"Développement durable". Sujet à interprétations diverses, ces deux mots ont déjà été totalement phagocytés par les grands de ce monde. Le "World Business Council of Sustainable Development (WBCSD)" www.wbcsd.org comprend tous les grands pollueurs de la planète: Monsanto, Bayer, Nestlé, EDF, Suez, ABB, Texaco, Total-Fina…
Un bête exemple, l'industrie du ciment participe au WBCSD. Il n'y a pas plus polluant au niveau des gaz à effets de serre. Idem pour l'industrie des engrais (N2O et nitrates) avec Bayer ou Syngenta… Comment ces industries pourraient-elles se remettre en question? Comment leur faire comprendre qu'il faut construire des maisons en paille et argile (plus isolant et plus efficace) comme le faisaient les anciens? Comment leur faire comprendre qu'il faut cultiver "bio" (plus goûteux et plus durable) pour ne pas détruire la terre? Ce serait scier la branche sur laquelle ces géants financiers et industriels sont assis. Ils ne sont pas prêts à se remettre en question comme nous ne sommes pas prêts. Ils ne sont pas prêts à changer de paradigme. Nous n'avons pas tiré les leçons de la tour de Babel. En cela, la crise climatique et les autres (eau, pétrole, biodiversité, démographie…) sont éminemment "pédagogiques". Sinon pourquoi, toutes ces initiatives que nous pensons bonnes au départ, s'avèrent finalement mauvaises? Je pense, entre autre, aux agro-carburants, aux OGMs, aux nanotechnologies, au microcrédit, au commerce équitable, au nucléaire, à la plantation d'arbres dans l'hémisphère Sud, etc.
"Développement durable" est le nouvel oxymoron contemporain. Un oxymore consiste à rapprocher deux mots qui semblent contradictoires. Nous avions déjà une "guerre propre" ou une "économie solidaire" ou encore "mondialisation à visage humain", nous avons maintenant le "développement durable". L'avantage d'un oxymore c'est qu'il satisfait tout le monde, les écolos comme les industriels, et qu'on peut y mettre tout ce qu'on veut. C'est pour cela que je suis pour la décroissance parce qu'au moins ce mot là ne pourra pas être pervertit. C'est un mot qui choque mais c'est fait exprès, il faut prendre le contre-pied de l'idéologie dominante.
Non ce n'est pas par le développement durable et le progrès technologique que nous y arriverons mais bien par une nouvelle approche fondée sur la frugalité, le partage et la recherche d'un bien-être autrement plus philosophique et spirituel que maintenant. Avons-nous réellement besoin de fusées ou de machines pour comprendre, découvrir l'espace ou rencontrer Dieu?
Je regrette que le monde occidental se soit toujours imposé par la force en prétendant détenir la vérité. Tant de tribus et de peuplades primitives massacrées sur l'autel mercantile d'une vision occidentale terriblement réductrice. Ces gens, ces peuples n'avaient-ils pas quelque chose à nous apprendre? Leur rapport à la terre, au monde, aux vents, aux astres, aux autres, à leurs ancètres... Ils vivaient bien avant nous et sans déprédation sur leur milieu. Ils avaient compris qu'ils devaient faire AVEC ce merveilleux cadeau offert (la terre, l'eau, la vie) et non se battre CONTRE cette condition imposée (l'érosion, les inondations, la mort).
Pour conclure, il faut:
• limiter l'extraction des ressources (éco-taxes) voire l'interdire
• favoriser les produits et services qui limitent notre impact écologique (vélo, transports en commun, …)
• protéger l'agriculture vivrière des pays du sud et les accompagner dans leur autonomisation
• redéfinir les indicateurs de richesse, y intégrer les coûts sociaux et environnementaux
• se donner une véritable éthique de la connaissance scientifique
• redéfinir la frontière entre le nécessaire et le superflu, concevoir des limites à nos activités, renoncer à la société de l'éphémère et redonner sa place au temps long
• promouvoir la coopération et l'émulation plutôt que la compétition, l'altruisme plutôt que l'égoïsme, orienter l'éducation et la recherche vers les vrais besoins des hommes et la préservation des écosystèmes.