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Pas d'issue aux grands défis de l'humanité (pétrole, eau, famines, biodiversité, érosion, climat...) sans changement de paradigme et TOTALE remise en question tant au niveau individuel que pluriel (mode de vie, économie, progrès…)

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Le « principe d’équivalence universel » ou « la domination du travail mort »

Ce n'est que le système de production marchande moderne fondé sur la transformation incessante d'énergie humaine en argent érigée en fin en soi qui a engendré une sphère particulière, dite du travail, isolée de toutes les autres relations et faisant abstraction de tout contenu - une sphère caractérisée par une activité subordonnée, inconditionnelle, séparée, robotisée, coupée du reste de la société et obéissant à une rationalité des fins abstraite, régie par la " logique d'entreprise ", au-delà de tout besoin. Dans cette sphère séparée de la vie, le temps cesse d'être vécu de façon active et passive ; il devient une simple matière première qu'il faut exploiter de manière optimale : " Le temps, c'est de l'argent. " Chaque seconde est comptée, chaque pause-pipi est un tracas, chaque brin de causette un crime contre la finalité de la production devenue autonome. Là où l'on travaille, seule de l'énergie abstraite doit être dépensée. La vie est ailleurs - et encore, parce que la cadence du temps de travail s'immisce en tout. Déjà les enfants sont dressés en fonction de la montre pour être " efficaces " un jour, les vacances servent à reconstituer la " force de travail ", et même pendant les repas, les fêtes ou l'amour, le tic-tac des secondes résonne dans nos têtes.

Dans la sphère du travail, ce qui compte n'est pas tant ce qui est fait, mais le fait que telle ou telle chose soit faite en tant que telle, car le travail est une fin en soi dans la mesure même où il sert de vecteur à la valorisation du capital-argent, à l'augmentation infinie de l'argent pour l'argent. Le travail est la forme d'activité de cette fin en soi absurde. C'est uniquement pour cela, et non pour des raisons objectives, que tous les produits sont produits en tant que marchandises. Car ils ne représentent l'abstraction argent, dont le contenu est l'abstraction travail, que sous cette forme. Tel est le mécanisme de la machine sociale autonomisée qui tient l'humanité moderne enchaînée.

Et c'est bien pourquoi le contenu de la production importe aussi peu que l'usage des choses produites et leurs conséquences sur la nature et la société. Construire des maisons ou fabriquer des mines antipersonnel, imprimer des livres ou cultiver des tomates transgéniques qui rendent les hommes malades, empoisonner l'air ou " seulement " faire disparaître le goût : tout cela importe peu, tant que, d'une manière ou d'une autre, la marchandise se transforme en argent et l'argent de nouveau en travail. Que la marchandise demande à être utilisée concrètement, fût-ce de manière destructrice, est une question qui n'intéresse absolument pas la rationalité d'entreprise, car pour elle le produit n'a de valeur que s'il est porteur de travail passé, de " travail mort ".

L'accumulation de " travail mort " en tant que capital, représenté sous la forme-argent, est la seule " signification " que le système de production marchande moderne connaisse. " Travail mort " ? Folie métaphysique ! Oui, mais une métaphysique devenue réalité tangible, une folie " objectivée " qui tient cette société dans sa poigne de fer. Dans l'acte sempiternel de la vente et de l'achat, les hommes ne s'échangent pas comme des êtres sociaux conscients d'eux-mêmes, ils ne font qu'exécuter comme des automates sociaux la fin en soi qui leur est imposée.

 

L'ouvrier se sent auprès de soi-même seulement en dehors du travail ; dans le travail, il se sent extérieur à soi-même. Il est lui-même quand il ne travaille pas et, quand il travaille, il ne se sent pas dans son propre élément. Son travail n'est pas volontaire, mais contraint, travail forcé. Il n'est donc pas la satisfaction d'un besoin, mais seulement un moyen de satisfaire des besoins en dehors du travail. Le caractère étranger du travail apparaît nettement dans le fait que, dès qu'il n'existe pas de contrainte physique ou autre, le travail est fui comme la peste.
[Karl MARX], Manuscrits de 1844

 

Extrait du point 5, « Le travail, principe social coercitif » du Manifeste contre le Travail du groupe allemand Krisis.

 

 

Ayant érigé l’argent en fin, on ne travaille plus pour soi ou pour être reconnu, on travaille pour gagner sa croute et consommer. Depuis les années 80 nous sommes entrés dans une société d’abondance. Sauf rares exceptions, il n’est plus vrai, comme l’affirmait Bastiat en 1850, que les valeurs faites, les réalités, tombent moins facilement dans le tablier de dame Offre, que les valeurs fictives de l’imagination dans le tablier de dame Demande. La réalité dépasse la fiction. L’offre est telle qu’elle crée des besoins avant même qu’ils n’aient été satisfaits. La pénurie est maintenue artificiellement grâce à l’argent-roi qui maintient la dépendance, la soumission et l’exploitation d’une majorité envers une minorité. Dans sa folie émancipatrice nombriliste, l’humanité prend ses rêves pour réalité. Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse. Nous ne travaillons plus pour produire ou satisfaire des besoins vitaux. Nous travaillons pour consommer, pour gagner, pour combler nos envies particulières illimitées… Envies traduisant bien plus un mal-être qu’un bien-avoir.

 

Pour terminer, quelques extraits du texte de [Raoul VANEIGEM] Nous qui désirons sans fin

 

Notre époque a besoin d’une grande bouffée d’air frais, qui la revivifie. Vienne le temps où chaque individu, rejetant l’apathie dont tire sa force le pouvoir léthargique qui l’opprime, se change en guerrier sans armure et sans autre arme qu’une invisible force de vie. Qu’il combatte sans relâche pour ce qu’il a d’unique et de plus cher au monde, sa propre existence, vrai champ de bataille où nerfs, muscles, sensations, pensées répondent à la sollicitation de désirs obnubilés par la passion de jouir et que contrarient, refoulent, mutilent et nient les mécanismes d’une économie qui exploite le corps à l’égal de la terre.

 

En privilégiant l’hédonisme sur l’austérité laborieuse, le consumérisme fournit des armes à la contestation de ce travail qui était l’essence de la production. Son utilité sociale, sa contribution au confort et à la satisfaction des besoins prioritaires parut secondaire en regard du salaire grâce auquel s’obtenait le droit de fréquenter les bazars du bien-être plébiscité.

 

Menacé dans ses prétentions démesurées par le consumérisme critique comme il l’avait été précédemment par les revendications prenant pour cible la productivité, le profit entra dans une stratégie de repli. Délaissant les secteurs où il s’amenuisait, il découvrit dans la gestion du capital accumulé un terrain propre à le faire fructifier sans encombre. Rien ne l’y peut contester que sa propre inflation. Le système économique dont nous sommes tributaires depuis des millénaires meurt dans le délire de son autonomie absolue, comme un Dieu résiliant tout engagement envers les hommes qui avaient eu la faiblesse de le créer.

 

Voir aussi : http://infokiosques.net/travail & ECOCLASH

 

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