Pas d'issue aux grands défis de l'humanité (pétrole, eau, famines, biodiversité, érosion, climat...) sans changement de paradigme et TOTALE remise en question tant au niveau individuel que pluriel (mode de vie, économie, progrès…)
Dans ce deuxième article sur FORTIS, nous allons essayer de comprendre les raisons véritables d’une telle dépréciation de son action en bourse [1] (-84,5% en dix-sept mois) alors que la crise des « subprimes » n’avait affecté ses comptes 2007 que de -2,5MD€.
Mieux, cette provision « subprimes » représente un « manque à gagner » bien plus qu’une perte puisque, grâce à l’Etat belge, FORTIS a pu annoncer un bénéfice net de 4MD€. Sans les cadeaux fiscaux en 2007, et sans une reprise de provisions antérieures « bidon », FORTIS aurait dû enregistrer un bénéfice net d’environ 1,5 milliard d’euros…
Il est donc intéressant de comprendre les raisons d’une telle incohérence apparente : pourquoi un banquier & assureur si diversifié - qui a engrangé pratiquement autant de bénéfices en 2007 (3,994MD€) qu’en 2006 (4,352MD€) et en 2005 (3,941MD€) - subit-il une dépréciation de son cours de bourse ?
F « Le marché » soupçonne-t-il cette banque de lui avoir caché des pertes et des actifs douteux? Dans ce cas, nous avons toutes les bases d’un nouveau scandale.
F FORTIS représente-t-il la fin d’un modèle ? Un tsunami pourrait-il « emporter » ce type de banquier – assureur européen ?
Premiers responsables : la classe politique belge.
D'un côté, une Haute Finance belge majoritairement Flamande avec KREDIT BANK - CBC, FORTIS, ING... et AXA BELGIUM en quasi-monopole sur le marché belge des assurances après avoir racheté tous ses concurrents wallons, flamands et suisses. C’est ce que l’UNION EUROPEENNE appelle « la concurrence libre et non faussée » : pratiquement toute la Belgique appartient à ces quatre groupes de la bancassurance.
En face, la Région Wallonne, gouvernée par les apparatchiks socialistes, regarde passer les trains de liquidités wallonnes (les économies libres et forcées des Wallons) vers les Flandres, la Hollande, New-York, Chicago (le plus grand marché de la spéculation sur les matières premières, produits de base alimentaires et métaux de base) et Londres (autre grand marché de la spéculation sur les métaux rares et précieux).
Mieux, avec les économie des Wallons, DEXIA propose aux collectivités régionales et locales (sans le sou) de leur racheter les écoles, les hôpitaux et les équipements sociaux & sportifs pour leur faire signer des baux emphytéotiques de longue durée prévoyant des loyers à prix d’or pendant trente ans ou plus.
Ensemble, les responsables politiques wallons et flamands n’ont pas cessé de faire des cadeaux fiscaux démesurés à ces groupes financiers sans scrupules… Or, non satisfaits de leurs richesses existantes, ils sont tous partis à la conquête des pays de l’Est, de la Roumanie, de la Turquie, de la Chine et même de l’Amérique Latine…
En 2007, FORTIS a notamment racheté une grande banque polonaise, la DOMINET, et elle affichait encore (dans son rapport 2007, publié en avril 2008) une volonté de conquêtes encore plus grandes, malgré la confirmation des difficultés manifestes au niveau de sa gestion des liquidités. La Pologne ? Pour faire quoi ? Pour racheter les terres fertiles et les plus belles (et rares) entreprises polonaises… La conquête du monde ? Pour organiser le convoi de nouveaux trains de liquidités, pour organiser de nouveaux réservoirs de main d’œuvre bon marché et servile, pour posséder plus et toujours plus… Ces gens de la Haute Finance sont des malades psychiatriques : ils veulent plus, toujours plus, par cupidité, mais ils ne savent même plus ce qu’ils veulent…
Cette stratégie de la Haute Finance Belge mettra tous les Belges sur la paille: les Flamands, les Bruxellois, les Wallons (déjà mal en point) et finalement toutes les Régions européennes. FORTIS est le premier avertissement, et c’est un très gros risque pour l’avenir de la Belgique.
Deuxièmes responsables : les cabinets d’audit.
Pour l’audit et la révision des comptes (le commissariat aux comptes), on retrouve les mêmes poids lourds dans toute l’Union Européenne : KPMG et PRICEWATERHOUSE.
Pour la petite histoire, il faut se souvenir du scandale d’ENRON dont les comptes étaient révisés par le Cabinet ARTHUR ANDERSEN. L’histoire s’est très mal terminée : des erreurs de révision, des certifications douteuses, des destructions de preuves et la dissolution mondiale de ce cabinet… dont les équipes ont été récupérées essentiellement par nos deux compères. Enfin, il faut savoir qu’une entreprise (banque comprise) peut révoquer ses contrôleurs quand elle le veut : le système n’est pas sain car les rapports gênants conduiraient les contrôleurs au chômage.
Or, sans pouvoir suivre le dossier avec autant de moyens et de façon aussi régulière que ces cabinets d’audit, nous avions constaté que FORTIS avait déprécié ses actifs de -2,5MD€ (presque 4MD$) dans ses comptes 2007. Ce signal d’alerte n’a pas été pris au sérieux par tous ces contrôleurs alors que, dans le contexte tumultueux des « subprimes », la Haute Finance (européenne et américaine) en était venue à « ignorer » le contenu réel des « produits dérivés » qu’elle détenait en portefeuille.
Mieux, pour fuir la chute des marchés immobiliers aux Etats-Unis mais aussi en Espagne, en Irlande et en France, les financiers de tous bords avaient quand même pris des positions spéculatives très élevées sur tous les marchés à terme des énergies, matières premières, produits agricoles, métaux précieux, métaux ferreux et non ferreux, spéculation contre le dollar… Durant cette année 2007, rien n’avait échappé à leur cupidité, et FORTIS avait été très active sur tous ces marchés, y compris sur « le marché des droits à polluer ». En fait, le signal des provisions « subprimes », constituées par FORTIS à fin 2007, ne représentait qu’une goutte d’eau par rapport à l’océan des risques pris par cette banque. Il y avait même un indicateur TRES CLAIR qui n’a pas échappé aux requins ennemis… mais qui a échappé aux réviseurs et aux partenaires sociaux !
Il suffisait de regarder ce que les financiers appellent « les bas de bilan » : à l’actif, le poste « Trésorerie & équivalents de trésorerie» (26,36 MD€), les « Actifs détenus à des fins de transaction » (74,80MD€) et les « Créances sur les banques » (119,94MD€) représentaient un quart du bilan du banquier - assureur (220,20 MD€ sur un total bilan de 871,18MD€).
Or, pour financer ces opérations de trésorerie, FORTIS affichait des passifs à très court terme plutôt dangereux : des « Passifs détenus à des fins de transaction » (89,59 MD€) et des « Dettes envers les banques » (193,43MD€), soit un total de 282,02MD€ ou près d’un tiers de son bilan.
Un « trou » de 60MD€ dans les bas de bilan! Il est clair que le commun des mortels connaît mieux les règles de prudence que le staff et les contrôleurs flamands de FORTIS : quand le temps est à l’orage, il ne faut surtout pas compter sur le parapluie de son voisin (endettement) et il est préférable de se mettre à l’abri, chez soi, plutôt que de se réfugier précipitamment sous le seul arbre disponible (marché monétaire) dans un environnement aussi dangereux.
En bref, dans un contexte de méfiance généralisée et de guerre des liquidités, cette situation n’était pas saine, et il fallait examiner de très près la « qualité » des actifs à très court terme de FORTIS parmi lesquels il devait y avoir des achats & ventes à découvert ainsi que des call & put warrants très risqués.
Troisièmes responsables : la BNB et la BCE.
Par ailleurs, la BANQUE NATIONALE DE BELGIQUE et la BANQUE CENTRALE EUROPENNE avaient tous les moyens et toute l’autorité nécessaire pour « auditer » (elles aussi) la qualité des actifs et des passifs à très court terme de toutes les grandes banques commerciales. Elles n’ont rien fait !
Quatrièmes responsables : les syndicats.
Tout le monde attendait les comptes du premier semestre 2008, et ceux-ci ont révélé les faiblesses et les risques qui se trouvaient déjà dans la crèche de Noël et dans les cadeaux empoisonnés du Nouvel An 2007.
Or, les syndicats sont régulièrement informés des évolutions économiques et financières dans le cadre de diverses réunions de Conseils d’Entreprise [2], au niveau local, national et européen. Ils n’ont rien vu, eux non plus. Et pourtant, ils reçoivent et ils peuvent recevoir des sommes importantes pour faire analyser les comptes par des spécialistes, et même pour contrôler les contrôleurs.
C’est ce qu’ils font quand il y a des situations de blocage sur les conditions de travail et de rémunération… mais ils préfèrent utiliser leurs officines ou les copains - coquins pour faire ces analyses… Et, bien sûr, les analyses comptables ne suffisent pas car il faut une bonne connaissance des « marchés » et des « Lois du Marché » pour détecter les pratiques douteuses.
Les syndicats de FORTIS ont regardé passer les trains, eux aussi, car ils ont validé à deux reprises (fin 2006 et fin 2007) l’immense escroquerie fiscale des « intérêts notionnels » (Cfr. Notes 2 et 3 de l'article Belgique, pays de grosses légumes)… au nom des intérêts mal compris des salariés de leur groupe. Puis, ils ont négligé l’analyse de comptes de FORTIS BANQUE Belgique à fin 2007. Et le 24/09/2008, ils viennent encore de rater le wagon en restant passifs devant les comptes semestriels.
Or, que disaient ces comptes ? Ils disaient que les profits - avant opérations de désinvestissement - étaient excellents : 1,6 MD€ pour le 1° semestre 2008 (SI-2008) contre 0,8MD€ pour le 1° semestre 2007 (SI-2007). Par contre, ils annonçaient de nouvelles provisions (pertes non réalisées mais très probables) à hauteur de -4,77MD€, écriture qui n’a donné lieu à aucune demande d’explications particulières de la part des syndicats. Une partie de ces provisions trouverait réponse dans le poste GOODWILL à hauteur de -4,63MD€ : FORTIS admet donc avoir surpayé ses acquisitions récentes (ABN-AMRO, DOMINET et autres) en provisionnant près de 5MD€ sans avoir totalement bouclé leur financement… Bigre !
Par contre, une autre écriture méritait des demandes d’explications très sérieuses de la part des syndicats : FORTIS fait apparaître un risque opérationnel de 15.868 millions d’euros ou 15,87 MD€ sur ses activités bancaires (contre un risque nul à fin 2007)… tout en réduisant considérablement le chiffrage total de ses « risques sur crédits » (-33MD€) et de ses « risques sur marché » (-10MD€). Mystère !
Cinquièmes responsables : les Administrations Fiscales.
Tout cela est « un peu léger » car, derrière tous ces chiffrages, l’application des fameux « intérêts notionnels » (Cfr. Notes 2 et 3 de l'article Belgique, pays de grosses légumes) mériterait un audit des bases de calcul utilisées par FORTIS. En effet, c’est le montant du capital social – en valeur marché – qui semble avoir été utilisé pour les déductions fiscales et 2006 et 2007, et celui-ci a fondu comme neige au soleil… Comme ces règles fiscales sont « curieuses », nous sommes curieux de voir ce que va en dire « le fisc » belge? FORTIS va-t-il enfin payer des arriérés d’impôts à l’Etat belge au moment où sa trésorerie vacille ? Ou bien, va-t-il se séparer d’une partie de ses bons actifs à hauteur de 10 à 15 MD€ pour payer une partie de ses dettes aux citoyens belges ? Les syndicats vont-ils continuer à encourager les fraudes fiscales légalisées ? L’Etat belge va-t-il cesser enfin d’obéir aux ordres de ces lobbyings suicidaires ? Une histoire belge à suivre…
Dans la série : « Les Impôts ? Ce n’est pas pour nous, mais pour les autres ! », il est indispensable de reprendre toutes les provisions techniques d’assurance que personne n’a auditées depuis plus de trente ans dans aucun pays de l’Union Européenne. Or, pour information, ces réserves techniques d’assurances (vie et non - vie) représentaient un montant total de 5 .333,4 MD€ à fin 2007 au sein de la seule Zone Euro : des réserves qui ont échappé à toute forme de taxation et d’imposition. Et là, ce n’est plus tout à fait une histoire belge !
FORTIS s’est vu au-dessus de toutes les lois en cueillant les étoiles à pleines brassées grâce aux spéculations, exactement ce que faisaient toutes les banques d’affaires de New-York. Ce groupe a tout simplement « oublié » qu’il vaut mieux enrichir une multitude de petits clients plutôt que de créer un désert… en enrichissant quelques nouveaux riches sans patrie. Aucune de ces banques n’a résisté : BEAR STEARNS, LEHMAN BROTHERS, MERRILL LYNCH… Même GOLDMAN SACHS et MORGAN STANLEY ont changé de statut pour « coller » au métier de base des banquiers. Les assureurs, eux aussi, sont condamnés à revenir à leur métier de base en enrichissant leurs clients plutôt qu’en spéculant et en détruisant leurs droits essentiels. AIG, ALLIANZ et AXA ont tiré sur toutes les ficelles pour acquérir une puissance phénoménale en moins de quarante ans. A quoi cela leur sert-il ? A préparer leur prochaine disparition, tout simplement !
FORTIS, prochaine et dernière victime d’un tsunami financier ? Pas sûr mais le rouleau compresseur se dirige bien vers nos côtes Zéro-Landaises avec l’apparence d’une vague sans danger !
Merci de réagir, et surtout de faire réagir le plus grand nombre d’entre nous,
Pour une Autre Europe…
Et (bien sûr) pour un Autre Euro…
JUNON MONETA
Le texte au format PDF est disponible ICI