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Pas d'issue aux grands défis de l'humanité (pétrole, eau, famines, biodiversité, érosion, climat...) sans changement de paradigme et TOTALE remise en question tant au niveau individuel que pluriel (mode de vie, économie, progrès…)

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Des fonds publics pour le photovoltaïque

De plus en plus, nos concitoyens prennent conscience de la nécessité d’agir pour le climat et d'adapter  leurs logis en conséquence. Mais quel choix vont-ils faire face aux aides publiques qui sont aujourd’hui consenties ? Vont-ils chercher à maximiser les économies d'énergies où vont-ils plutôt privilégier la rentabilité financière? Cette brève analyse vous convaincra sans aoute qu’ils opteront majoritairement, hélas, pour la seconde solution..


Par Benoît Spies & Baptiste Buxant http://www.natpro.be/photovoltaique_1.html

Valériane Nr 71, mai/ juin 2008

 

Bien sûr, nous ne désespérons pas que votre décision personnelle soit finalement favorable au devenir de notre planète. Il est toutefois permis de douter de la pertinence des aides publiques actuelles en regard de la nécessité absolue de lutter contre le réchauffement climatique. Portons d’un simple exemple pour illustrer notre propos.
Investir dans les économies d’énergie


Soit donc monsieur Dupond qui dispose d’une appréciable somme d’argent. Il est prêt à l’investir dans les économies d’énergie et estime, après une première analyse, que plusieurs actions sont envisageables dans le cadre du logement dont il est l’heureux propriétaire. Il a retenu trois actions passibles


1/. l’isolation par l’extérieur d’un pignon aveugle
, un de ces pignons aveugles comme on en rencontre très sauvent. Le mur, d’une épaisseur de briques de trente—deux centimètres, a une surface de quatre-vingt mètres carrés. Le toit de monsieur Dupond est, fort heureusement, très bien isolé ses chêssis et vitrages figurent parmi les plus performants, et il dispose d’une chaudière haut rendement (HR) au gaz naturel.


2/. l’installation d’un système de panneaux solaires thermiques pour la préparation de son eau chaude sanitaire. Les voisins de monsieur Dupond, d’authentiques écologistes de la première heure, lui vantent semblable équipement depuis de longues années déjà...


3/. l’installation de panneaux solaires photovoltaïques. C’est incontestablement dans l’air du temps. S’offrir la bonne conscience du pionner, quelle volupté! Le suspense est donc entier. Amis lecteurs, à votre avis, que va faire monsieur Dupond ?


Monsieur Dupond fait ses calculs

Attention ! Sachez vous en convaincre : monsieur Dupond n’est ni un fat, ni une girouette. En citoyen parfaitement conscient des responsabilités qui lui incombent, il prend ses renseignements, compare longuement les informations et fait soigneusement ses calculs.


Voici les hypothèses sur lesquelles travaille monsieur Dupond, pour sa propriété qui est située dans le Brabant Wallon. Quelle sera, tout d’abord, la durée de vie des investissements ? Il postule raisonnablement que l’isolation du mur tiendra quarante ans, quant aux panneaux thermiques et photovoltaïques, il leur prête une durée de vie de vingt ans. Pour le chauffage au gaz, il table sur un rendement de sa chaudière de 90%, sur un prix de 7 centimes d’€ par kWh utile et sur une augmentation annuelle du prix du gaz de 6 %. Quant au prix de l’électricité, il le situe à 19 centimes d’€ par kWh, avec une augmentation annuelle de 4%. Monsieur Dupond sait aussi qu’il pourra vendre des certificats verts au tarif de 92 € par certificat ; il table sur un taux d’actualisation de 4%.


Après avoir sollicité et étudié différents devis, monsieur Dupond établit son budget d’installation :

·         pour les panneaux photovoltaïques : une puissance de 1200Wc lui coûtera 8.400 € ; les coûts d’entretien seront nuls ;

·         pour l’installation solaire thermique : quatre mètres carrés de panneaux pour une production annuelle utile de 350 kWh par mètre carré lui coûteront 6.000 € ; les coûts d’entretien seront nuls ;

·         pour l’isolation extérieure enfin – huit centimètres d’EPS et un crépi – lui reviendront à 140 € du mètre carré.


Monsieur Dupond a même évalué ses émissions de gaz carbonique : 456 kilos de CO2 par MWh d’électricité utilisée, et 251 kilos de CO2 par MWh de gaz naturel consommé…


Un tableau particulièrement édifiant

Monsieur Dupond a enfin tout analysé avec minutie ; il a tout décortiqué afin de déterminer la mesure qui sera incontestablement la plus intéressante pour lui. Il aboutit au tableau suivant… et il n’en croit pas ses yeux !

 

 

Coût  (1)

Coût   (2)

Réduction
émissions
CO2 (3)

Aides
publiques (4)

Aides publiques (5)

Temps de retour simple (6)

Rentabilité (TRI) (7)

Isolation du mur

11.200

131

85,2

23

5,9

14

8,2

Panneaux solaires thermiques

6.000

768

7,8

654

164,1

10

7,6

Panneaux photovoltaïques

8.400

856

9,8

1.558

391

3

23,7

(1) en euros / (2) en euros par tonne de CO2 évitée / (3) en tonnes / (4) en euros par tonne de CO2 évitée / (5) en euros par MWh primaire économisé / (6) en années / (7) en pourcentage

 

Alors ? Selon vous, que fera Monsieur Dupond ? Sans doute va-t-il installer des panneaux solaires photovoltaïques et se féliciter de la rentabilité de son investissement ? Cela même s’il s’agit de la mesure la moins efficace pour réaliser des économies d’énergie ! L’opération coûtera à la collectivité 1.558 euros par tonne de CO2 évitée et permettra d’épargner 9,8 tonnes de CO2 seulement sur vingt années…
 

A la lecture du tableau, on peut constater aisément qu’un euro investi dans l’isolation du mur est six fois plus efficace, d’un point de vue énergétique, que s’il est investi dans l’installation de panneaux solaires thermiques ou photovoltaïques. Cependant, l’isolation du mur est franchement moins intéressante d’un point de vue financier, lorsqu’on intègre les aides publiques, que l’acquisition de panneaux solaires photovoltaïques. Cette contradiction découle du fait que des aides publiques plus importantes sont octroyées aux mesures moins efficaces. Ainsi, la mesure la plus utile énergétiquement devient-elle la moins intéressante d’un point de vue financier ! On voit, en effet, dans la sixième colonne du tableau, que l’aide publique consentie pour l’économie d’un MWh d’énergie primaire est soixante six fois plus importante pour le photovoltaïque que pour l’isolation des bâtiments. Qu’est-ce qui peut motiver pareille disparité ?


In fine
, c’est l’ensemble de la société qui est perdante car nos moyens financiers vont vers les mesures les moins efficaces. Nous savons tous, pourtant, qu’il reste peu de temps et de ressources pour tenter de créer une société offrant une qualité de vie satisfaisante malgré la raréfaction de l’énergie. Nous sommes, dès lors, en droit de nous poser des questions. Tous nos moyens et toute notre énergie ne devraient-ils pas se concentrer sur les mesures prioritaires ? A tout le moins, toutes les mesures ne devraient-elles pas être soutenues de manière équivalente et proportionnellement aux économies d’énergies qu’elles permettent ?


Les aides publiques auraient-elles d’autres objectifs ?


Peut-être l’un des objectifs secondaires de ces mesures était-il la création d’emplois, ou les retombées économiques ? Mais, hélas, la filière photovoltaïque est probablement la moins efficace de ce point de vue là aussi. Pour différentes raisons :

1. dans le cas d’une installation photovoltaïque, le coût des matériaux est largement prépondérant par rapport au coût de la main-d’œuvre. A l’opposé, le coût de l’isolation des bâtiments provient essentiellement de la main-d’œuvre nécessaire à la mise en œuvre. Et cela crée donc autant d’emplois, des emplois locaux et, principalement, peu qualifiés…


2. l’origine des équipements doit être examinée : dans le cas du photovoltaïque, ils ne sont pas produits localement. Les matériaux d’isolation, par contre, s’ils ne sont pas encore tous produits localement à ce jour, pourraient l’être facilement dans l’avenir…


3. le transport des matériaux
, plus ou moins important en fonction de leur origine, est lui aussi pénalisant pour le photovoltaïque en terme de consommation d’énergie primaire et d’émissions de CO2.


4. le développement d’une ligne de production de cellules photovoltaïque est peu probable en Wallonie vu l’intensité en capital que cela requiert et les risques financiers importants. Les modes de production sont très énergivores et nous n’avons, par ailleurs, même pas intégré ce point dans nos calculs. On considère souvent que deux ou trois années sont nécessaires avant qu’un panneau ait produit autant d’énergie qu’il en a fallu pour sa fabrication ! Il s’agit, par ailleurs, de procédés requérant peu de main-d’œuvre. De plus, pour qu’une ligne de production soit rentable, de gros volumes de production sont nécessaires. On assiste donc plutôt, dans ce domaine, à un phénomène de concentration plutôt qu’à une multiplication des sites de production.


5. concernant la réduction des coûts de production, le CSL (Centre Spatial de Liège) annonçait, lors de la conférence Edora du 26 janvier 2007, une réduction de 8% entre 2000 et 2003, et une légère augmentation des coûts de production depuis 2003. On n’observe donc pas de diminution significative des coûts à l’heure actuelle.


6. la méthode promue pour l’installation de panneaux photovoltaïque est contre-productive. En effet, mille mètres carrés de panneaux photovoltaïques installés sur un même site seraient de 50 à 60% moins chers que placés sur une centaine de toitures différentes. Il est, par ailleurs, peu probable que les toitures où l’on installera des panneaux soient toutes très bien orientées ou sans ombrage. Et que dire du suivi et de l’entretien de milliers d'installations ?...


7. on déplorera, pour terminer, l’aspect éducationnel de la question : les importantes campagnes d’information lancées autour de ces mesures n’améliorent pas la qualité de la perception qu’ont les citoyens des priorités en matière d’énergie. L’effet est inverse ; il suffit, pour s’en rendre compte, d’entamer la discussion avec le citoyen lambda…


Que conclure ?

En dépit de toute sa bonne volonté, notre cher monsieur Dupond n’est donc pas l’exemple qu’il faut suivre. Nous pensons vous en avoir convaincus et nous espérons qu’au contraire, vous prendrez vos responsabilités en optant pour l’investissement qui maximisera les économies d’énergie. Ce choix est, par ailleurs, le seul qui soit intéressant pour la collectivité, pour notre planète et donc, en fin de compte, pour vous également. Il est important de rappeler ici combien nos moyens sont limités. Que ceux qui affirmeraient le contraire nous expliquent, dans le même temps, pourquoi tant de personnes ont du mal à se chauffer…

Nous pensons qu’il est primordial de respecter les priorités qui s’imposent à nous en matière d’investissements visant à réduire notre consommation d’énergie. Or force est de constater que les mesures prises aujourd’hui pour promouvoir l’énergie photovoltaïque ne respectent pas cette notion élémentaire des priorités. Elles détournent, au contraire, des moyens financiers qui seraient dix à vingt fois plus efficaces ailleurs.

 

Un petit mot sur nature et progrès Belgique:

Les statuts officiels nous apprennent que “l'association  Nature  & Progrès Belgique” est l'émanation autonome des adhérents belges de l'association européenne d'agriculture et d'hygiène biologique (Nature & Progrès France). Nature & progrès est particulièrement actif dans tout ce qui touche à l'alimentation et l'hygiène de vie: agriculture et élevage biologique, éco-bio-construction, santé, etc.

 

Pour ceux qui souhaitent du concret, de l'action, du local et des contacts, un abonnement à Nature & Progrès est incontournable. Nature & Progrès cherche à atteindre 7000 membres dans les meilleurs délais possibles. Le nombre de membre joue, en effet, sur le poids politique de l'association, mais aussi sur son indépendance financière. Des milliers de personnes, en Wallonie et à Bruxelles, sont sensibles à nos combats. Mais trop peu d’entre elles se sont déjà effectivement engagées à nos côtés…

A bon entendeur, salut…

www.natpro.be

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S
Les auteurs ne pouvaient probablement pas s'exprimer trop librement puisqu'il travaillaient pour l'IBGE (administration de l'énergie à Bruxelles). <br /> J'ai même entendu dire qu'ils ont tous les deux été virés de l'IBGE par la Ministre Evelyne Huytebrock (parti Ecolo belge)pour avoir écrit ce plaidoyer pour plus d'écologie...<br /> Y aurait-il un lecteur-journaliste qui pourrait investiguer là-dessus ?
H
je trouve votre article très pertinent.<br /> Mais il manque un point très important, votre gouvernement comme le notre,je suis français subventionne toujours et encore le capital au lieu de subventionner le travail. La lutte de classe reste bien d'actualité puisque ils ont choisi de subventionner les choix les moins bon au niveau énergétique et écologique.
P
<br /> <br /> Taxation du<br /> Travail et pas du Capital, Subvention du dernier et pas du premier? Entièrement d'accord avec vous. L'Etat trait "la mauvaise vache"! Voir à ce sujet l'article "Belgique, pays de grosses légumes". Comme me l'a dit un de mes lecteurs, c'est un fait, hélas, universel.  Voir aussi page 14 à 20 du document http://www.vivant-ostbelgien.org/Buch.Penser.Autrement.pdf<br /> <br /> <br /> <br />