Pas d'issue aux grands défis de l'humanité (pétrole, eau, famines, biodiversité, érosion, climat...) sans changement de paradigme et TOTALE remise en question tant au niveau individuel que pluriel (mode de vie, économie, progrès…)
Le capitalisme, armé de sa seule loi du marché, est capable, nous dis-on, de réaliser cette précieuse alchimie de transformation de l'or en plomb, de l'égoïsme en altruisme. Mais il butte sur une contradiction majeure! Celle-ci: en voulant mettre l'égoïsme de chacun au service de tous, il en vient à légitimer celui-ci. Mieux encore, il fait de l'égoïsme une "vertu" économique et, au bout du compte, une vertu tout court. (...) Ainsi la démocratie de marché place-t-elle exactement en son centre cela même qui menace sa survie. (...) Telle est bien l'ambiguïté sur laquelle achoppe aujourd'hui une modernité qui, après la déconfiture des autres modèles, tend à faire du marché non point une composante de l'organisation sociale, mais la seule. (...) A-t-on jamais connu, dans l'Histoire, une civilisation dont le "vice" (selon les propres termes de Mandeville) serait le fondement principal ? Telle est la question. Dans une démocratie intégrale, le "vice" de la cupidité devra être tout à la fois célébré pour son efficacité productive et combattu pour sa dangerosité sociale. Programme schizophrénique. [pp. 59 à 61 de La Refondation du monde par Jean-Claude? Guillebaud – 1999 – Seuil]
Malgré la volonté politique souvent affichée, les problèmes majeurs de l'humanité (changements climatiques, famines, pénuries d'eau, démographie galopante, blocages sur les questions de santé et les médicaments génériques pour les pays du sud, etc) ne se règleront pas avec le libéralisme économique actuellement pratiqué: les règles du jeu font intervenir un égoïsme incompatible avec l'altruisme nécessaire pour y parvenir. Seul un changement de paradigme quant à la fonction économique elle même permettrait d'en sortir; il faut non seulement redéfinir les objectifs du marché et ses règles, mais aller jusqu'à repenser complètement le but même de l'économie. Il faut faire comprendre aux populations et aux dirigeants que le but de l'économie ne doit pas être de fabriquer de l'argent, mais de fournir à l'humanité les moyens de sa survie à long terme. Le marché concurrentiel et l'égoïsme à court terme, en autant qu'ils ont été utiles et même nécessaires pour "amorcer la pompe" industrielle et scientifique, ne sont évidemment pas des outils adaptés pour y parvenir.
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