Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Pas d'issue aux grands défis de l'humanité (pétrole, eau, famines, biodiversité, érosion, climat...) sans changement de paradigme et TOTALE remise en question tant au niveau individuel que pluriel (mode de vie, économie, progrès…)

Publicité

Éteignons l’énergie nucléaire ! Et après ?

dali_chameau_dromadaire_desert_sahara_maroc_dune.jpg

Un article de Saral Sarkar

 

Quelques jours après l’explosion à la centrale de Fukushima a eu lieu à Cologne une première manifestation contre l’énergie nucléaire dont le slogan principal disait : "fermeture de toutes les centrales nucléaires, tout de suite, partout". En l’écoutant j’ai pensé à la France dont 80% de l'énergie provient du nucléaire. J'ai aussi pensé à mon pays d'origine, l'Inde, pour lequel il y a déjà 20 centrales nucléaires en activité et dont le gouvernement considère qu’il en faut davantage pour permettre l’accès à l’électricité aux quelques 50% de citoyens qui en sont privés. Qu’adviendrait-il si l’exigence des manifestants de Cologne était acceptée et que toutes les centrales nucléaires étaient fermées, tout de suite et partout dans le monde ?


 

    En France, pas de doute, les lumières s’éteindraient. En Inde, l’impact serait bien moindre. La moitié des Indiens vivent de toute façon sans électricité, et les autres ont l’habitude de fréquentes coupures de courant. En France, il se passerait quelque chose d’encore plus grave. Toutes les entreprises qui dépendent de l’énergie nucléaire devraient fermer boutique. Des millions de travailleurs perdraient leur emploi et leur revenu. Les Indiens seraient moins affectés: la plus grande partie de l’énergie provient de centrales au charbon, fatales pour le climat.

 

    Soit, tous les opposants à l’énergie nucléaire ne sont pas aussi radicaux que ces manifestants à Cologne. La plupart demandent un désengagement graduel même s’il doit être aussi rapide que possible, de façon à rendre la transition vers une production d’énergie hors nucléaire aussi indolore que possible. Je me suis laisser dire qu’en Allemagne, où seulement 23 % de l’énergie produite dépend du nucléaire, cela ne poserait pas trop de difficultés. D’ailleurs l’Allemagne est en situation de surcapacité. Mais que la transition soit immédiate ou graduelle, l’économie exige des sources d’énergie de remplacement qui ne soient pas trop chères. Est-ce possible ? C’est ici que commencent les problèmes.

 

    Aucun opposant à l’énergie nucléaire ne propose la construction de nouvelles centrales thermiques (à charbon, à pétrole ou à gaz). Le passage à l’ère des énergies renouvelables est la voie royale. Celles-ci seraient non seulement inépuisables, mais déjà disponibles d’un point de vue technique. Elles permettraient d’abandonner le nucléaire et d’arrêter le changement climatique. Il ne serait pas nécessaire d’attendre que les ressources en énergies fossiles soient épuisées, il serait au contraire possible d’entamer immédiatement la transition. Même Cheikh Jamani, le ministre du pétrole d’Arabie saoudite, aurait dans les années 1970 : "L’âge de la pierre n’a pas pris fin parce qu’il manquait de pierres, et l’âge du pétrole prendra fin avant l’épuisement des gisements." Ce qui rend la transition encore plus attrayante, c’est que "le soleil n’envoie pas de facture" (Franz Alt) et comme l’écrivait Hermann Scheer : "Des temps inouïs s’ouvrent à nous, où le soleil offre son énergie aux hommes, aux animaux et aux plantes. Et cela dans de telles proportions que les besoins en énergie les plus extravagants d’une humanité encore bien plus nombreuse ainsi que du règne animal et végétal pourraient être satisfaits. Chaque année, le soleil offre 15000 fois plus d’énergie que n’en consomme la population mondiale…"

 

    J’ai développé mes doutes devant de tels espoirs dans mes deux ouvrages Ecosocialisme ou Ecocapitalisme (2001) et Les crises du capitalisme (2009). James Lovelock, chimiste de renom et fondateur de la théorie Gaia, a également émis de sérieux doutes sur l'engouement généralisé du tout au renouvelable. L’économiste et mathématicien Nicholas Georgescu-Roegen avait entrepris une étude sur l’énergie solaire. Il en avait conclu que l'énergie solaire était utilisable, mais pas soutenable. Il disait que les technologies pour utiliser l’énergie solaire requièrent plus d’énergie pour fabriquer les matériaux et appareils nécessaires qu’ils ne peuvent en produire pendant toute leur durée de vie. Bref, leur bilan énergétique est négatif, elles ne sont donc pas soutenables. La raison en est la faible densité en énergie du rayonnement solaire, une constante cosmologique. Georgescu-Roegen avait écrit ces lignes en 1978, qu'il a répétées en 1986 et 1992. Elle est évidemment rejetée par les fanatiques de l’énergie solaire. C’est là une vieille histoire. Mais encore récemment, j’ai lu dans un éditorial de la Süddeuyesche Zeitung: "L’espoir que le monde pourra bientôt se tourner vers des énergies alternatives et s’approvisionner directement à la source solaire est naïf. … Il n’y a pas de formule pour une transition énergétique mondiale qui soit rapide et indolore." (Karl-Heinz Büschemann, SZ, 19.3.2011). Transition ou pas, à long terme, l’impact fera très mal : il s’agira ni plus ni moins que de la fin de notre bien-aimée civilisation industrielle.

 

    La controverse est loin d’être vidée. D’un côté, la recherche technologique se poursuit; c’est l’espoir qui meurt le dernier. D’une autre côté, toutes les énergies renouvelables sous forme de courant – à l’exception de l’énergie hydraulique –  ont encore toujours besoin de subventions diverses pour être rentables, même l’énergie éolienne, dont le bilan énergétique  semble pourtant légèrement positif. Ces subventions proviennent des profits de l’économie, qui fonctionne en grande partie grâce à l’énergie fossile ou nucléaire. Les énergies renouvelables sont donc encore toujours des parasites vivat grâce aux énergies conventionnelles.

 

    La controverse devra être vidée dans la décennie qui vient. Mais la situation actuelle me laisse profondément sceptique. L’Inde est un pays où le soleil brille généreusement et où les vents soufflent en abondance. Pourtant les Indiens voient leur avenir énergétique plutôt du côté du nucléaire et des ressources fossiles. Pourquoi donc? Une autre source de mon scepticisme c’est l’absence de technique d’accumulation convaincante. Ainsi si l’on voulait stocker de l’énergie renouvelable par exemple sous forme d’hydrogène liquide, 90 % de l’énergie récoltée serait consacrée au processus de transformation.

 

    Dans le contexte de la menace croissante de la crise climatique et compte tenu de sa déception quant aux énergies renouvelables, Lovelock a plaidé pour la construction de centrales nucléaires avec comme argument que nous ne pouvons pas empêcher les générations futures de bénéficier du niveau de vie dont nous bénéficions. Il considérait que les risques étaient jouables. Mais manifestement, il ne lui est pas venu à l’esprit que l’uranium aussi est une ressource non renouvelable.

 

    Pour ceux d’entre nous qui ne veulent pas ignorer les faits mentionnés ci-dessus et les doutes qui en découlent, il est à conseiller de nous préparer à une autre forme de civilisation, plus sobre. Il existe un proverbe saoudien qui dit : "Mon grand-père montait un chameau, mon père conduisait une auto, je pilote mon jet privé, mon fils montera un chameau."

 

    La voie vers cette nouvelle civilisation sera plus facile à prendre si nous avons d’abord créé une société égalitaire.

 

[Saral Sarkar]

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article