux de vie largement supérieurs à ceux du reste du monde, ayant aussi acquis une culture économique et environnementale encore peu répandue dans les autres pays, nous pourrions nous impliquer directement dans la réalisation, au sein même du monde occidental, d'un modèle de survie tel que celui préconisé par Chandran Nair et ses homologues au sein des réseaux alter-mondialistes. Construire un monde échappant aux terrorismes de la consommation-gaspillage, proscrivant la publicité, investissant au contraire dans des activités immatérielles liées au capitalisme cognitif, devrait être un idéal que chacun d'entre nous devrait désormais se donner, y compris dans le cadre de sa propre
vie.

Le tiers-monde pourrait en bénéficier, mais le monde développé serait le premier à en tirer profit. Il ne s'agirait d'ailleurs pas là, que l'on se rassure, d'une sorte de luxe moral proposé par un idéal du partage. Il s'agirait d'une nécessité devenue déjà vitale pour chacun de nous. L'accident de Fukushima commence à rendre perceptible le besoin, dans les pays favorisés eux-mêmes, tel le Japon ou l'Europe, de réduire drastiquement les consommations d'énergie et de matière premières, autrement dit de définir un modèle non consommériste de développement.

Il fut un temps où certains pionniers se proposaient des activités autrement motivantes que celles consistant à s'acheter des écrans plats ou des voitures du dernier modèle, ou celles consistant à s'affaler devant des écrans publicitaires. Ces pionniers cherchaient à s'accomplir dans des activités ne relevant pas nécessairement du profit à court terme: recherche scientifique, philosophie, création artistique, activités sportives personnelles et même (horresco referens), activités sexuelles entre adultes librement consentants. Il serait temps d'y revenir, en inventant des sociétés où de tels luxes ne seraient plus le privilège de quelques élites, mais seraient à la
disposition de tous.

Que l'Europe, ayant mieux que les Etats-Unis de solides traditions dans ces divers domaines, relevant de ce que l'on pourrait appeler en France l'"esprit 68", recommence à donner l'exemple. Les pays émergents, n'en doutons pas, rallieront la démarche. Nous avons besoin dorénavant de nouveaux activistes militant avec l'agressivité nécessaire pour que ces comportements décroissantistes (dans le bon sens du mot) s'imposent aux enfants dégénérés de la publicité commerciale, chez qui tout est admis, pourvu que cela fasse vendre.

 
(1) Mot signifiant ici : "adepte de la consommation".

[A ne pas confondre avec le même mot employé chez les Canadiens : chez-eux, "consommérisme" signifie "consumérisme", c'est à dire "défenseur de la consommation ou du consommateur"].

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21 avril 2011 4 21 /04 /avril /2011 13:39

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Un article de Saral Sarkar

 

Quelques jours après l’explosion à la centrale de Fukushima a eu lieu à Cologne une première manifestation contre l’énergie nucléaire dont le slogan principal disait : "fermeture de toutes les centrales nucléaires, tout de suite, partout". En l’écoutant j’ai pensé à la France dont 80% de l'énergie provient du nucléaire. J'ai aussi pensé à mon pays d'origine, l'Inde, pour lequel il y a déjà 20 centrales nucléaires en activité et dont le gouvernement considère qu’il en faut davantage pour permettre l’accès à l’électricité aux quelques 50% de citoyens qui en sont privés. Qu’adviendrait-il si l’exigence des manifestants de Cologne était acceptée et que toutes les centrales nucléaires étaient fermées, tout de suite et partout dans le monde ?


 

    En France, pas de doute, les lumières s’éteindraient. En Inde, l’impact serait bien moindre. La moitié des Indiens vivent de toute façon sans électricité, et les autres ont l’habitude de fréquentes coupures de courant. En France, il se passerait quelque chose d’encore plus grave. Toutes les entreprises qui dépendent de l’énergie nucléaire devraient fermer boutique. Des millions de travailleurs perdraient leur emploi et leur revenu. Les Indiens seraient moins affectés: la plus grande partie de l’énergie provient de centrales au charbon, fatales pour le climat.

 

    Soit, tous les opposants à l’énergie nucléaire ne sont pas aussi radicaux que ces manifestants à Cologne. La plupart demandent un désengagement graduel même s’il doit être aussi rapide que possible, de façon à rendre la transition vers une production d’énergie hors nucléaire aussi indolore que possible. Je me suis laisser dire qu’en Allemagne, où seulement 23 % de l’énergie produite dépend du nucléaire, cela ne poserait pas trop de difficultés. D’ailleurs l’Allemagne est en situation de surcapacité. Mais que la transition soit immédiate ou graduelle, l’économie exige des sources d’énergie de remplacement qui ne soient pas trop chères. Est-ce possible ? C’est ici que commencent les problèmes.

 

    Aucun opposant à l’énergie nucléaire ne propose la construction de nouvelles centrales thermiques (à charbon, à pétrole ou à gaz). Le passage à l’ère des énergies renouvelables est la voie royale. Celles-ci seraient non seulement inépuisables, mais déjà disponibles d’un point de vue technique. Elles permettraient d’abandonner le nucléaire et d’arrêter le changement climatique. Il ne serait pas nécessaire d’attendre que les ressources en énergies fossiles soient épuisées, il serait au contraire possible d’entamer immédiatement la transition. Même Cheikh Jamani, le ministre du pétrole d’Arabie saoudite, aurait dans les années 1970 : "L’âge de la pierre n’a pas pris fin parce qu’il manquait de pierres, et l’âge du pétrole prendra fin avant l’épuisement des gisements." Ce qui rend la transition encore plus attrayante, c’est que "le soleil n’envoie pas de facture" (Franz Alt) et comme l’écrivait Hermann Scheer : "Des temps inouïs s’ouvrent à nous, où le soleil offre son énergie aux hommes, aux animaux et aux plantes. Et cela dans de telles proportions que les besoins en énergie les plus extravagants d’une humanité encore bien plus nombreuse ainsi que du règne animal et végétal pourraient être satisfaits. Chaque année, le soleil offre 15000 fois plus d’énergie que n’en consomme la population mondiale…"

 

    J’ai développé mes doutes devant de tels espoirs dans mes deux ouvrages Ecosocialisme ou Ecocapitalisme (2001) et Les crises du capitalisme (2009). James Lovelock, chimiste de renom et fondateur de la théorie Gaia, a également émis de sérieux doutes sur l'engouement généralisé du tout au renouvelable. L’économiste et mathématicien Nicholas Georgescu-Roegen avait entrepris une étude sur l’énergie solaire. Il en avait conclu que l'énergie solaire était utilisable, mais pas soutenable. Il disait que les technologies pour utiliser l’énergie solaire requièrent plus d’énergie pour fabriquer les matériaux et appareils nécessaires qu’ils ne peuvent en produire pendant toute leur durée de vie. Bref, leur bilan énergétique est négatif, elles ne sont donc pas soutenables. La raison en est la faible densité en énergie du rayonnement solaire, une constante cosmologique. Georgescu-Roegen avait écrit ces lignes en 1978, qu'il a répétées en 1986 et 1992. Elle est évidemment rejetée par les fanatiques de l’énergie solaire. C’est là une vieille histoire. Mais encore récemment, j’ai lu dans un éditorial de la Süddeuyesche Zeitung: "L’espoir que le monde pourra bientôt se tourner vers des énergies alternatives et s’approvisionner directement à la source solaire est naïf. … Il n’y a pas de formule pour une transition énergétique mondiale qui soit rapide et indolore." (Karl-Heinz Büschemann, SZ, 19.3.2011). Transition ou pas, à long terme, l’impact fera très mal : il s’agira ni plus ni moins que de la fin de notre bien-aimée civilisation industrielle.

 

    La controverse est loin d’être vidée. D’un côté, la recherche technologique se poursuit; c’est l’espoir qui meurt le dernier. D’une autre côté, toutes les énergies renouvelables sous forme de courant – à l’exception de l’énergie hydraulique –  ont encore toujours besoin de subventions diverses pour être rentables, même l’énergie éolienne, dont le bilan énergétique  semble pourtant légèrement positif. Ces subventions proviennent des profits de l’économie, qui fonctionne en grande partie grâce à l’énergie fossile ou nucléaire. Les énergies renouvelables sont donc encore toujours des parasites vivat grâce aux énergies conventionnelles.

 

    La controverse devra être vidée dans la décennie qui vient. Mais la situation actuelle me laisse profondément sceptique. L’Inde est un pays où le soleil brille généreusement et où les vents soufflent en abondance. Pourtant les Indiens voient leur avenir énergétique plutôt du côté du nucléaire et des ressources fossiles. Pourquoi donc? Une autre source de mon scepticisme c’est l’absence de technique d’accumulation convaincante. Ainsi si l’on voulait stocker de l’énergie renouvelable par exemple sous forme d’hydrogène liquide, 90 % de l’énergie récoltée serait consacrée au processus de transformation.

 

    Dans le contexte de la menace croissante de la crise climatique et compte tenu de sa déception quant aux énergies renouvelables, Lovelock a plaidé pour la construction de centrales nucléaires avec comme argument que nous ne pouvons pas empêcher les générations futures de bénéficier du niveau de vie dont nous bénéficions. Il considérait que les risques étaient jouables. Mais manifestement, il ne lui est pas venu à l’esprit que l’uranium aussi est une ressource non renouvelable.

 

    Pour ceux d’entre nous qui ne veulent pas ignorer les faits mentionnés ci-dessus et les doutes qui en découlent, il est à conseiller de nous préparer à une autre forme de civilisation, plus sobre. Il existe un proverbe saoudien qui dit : "Mon grand-père montait un chameau, mon père conduisait une auto, je pilote mon jet privé, mon fils montera un chameau."

 

    La voie vers cette nouvelle civilisation sera plus facile à prendre si nous avons d’abord créé une société égalitaire.

 

[Saral Sarkar]

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1) Manuel d’anti-économie

2) Transition écologique & économique

3) Le retour du puritanisme au travail

4) Le désir comme désir de l’Autre

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6) Argent, Richesse, Valeur

 

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