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Pas d'issue aux grands défis de l'humanité (pétrole, eau, famines, biodiversité, érosion, climat...) sans changement de paradigme et TOTALE remise en question tant au niveau individuel que pluriel (mode de vie, économie, progrès…)

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DECROISSANCE: Hommage à Nicholas Georgescu-Roegen

Qu'ont en commun Galilée, Einstein, Harvey, Pascal, Darwin et Freud? La science, certes, et le génie, mais aussi le sort peu enviable d'avoir été honnis par une large partie de la société dans laquelle ils ont vécu. Les idées fortes qui marquent l'humanité ont presque toujours été perçues au premier abord comme des assauts contre la raison et l'ordre social. Portant leurs regards au-delà de l’étroit horizon qui les entourait, ces hommes de génie ont permis à l’humanité d’entrevoir de nouvelles avenues de pensée pour se sortir des ornières du passé.


Résumé du livre de Claude Boucher "
Une brève histoire des idées de Galilée à Einstein
".


Il manque cependant une personne à cette brochette d'hommes d'exception. Un homme dont personne n'a parlé. Un homme qui n'a pas eu droit au chapitre à cause de ses idées trop dérangeantes. Un dissident de l'occident dont les travaux et théories son dignes d'une révolution copernicienne mais dont les fondements en sont fortement opposés au même titre que les théories d'Einstein sur la relativité. Alors que Galilée et Copernic furent vertement critiqués par la sainte église et une large majorité, cet homme, Nicholas Georgescu-Roegen à simplement été ignoré. Une mort médiatique… Alors que son nom devrait bel et bien figurer à côté des génies cité par Claude Boucher.


La suite du texte en Italique est extraite du lien http://www.jutier.net/contenu/decroig1.htm et a été écrite par Jacques Grinevald (docteur ès philosophie et lic. en sciences politiques).


Parmi les grands économistes (récompensés ou candidats au prix Nobel), très rares sont ceux qui proposèrent une réforme radicale de ladite science économique. Cette corporation compte de brillants esprits peu orthodoxes, mais guère de dissidents du modèle de l'Occident ! Depuis ses débuts, l'économie politique ne manqua jamais de critiques, mais, contrairement à d'autres sciences, elle n'a jamais changé de paradigme fondamental. Ce constat se retrouve au coeur de la critique développée par Georgescu-Roegen dès l'introduction de son premier grand ouvrage Analytical Economics: Issues and Problems (1966), traduit en France sous le titre La Science économique: ses problèmes et ses difficultés (Dunod, 1970).


Nicholas Georgescu-Roegen (né en Roumanie en 1906, docteur en statistique de l'Université de Paris en 1930, émigré aux USA en 1948, où il fit une brillante carrière de professeur d'économie) approfondit sa critique des fondements de l'analyse économique occidentale et reformula, dans une perspective thermodynamique et biologique évolutionniste, la description du processus économique et de ses relations avec l'environnement dans un ouvrage encyclopédique très savant, The Entropy Law and the Economic Process (La loi de l'entropie et le processus économique), publié en 1971 (Harvard University Press). Il s'agit d'une livre capitale et pour la science occidentale en général et pour la science économique en particulier.


Georgescu-Roegen a lui-même résumé sa thèse essentielle dans le texte d'une conférence de 1970 intitulée "La loi de l'entropie et le problème économique " (publié sous le titre "Economics and Entropy " dans The Ecologist, juillet 1972). Herman Daly a beaucoup fait pour assurer à ce message subversif une certaine diffusion dans le monde anglophone. En langue française, ce texte n'a pas eu la même fortune. On peut toutefois le trouver, avec deux autres textes, dans un petit livre intitulé
Demain la décroissance: entropie, écologie, économie. Dans ce livre, Georgescu-Roegen expose avec une concision et une clarté remarquable l'erreur fondamentale de la pensée économique occidentale: la science économique a été construite dans le cadre du paradigme mécaniste (Newton-Laplace), autrement dit sur le modèle de la science classique, au moment même où les bouleversantes découvertes de l'évolution biologique (Darwin) et de la révolution thermodynamique (Carnot) avec sa fameuse loi de l'entropie (Clausius, 1865), introduisent un autre paradigme, celui du devenir de la nature, du temps irréversible, de l'évolution cosmique. Le XIXème siècle ne l'a pas compris. Ce faisant, nous vivons encore, en économie, au XIXème siècle !

 

C'est fondamentalement le dogme mécaniste de la société industrielle occidentale qui est l'erreur fatale dont les conséquences technologiques et économiques sont à la source de la crise qui attend l'humanité lancée dans l'impasse écologique et sociale de la croissance illimitée. Ce qu'il nous faut entreprendre, au niveau intellectuel, n'est donc pas une simple réforme qui substituerait, par exemple, une comptabilité énergétique à la comptabilité monétaire en vigueur, mais une refonte radicale de notre vision du processus économique. Ceci afin d'intégrer le métabolisme global de l'humanité - avec ses extensions techniques - dans l'environnement biosphérique limité de la planète Terre, "nature" issue de plusieurs milliards d'années de coévolution de la Vie et de la Terre, en un mot de la Biosphère, dont l'espèce humaine est momentanément l'héritière. En raison même de notre puissance, nous nous retrouvons coresponsable de son évolution, c'est-à-dire du destin de la Terre.


Petite précision importante. On entend souvent la fameuse maxime: "rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme". Maxime reprise par Lavoisier (chimie) mais qui a été énoncée en 450 avant J.-C. par Anaxagore de Clazomènes, professeur de Périclès et Euripide. Maxime énoncée dans le cadre de la philosophie et non de la chimie. Pour Anaxagore,  la matière et l'être ne font qu'un, ne font que Noûs (Nους, ou Nouç), interprété plus tard par Platon par l'intelligence suprême, l'esprit, l'âme, la pensée de Dieu. Un exemple parmi tant d'autres d'appropriation ou de dénaturation d'une pensée noble et unifiante au nom de la toute grande science.

 

Mais là n'est pas la question pour le moment. Ce qu'il faut bien comprendre c'est qu'effectivement tout se transforme mais qu'il y a malgré tout "perte d'énergie" ou plus précisément perte d'énergie utilisable. C'est ce que Georgescu-Roegen à démontré il y à près de 40 ans par les lois de la thermodynamique. Très grossièrement, voici ce qu'il faut en retenir: "dans tout système clos d'un point de vue thermodynamique, matière et énergie se dégradent naturellement sous d'autres formes toujours plus difficiles à valoriser pour l'homme car dans un état qualitatif moindre". La Terre est considérée comme un système clos par la thermodynamique car elle n'échange que de l'énergie et pas de matière avec son environnement. Il y a bien les pluies de météorites (150.000 tonnes par an) mais cela reste proportionnellement négligeable, tout autant, d'ailleurs, que les particules matérielles qui pourraient échapper à la force d'attraction terrestre.

 

Ainsi donc, quoi que nous fassions, tout, absolument TOUT "se dégrade", perd de l'énergie UTILISABLE. Vu sous cet angle, qu'est donc le développement durable si ce n'est une image, une vision matérielle-humaniste à l'eau de rose ou le rêve intemporel du mouvement perpétuel…

 

Pour terminer, voici 2 magnifiques textes issus du livre Demain la décroissance: entropie, écologie, économie


1) La dégradation entropique et la destinée prométhéenne de la technologie humaine

2) La loi de l'entropie et le problème économique

Et voici pour vous donner envie de le lire, le dernier paragraphe du texte

"La dégradation entropique et la destinée prométhéenne de la technologie humaine":

Peut-être le destin de l'homme est-il d'avoir une vie brève mais fiévreuse, excitante et extravagante, plutôt qu'une existence longue, végétative et monotone» (NGR 1979b, ch. II). Aujourd'hui, un nouveau courant scientifique rend l'horizon plus sombre, voire sinistre. C'est le biologisme qui soutient que nos comportements de base sont entièrement déterminés par notre constitution génétique. Des gènes ataviques, très résistants, font de l'homme un animal fondamentalement agressif et égoïste. Ainsi, même si Homo sapiens sapiens peut comprendre ce qu'il doit faire pour son salut écologique, sa nature l'empêche de suivre le conseil de la sagesse. Certes, il y a une crise de l'énergie, mais à ce qu'il paraît la vraie crise est la crise de la sagesse humaine.

 

Voir aussi Hommage à Nicholas Georgescu-Roegen de Jacques GRINEVALD


Bibliographie

* Analytical Economics : Issues and Problems (Harvard University Press, 1966)
* La Science économique : ses problèmes et ses difficultés, par N. Georgescu-Roegen,… Traduit par Mme F. Rostand,… Préface de P. Samuelson,… Préface de H. Guitton,… – Paris, Dunod, 1970. 23 cm, XV-300 p. (Collection du centre d’économétrie de la faculté de droit et des sciences économiques de Paris, association Cournot, dirigée par Henri Guitton.)
* The Entropy Law and the Economic Process (Harvard University Press, 1971)
* Energy and Economic Myths : Institutional and Analytical Economic Essays (Pergamon, 1976)
* Demain la décroissance. Entropie, écologie, économie. Traduction, présentation et annotation Jacques Grinevald et Ivo Rens. – Lausanne, Pierre-Marcel Favre, 1979. 21 cm, 157 p. [2e édition revue et augmentée. La Décroissance. Entropie, écologie, économie. Traduit et présenté par Jacques Grinevald et Ivo Rens. Paris, Sang de la Terre, 1995.
* « L’économiste Georgescu-Roegen : intégrer l’économie dans la problématique énergétique et écologique », par Jacques Grinevald, Uni-information, no 36, juin-juillet 1974, p. 28-29.
* « Georgescu-Roegen : Bioéconomie et Biosphère », par Jacques Grinevald, Silence, Lyon, avril 1993, no 164, p. 4-14.
* « Hommage à Georgescu-Roegen », par Jacques Grinevald, SEBES, Genève, 1995, p. 149-151.

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M
Salut patrick,<br /> C'est génial ton blog, un language assez compréhensible, analogie pertinente et très pédagogique.<br /> Ce dernier article m'intéresse particulièrement, j'essaye de me faire une idée de la signification de l'entropie, mais c'est très ardu.<br /> Il me vient une idée folle, si nous passions dans une économie autarcique, ne crois-tu pas que les structures matérielles du marché pourraient devenir des matières premières?<br /> A bientôt!
P
<br /> <br /> Salut Michel,<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Merci pour tes encouragements cela fait très plaisir.<br /> <br /> <br /> De manière très simplifiée, on peu définir l'entropie comme le désordre. Où que tu sois, où que tu te trouves, le désordre est<br /> toujours croissant. Pas moyen de le contrer sans dépense d'énergie. Pire, au final, tu te retrouves toujours avec moins, moins de matière, moins d'énergie utilisable. Pour bien comprendre, je te<br /> conseille vivement la lecture du document "La loi de<br /> l'entropie et le problème économique", c'est accessible et très didactique.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> "ne crois-tu pas que les structures<br /> matérielles du marché pourraient devenir des matières premières?". Malheureusement pas… ou alors l'homme aurait vaincu<br /> une des grandes lois de la nature: "tout se dégrade ou évolue irréversiblement". A moins d'une étincelle "divine", je ne vois pas. Tout dans le monde vivant et interstellaire nous le démontre, de<br /> la plante à l'étoile. Peut-être que dans les trous noirs il y a de l'énergie et de la matière à ne savoir qu'en faire… La source primaire d'énergie sur notre bonne vieille Terre c'est le soleil.<br /> Dans 4,5 milliards d'année il finira aussi par s'éteindre. Tout à un fin et c'est, je pense, ce que l'homme doit apprendre. Mon prochain article traitera du sujet…<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> A bientôt<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Patrick<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br />