Pas d'issue aux grands défis de l'humanité (pétrole, eau, famines, biodiversité, érosion, climat...) sans changement de paradigme et TOTALE remise en question tant au niveau individuel que pluriel (mode de vie, économie, progrès…)
Au milieu du XIXème siècle, l'Irlande sous domination britannique a testé en vraie grandeur les principes libéraux énoncé par Adam Smith, Jeremy Bentham et Thomas Malthus. Bilan: 1,5 million de morts et 2,5 millions d'émigrés.
Le vendredi 13 juin 2008, cette même Irlande rejette le projet de constitution Européen, qui n'est rien d'autre qu'une liturgie du libéralisme dans le droit sillon des Etats-Unis.
Pour bien comprendre ce qui s'est passé au milieu du XIXème siècle, je vous conseille la lecture d'un article d'Ibrahim Warde datant de juin 1996: Quand le libre-échange affamait l’Irlande. Voici ce que vous pourrez notamment y lire: "En août 1847, en pleine « année noire» («Black 47»), au cours de laquelle 18,5 % de la population irlandaise vont périr, Lord Clarendon, représentant du gouvernement en Irlande, résume le dilemme de ce dernier en s’adressant au premier ministre : «Nous serons critiqués quoi qu’il arrive : si nous les laissons vivre, les économistes nous critiqueront ; si nous les laissons mourir, les philanthropes nous critiqueront. Quel camp choisissez-vous ?» Pour sa part, Sir George Gray, ministre de l’intérieur, déclare : «Il se pourrait que le gouvernement soit blâmé parce qu’il laisse les gens mourir, mais nous serons critiqués beaucoup plus sévèrement si nous avançons des fonds publics.»".
"Dans l’histoire de la libéralisation des échanges commerciaux, la famine irlandaise est généralement réduite à une parenthèse, dans la mesure où elle fut le prétexte qui obligea les derniers récalcitrants à accepter l’abolition des droits de douane."
Aujourd'hui, c'est une famine mondiale qui se profile. Autre temps, mêmes dogmes, autre échelle!
"Nous sommes convaincus que les réformes contenues dans le traité de Lisbonne sont nécessaires pour rendre l'Europe plus démocratique et plus efficace et qu'elles lui permettront de répondre aux défis auxquels sont confrontés ses citoyens". Voilà le message des "représentants" des 18 Etats-Membres signataires...
Quelle hypocrisie! Le smog libéral est tel qu'ils ne savent plus ce démocratie signifie. Dans démocratie il y a dêmos pour le "peuple" et krátos pour le "pouvoir", "la souveraineté". Ca signifie donc, la "souveraineté du peuple".
Où est "la démocratie" alors que le traité soi-disant modifié à été ratifié en douce par 18 Etats-Membres le 13 décembre 2007 en fin d'année et préparatif de fête et sans grand bruit médiatique? Après signature des ploutocrates convaincu, le paquet fumant est prêt pour les hésitants. Après tant de travail et de signatures, un refus passera facilement pour anti-constructif et malvenu...
Et pourtant, que ce soit sur le fond comme sur la forme, ce traité constitutionnel Européen est désespérément complexe, honteux et hypocrite. C'est un traité pour la ploutocratie (TRAITE DES PLOUTOCRATES) et non pour la démocratie.
Sur la forme
Le principal auteur de la Constitution : "Une dernière trouvaille consiste à vouloir conserver une partie des innovations du Traité constitutionnel, et à les camoufler en les faisant éclater en plusieurs textes. Les dispositions les plus innovantes feraient l'objet de simples amendements aux traités de Maastricht et de Nice. Les améliorations techniques seraient regroupées dans un Traité devenu incolore et indolore. L'ensemble de ces textes serait adressé aux Parlements, qui se prononceraient par des votes séparés. Ainsi l'opinion publique serait-elle conduite à adopter, sans le savoir, les dispositions que l'on n'ose pas lui présenter "en direct !" Valéry Giscard d'Estaing, Le Monde, 14 juin 2007
Le principal auteur de la Constitution "Ce texte est en fait, le retour d'une grande partie de la substance du Traité Constitutionnel" Valéry Giscard d'Estaing, The Daily Telegraph, 27 juin 2007
Le Parlement européen "se félicite (...) que le mandat préserve en grande partie la substance du traité constitutionnel" Article 8 de la résolution adoptée par le Parlement européen le 11 juillet 2007 – Rapport Leinen A6-0279/2007
La Commission européenne "C'est essentiellement la même proposition que l'ancienne Constitution" Margot Wallstrom, Commissaire européen, Svenska Dagbladet, 26 juin 2007
Plus d'informations dans le bulletin de janvier 2008 du site www.societal.org
Sur le fond
Ce serait vraiment trop long à énumérer mais vous pouvez consulter le traité sur le site www.traite-de-lisbonne.fr
Je ne vais citer ici que l'article 56 et 108 sur la libre circulation des capitaux et sur le pouvoir des banques, mais il y aurait des tonnes de choses à dire sur la libre circulation des travailleurs, les politiques relatives à l'asile et à l'immigration ("directive retour") ou celles relatives à l'agriculture (PAC) et la pêche…
L'article 56
1. Dans le cadre des dispositions du présent chapitre, toutes les restrictions aux mouvements de capitaux entre les Etats membres et entre les Etats membres et les pays tiers sont interdites.
2. Dans le cadre des dispositions du présent chapitre, toutes les restrictions aux paiements entre les Etats membres et entre les Etats membres et les pays tiers sont interdites.
L'article 108
Dans l’exercice des pouvoirs et dans l’accomplissement des missions et des devoirs qui leur ont été conférés par les traités et les statuts du SEBC et de la BCE, ni la BCE, ni une banque centrale nationale, ni un membre quelconque de leurs organes de décision ne peuvent solliciter ni accepter des instructions des institutions, organes ou organismes de l’Union, des gouvernements des Etats membres ou de tout autre organisme. Les institutions, organes ou organismes de l’Union ainsi que les gouvernements des Etats membres s’engagent à respecter ce principe et à ne pas chercher à influencer les membres des organes de décision de la Banque centrale européenne ou des banques centrales nationales dans l’accomplissement de leurs missions.
En d'autre terme, l'article 56 est une ode à la libre circulation des capitaux spéculateurs et destructeurs. Aujourd’hui, seul 2 % des transactions financières mondiales concernent l’échange réel de biens et de services ; 98 % des transferts d’argent ont lieu à des fins spéculatives (Margrit Kennedy). Et l'article 108 donne pleins pouvoir aux banques. Le tout parfaitement cadenassé sans aucun moyen d'action ou de correction des Etats, du peuple, du politique. Comment ne pas frémir à la lecture de ces deux articles suite à la crise du "subprime" qui secoue encore l'économie mondiale?
Les tenants de l'autonomie bancaire augureront que la liberté d'émission par des Etats ou le politique pratiquée par le passé eut des résultats hyper-inflationnistes (Voir Monnaie et inflation: Question Réponses). Ah, voilà le spectre inflationniste qui vient nous hanter, comme un revenant. Mais l'inflation, Messieurs les monétaristes et les libéraux, ce n'est que l'addition de toutes les variables que les économistes ont oublié de mettre dans leurs modèles.
Vu le caractère vital d'une monnaie pour une société (DOGME4 et DOGME5) il est essentiel que sa gouvernance revienne au politique et non à une bande de banquiers avides. L'argent est le sang du corps de l'humanité et son contrôle ne devrait relever que de la tête (politique) et non de l'un de ses organes (banque)! Car en ce cas, même si la tête n'en fait qu'à sa tête, guidé par un idéal humaniste et démocratique, il sera toujours possible de changer pour une tête plus sage et plus représentative de nos vertus et non de nos vices.
Ce NON au traité de Lisbonne ne va rien changer dans les faits puisque la grande majorité des articles existent déjà dans les autres traités et qu'ils sont déjà indéboulonnables (l'article 108 du traité de Lisbonne par exemple n'est qu'une transcription de l'article 104 du traité de Maastricht: www.fauxmonnayeurs.org).
Cependant, d'une manière moins spectaculaire que les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis, ce NON est une victoire hautement symbolique pour l'Europe et la démocratie!
Petit à petit, le citoyen Européen prend conscience que la construction Européenne n'est qu'un subtil miroir d'une Amérique pro-libérale, terriblement énergivore, polluante et profondément meurtrie par la perte de ses acquis sociaux.
Pour conclure, j'aimerais reprendre un passage d'un texte d'Attac sur le traité constitutionnel.
Le document de la Convention institutionnalise la concurrence comme voie essentielle d’allocation des ressources. Pour marteler ce dogme, il rappelle à quatre reprises que la politique économique est conduite VERS UN TRAITÉ CONSTITUTIONNEL EUROPÉEN "conformément au respect du principe d’une économie de marché où la concurrence est libre". Toutes les autres politiques sont subordonnées à ce principe.
Un autre article sur Agoravox: Merci aux Irlandais qui ont dit non à l’« Europe des élites » ?