Partager l'article ! Démocratiser la monnaie: Les réponses pour changer la donne doivent aller dans le sens opposé à la tendance actuelle : concentration ...
2 = capacité d'absorption de la terre
4 = moyenne mondiale (2 fois trop)
8 = émission moyenne d'un Européen (4 fois trop)
20 = émission moyenne d'un Américain (10 fois trop)
0,09 = émission moyenne d'un Burkinabé
0,06 = émission moyenne d'un Ethiopien
- La production d'un kilo de bœuf nécessite autant d'eau qu'une douche (débit de 18 litres par minute) quotidienne de 5 minutes pendant 2 ans.
- En Europe, chaque tête de bétail est subsidiée à plus de 2 euros par jour, soit un peu plus que le revenu journalier des 2/3 de la population mondiale.
- Le total des actifs financiers (crédits et spéculations) atteint 6,7 fois le PIB mondial!
- Dans le Pacifique Nord, les courants océaniques charrient des millions de tonnes de plastique. Leur accumulation couvre désormais une zone grande comme 6 fois la France.
- Seuls 1,6% des dépenses militaires ou 4,3% des subventions agricoles sont nécessaires pour assainir les besoins en eau de 80% des Africains.
- La fortune des 3 individus les plus riches de la planète est supérieure au PIB des 48 pays les plus pauvres (600 millions de personnes).
- Les pays en développement, qui subissent durement les dérèglements climatiques, ont produit moins de 20% des 350Gt (giga tonne) de CO2 accumulé dans l’atmosphère depuis 1850, alors qu’ils
représentent 80% des terriens.
- Pour la banque mondiale, de 2006 à 2008, les prix alimentaires ont augmenté de 85%. Dans les pays pauvres, les dépenses alimentaires représentent 60 à 90% des budgets des ménages…
- Un plein de 50 litres de bioéthanol correspond à 250 kg de maïs, de quoi nourrir une personne pendant une année.
- Par an, les avions commerciaux émettent autant de CO2 que toute l'Afrique.
- L'élevage industriel consomme autant de céréales qu'Indiens et Chinois réunis (moitié de la population mondiale).
- La production, le stockage, le transport et le conditionnement d'une calorie alimentaire issue de l'agriculture conventionnelle nécessite 40 calories fossiles!
- D'autres chiffres ici
Aucun être humain ne vient au monde pour éviter à ses frères la peur de mourir en niant le corps par le travail et l'intellectualisation du monde. [Raoul VANHEIGEM] Adresse aux vivants sur la mort qui les gouverne et l'opportunité de s'en défaire
Ce que fait actuellement la logique de marché, c'est jouer sur la méfiance radicale de l'être humain à l'égard du détachement, ancrée dans l'énergie angoissée du besoin, pour pouvoir inverser l'énergie renonçante du Désir en énergie compulsive de l'envie. [Christian ARNSPERGER] Ethique de l'existence post-capitaliste
Le discours économique a une fonction terroriste, celui d'évincer le citoyen du débat [cité par Marie Martin-Pêcheu] Bio-économie
La monnaie et l’économie existent parce que l’homme n’a pas confiance en son prochain, qu'il suppose – souvent à raison - vouloir obtenir un échange gagnant. Il veut des garanties. Mais les garanties ne tiennent pas leurs promesses et se révèlent incapables d’empêcher l’injustice. [Didier LACAPELLE] Manuel d'anti-économie
Pour ceux qui connaissent le sens profond des choses, les paroles brèves sont des commentaires ; Pour ceux qui se fient aux apparences, les vastes discours ne sont que des abrégés imprécis. [Mawlânâ Djalâl Od-Dîn Rûmî] La geste de Taliesin
Notre époque a besoin d’une grande bouffée d’air frais, qui la revivifie. Vienne le temps où chaque individu, rejetant l’apathie dont tire sa force le pouvoir léthargique qui l’opprime, se change en guerrier sans armure et sans autre arme qu’une invisible force de vie. Qu’il combatte sans relâche pour ce qu’il a d’unique et de plus cher au monde, sa propre existence, vrai champ de bataille où nerfs, muscles, sensations, pensées répondent à la sollicitation de désirs obnubilés par la passion de jouir et que contrarient, refoulent, mutilent et nient les mécanismes d’une économie qui exploite le corps à l’égal de la terre. [Raoul VANEIGEM] Nous qui désirons sans fin
A travers le voile de notre vision rationnelle, la lumière du Réel se brise, et la transforme en une autre vision, comme la lumière du soleil dans la pluie donne
l'arc-en-ciel. L'homme, devenu conscient du soleil, comprendra l'arc-en-ciel d'une facon différente. Mais celui qui aura le courrage de tourner le dos à ce qui n'est que l'arc-en-ciel, verra le
soleil lui-même. L'homme ressent en lui-même et en son monde, la promesse d'une Réalité qui, à l'origine de son développement rationnel, se cache. [Karlfried GRAF
DÜRCKHEIM] La percée de l'être ou les étapes de la maturité
L'écologie extérieure sans écologie intérieure n'est qu'illusion. Si intérieurement, l'esprit est mu par des violences passionnelles, cela se traduira inévitablement en comportements extérieurs.
Intérieur et extérieur sont interdépendants. Sans un changement intérieur de mentalité et de relation, vouloir un changement à l'extérieur est illusoire. [Denys
RINPOCHE]
L'économie politique
a placé sur un podium quelques-unes de nos dispositions naturelles les plus vilaines : le matérialisme, l'esprit de compétition, la gloutonnerie, la vanité, l'égoïsme, la myopie intellectuelle et
la toute bête cupidité. [Hazel HENDERSON] cité par Fritjof Capra dans Sagesse des
sages
Si la logique en place est si tenace, c'est peut-être que quelque chose au fond de nous même y collabore - quelque chose qui participe de l'angoisse et du déni de notre
condition d'humains. Les voies de sorties, les plus pertinentes de l'économie capitaliste ne sont donc pas économiques. Elles sont existentielles. [Christian
ARNSPERGER] Critique de l'existence capitaliste, Pour une étique existentielle de
l'économie
Notre siècle
de rationalité matérialiste, de pesanteur minérale, de substances toxiques largement répandues, d'une science presque totalement asservie au profit, a porté atteinte au monde sensible qui
constitue l'enveloppe vivante et vitale de notre planète. Il semble que ce ne soit qu'à l'aune du sacré que nous pourrions mesurer l'ampleur de notre responsabilité. "J'entends par sacré ce
sentiment humble où la gratitude, la connaissance, l'émerveillement, le respect et le mystère s'allient pour inspirer nos actes, les éclairer et faire de nous des être très présents au monde,
mais affranchis des vanités et des arrogances qui révèlent bien davantage nos angoisses et nos faiblesses que notre force." [Pierre RABHI] Conscience et environnement
Comme une
rivière crée les berges qui la contiennent, l'énergie en quête de vérité crée sa propre discipline sans aucune forme de contrainte; et comme la rivière trouve la mer, l'énergie trouve sa propre
liberté.
[Jiddu KRISHNAMURTI] Le sens du bonheur
Vous devez être le changement que vous voulez voir dans ce monde.
[GHANDI]
Richesse c'est
pouvoir. C'est le pouvoir d'acheter; c'est un droit de commandement sur tout le travail d'autrui.
[HOBBES]
Science sans
conscience, n'est que ruine de l'âme
[RABELAIS]
Rien n'est si
dangereux qu'un ignorant ami; Mieux vaudrait un sage ennemi
[Jean de la FONTAINE]
Chaque fois que l'humanité est amputée d'une de ses langues, une de ses cultures, un de ses peuples, ce sont ses propres enfants qui deviennent orphelins d'une partie d'elle
même.
[Patrick BERNARD] www.icrainternational.org
Les paradis
fiscaux ne sont pas qu'un phénomène marginal réservé à quelques milliardaires, quelques affairistes et beaucoup de mafieux. C'est, au contraire, « une infrastructure essentielle de la
finance internationale ». Christian Chavagneux &
Ronen Palan
La richesse se mesure au nombre de
choses que nous pouvons laisser intactes
[THOREAU]
Les réponses pour changer la donne doivent aller dans le sens opposé à la tendance
actuelle : concentration, uniformisation et spécialisation. Féru d’efficacité et de rentabilité, « homo-economicus » concentre, fusionne, agrège. C’est ainsi que collusion,
oligopoles et accords tacites prennent bien plus le pas sur la prétendue « concurrence
libre et non faussée »
Diversification et relocalisation se feront au détriment d'une certaine rentabilité unilatérale. Elles se feront au détriment de la sacro-sainte croissance mais seront salutaires. Elles s’inscrivent dans le vaste et difficile programme d’émancipation de l’homme, dans le respect et l'écoute de soi, de l'autre, des autres, de la terre et du cosmos. Graines de consciences, elles sont à la base du 5ème « pouvoir ». Un pouvoir exercé par tous et pour tous. Indicible et transcendantal, Internet est aujourd’hui son média, une certaine conscience universelle est sa voie. Cela tout en nuance, humblement et par tâtonnement puisque bien et mal sont abstrait et que l'un n'existerait pas sans l'autre.
Résilience vs Efficacité
Alternatives Economiques: Face à la crise, des monnaies régionales - Bernard LIETAER
Politique vs Economique
Si le politique ne se réapproprie pas la monnaie, il restera toujours la chose de l’économique ou, plus précisément, des marchés et des grands détenteurs de capitaux. Car il ne faut pas confondre économie et capitalisme ! L’économie de (ou avec) marché n’est pas indissociable du capitalisme. C’est ce que la pensée néolibérale dominante essaye de nous bourrer dans le crâne. « Ceux qui veulent confondre économie de marché et capitalisme sont ceux qui trouvent évident (le plus souvent sans même y avoir réfléchi) que la terre, la monnaie et le travail sont des marchandises qui peuvent donner lieu à des transactions marchandes » nous dit Christian ARNSPERGER sur son blog(3). Le troc, le don et le contre don ou les échanges en coquillages, plumes ou cigarettes n’impliquent pas forcément accumulation du capital.
La monnaie, vecteur d’échange, ne peut en aucun cas être au service de ses plus grands détenteurs au détriment du bien commun. L’intérêt monétaire n’est-il pas une forme d’impôt obligatoire du créancier (privé) sur le débiteur ? Selon une étude réalisée en Allemagne, l’ensemble des prix hors taxe des biens et services échangés sur le marché sont en moyenne majoré de 30 à 40% d’intérêts à rembourser aux créanciers, aux détenteurs de capitaux(4). Si la monnaie était publique, les Etats n’auraient pas à s’endetter auprès des banques. Les Etats n’auraient pas à se financer par l’impôt aux contribuables (public) pour rembourser des intérêts aux capitalistes (privé)(5). La monnaie doit être publique et démocratique (gérée par tous et pour tous) par essence.
Main visible ou invisible ?
Quant à savoir s’il faut confier la monnaie à des banquiers mandatés par une caste avide de profits ou des politiques avides de pouvoir, AJ HOLBECQ et P DERUDDER répondent en page 38 de leur livre Les 10 plus gros mensonges sur l’économie : « Il semble bien que dans ce cas, ce soit bonnet blanc et blanc bonnet. Mais il n’en demeure pas moins que l’argent, doit être considéré comme le sang du corps de l’humanité dont la gouvernance ne doit relever que de la tête et non de l’un de ses organes. Le destin des peuples devrait être conditionné par ses choix politiques, au sens noble du terme, et non dicté par le commerce ou la finance. La question ne devrait même pas se poser ! Pourtant, c’est bien ce dernier cas de figure qui préside actuellement, de sorte que la marge de manœuvre de nos gouvernements est restreinte à ce que leur autorisent ceux qui tiennent les cordons de la bourse. »(6)
L’insidieuse crainte ploutocrate du risque de défaillance du politique pourrait trouver réponse dans la proposition de réforme monétaire de James ROBERTSON consistant à faire du pouvoir monétaire la quatrième branche de séparation des pouvoirs - fondement de l’Etat de droit - aux côtés de l’exécutif, du législatif et du judiciaire(7).
Par le Haut ou par le Bas ?
Pour « dé-concentrer » ou démocratiser la monnaie il existe deux voies possibles : par le haut, la voie institutionnelle et politique ; ou par le bas, la voie citoyenne et engagée. Comme le précise Bernard LIETAER, rien n’empêche d’emprunter les deux voies en même temps. Le cas du SOL comme voie de sortie par le haut est un bon exemple mais celui de la Grèce prouve que l’Europe reste prisonnière de ses dogmes et de son traité de ploutocratie(8). L’explosion de Système d’Echanges Locaux (SEL), sorte de troc moderne multilatéral grâce à un système comptable, un peu partout en Europe est un bon exemple de voie de sortie par le bas. Un autre exemple qui fera probablement partie de notre quotidien d’ici peu est l’arrivée des monnaies libres ou open money promues par Jean-François NOUBEL et Michael LINTON(9). Grace à Internet, tout un chacun pourrait être en mesure de créer sa propre monnaie pour réaliser tel ou tel échange selon telle ou telle modalité, convention, conception.
"Le Futur de l'Argent" - Conférence à Mexico - Jean-François NOUBEL
Ce foisonnement d’initiatives monétaires, n’est-il pas un gage de démocratie ? Il n’y a pas si longtemps, nous prenions pour fou ceux qui disaient que bientôt tout le monde serait en mesure de publier quelque chose qui serait lu par des milliers de gens. Aujourd’hui, les blogs, sites personnels, réseaux d’échanges et de communication sont légions. Bien-sûr ils sont souvent inféodés au pouvoir de l’argent comme le démontrait l’article sur la concentration des médias traditionnels mais il n’en reste pas moins qu’Internet est aujourd’hui la seule source d’information qui permette un semblant de transparence démocratique.
Démocratiser la monnaie
Ainsi l’avènement des monnaies libres permettrait de s’affranchir de la chape monétaire ploutocrate (Euro, Yuan, Dollar, Rouble). Les monnaies libres type NOUBEL(10) et les monnaies régionales type LIETAER(11) sont en quelque sorte, un pari démocratique(12). Selon l’esprit et l’organisation des personnes qui supportent ces monnaies, certaines disparaitront, d’autres prendront de l’ampleur. Si l’esprit est le profit, on tendra vers un système type « capitaliste », si l’esprit est l’éthique, le durable, le souci des autres et du prochain, on tendra vers un système qui se voudra plus distributif et égalitaire. Le problème actuel c’est que le système et les règles en vigueur ne permettent aucune marge de manœuvre. Comme le dit Jean-François NOUBEL, « si vous faites jouer les 10 plus grands sage de la planète au Monopoly, il y aura toujours un gagnant et un perdant ».
L’option de sortie par le bas à la LIETAER – NOUBEL n’a rien de farfelu puisqu’en Suisse une monnaie business appelée WIR existe depuis 1934, en Allemagne le Chiemgauer existe
depuis 2003 et bien d’autres monnaies régionales prennent cours. En Suède, la banque JAK existe depuis 1970, elle prête de l’argent en réclamant des intérêts nuls ou dérisoires. Constatons que deux de ces initiatives
les plus souvent citées (WIR et JAK) sont nées dans deux pays qui ne font pas partie de la zone Euro. Au Royaume-Uni le parti travailliste projette la création d’une véritable banque postale à l’image de la KiwiBank en Nouvelle Zélande(13). En Belgique, certains proposent la création d’une FritiBank également à l’image de la KiwiBank. En Italie il y a le SCEC et la banca del tempo. Un peu partout en
Europe et ailleurs il y a les SEL (Système d’Echange Local) ou LETS (Local Exchange and Trade System), etc. etc. Bref, de plus en plus de monnaies alternatives qui tentent de combler les
défaillances du système officiel dominant : chômage, crise, inflation, spéculation, concentration.
De
par le monde, il y aurait pas moins de 5000 expériences de monnaies alternatives / plurielles / locales / régionales / complémentaires / sociales : le Saber au Brésil, le
Trueque en Argentine, l’Ithaca-Hours aux Etats-Unis, les LETS au Canada et les WAT, Fureai Kippu, Dandan, Yufu au Japon. Le Japon est le maître incontesté en
la matière puisqu’il connait la crise depuis 1990. Voir aussi la carte mondiale des Systèmes d’Echange
Locaux.
Pour illustrer l’importance et la force de ces initiatives, voici une brève explication du Fureai Kippu au Japon. « Au Japon les "Fureai Kippu" apportent un début de réponse à la crise du vieillissement démographique. Leur principe ? Un jeune fait des courses, prépare la cuisine et fait prendre son bain à une personne âgée à la motricité réduite. Pour ce service, ce jeune perçoit des "tickets de soin" ou Fureai Kippu, qu’il dépose sur un compte. S’il tombe malade, il peut utiliser ces tickets pour payer une aide à domicile. Il peut aussi faire un transfert électronique sur le compte de sa mère, à l’autre bout du pays, afin que celle-ci puisse s’offrir une aide à domicile. L’intérêt : les personnes âgées peuvent demeurer chez elles, plutôt que vivre dans des maisons de retraite déprimantes et qui plombent les finances publiques »(14)
Les 3 grandes caractéristiques des monnaies sociales(15)
Une monnaie non marchande
Pour que la monnaie reste socialement admise comme norme extérieure, elle ne pourra également jamais être considérée comme un bien marchand(17). Seul un système purement comptable de crédit mutuel dans lequel le solde global des comptes des adhérents est toujours nul permet d’éviter la marchandisation de l’argent. Dans le cas des SEL ou de tout système fondé sur une comptabilité pure, seul l’échange provoque un flux comptable d’un compte vers un autre (compte crédité quand on « donne », débité quand on « reçoit »). Il n’y a pas d’intérêts, crédit et débit vont de pair, ils sont gratuits et automatiques dès qu’il y a échange. La monnaie ne préexiste donc pas à l’échange mais lui est consubstantielle (inséparable) (15). Inflation et accumulation capitaliste de richesses (argent qui travaille à notre place) sont étrangères à ce type de fonctionnement. Ce système de comptabilité pure n’est-il pas un bon catalyseur d’égalité, de partage et de démocratie ? Avec les progrès des TIC (Technologies de l’Information et de la Communication) rien - hormis la force du pouvoir en place, la peur et l’endoctrinement monétaire - ne s’oppose à la mise en place d’un tel système comptable à échelle locale, régionale ou même nationale et internationale. Le seul argument réfractaire recevable serait celui des contraintes matérielles ou éthiques. Existe-t-il suffisamment de ressources et d’énergies pour étendre l’usage des TIC au monde entier ? Cette volonté ne serait-elle pas l’exemple paroxystique d’un orgueil totalitaire technoscientifique à la mode occidentale ? Enfin, rien ne garantit les possibles dérives dans le domaine technologique. Sans réel travail personnel d’autocritique et technique de contrôle communautaire, un petit malin pourra toujours trouver le moyen de s’allouer du crédit sans débit chez un tiers au nez et à la barbe de la communauté… C’est justement ici que se situe tout l’enjeu des monnaies sociales : trouver des techniques d’autocontrôle, de transparence et de gouvernance tournante de manière à permettre l’expression saine et harmonieuse du principe démocratique. Les monnaies (re)trouveraient alors leur titre de noblesse en (ré)intégrant la sphère démocratique(18).
Une monnaie fondante
Si la monnaie est matériellement émise, le remède actuellement connu pour contrecarrer l’inhérent effet Pareto est celui des monnaies fondantes. Partant du principe que l’argent doit circuler plutôt qu’être stocké, Silvio GESSEL inverse la vapeur en proposant la suppression de la rémunération de l’argent immobilisé et la mise en place d’une taxe à la circulation. Il s’agit en quelque sorte d’un intérêt négatif. Cet intérêt négatif prend la forme de timbres payant (taxe à la circulation) à apposer régulièrement au verso des billets pour éviter qu’ils ne perdent leur valeur. Comme une sorte de chaise musicale, tout le monde fait tourner le billet aussi vite que possible en espérant que la musique (le temps qui passe) ne s’arrête pas (fin du mois par exemple) au moment où l’on s’en sert. Sans quoi, la personne détentrice du billet se verra dans l’obligation de payer la taxe en y apposant un timbre dont la valeur peut osciller entre 2 et 5% de la valeur du billet.
Une fois un billet taxé un certain nombre de fois (12 fois après 1 an si taxation mensuelle) il est alors retiré de la circulation et d’autres billets sont alors émis au prorata des besoins économiques parfaitement quantifiable par une comptabilité régionale ou nationale.
L’argent stocké en bon père de famille en vue d’un investissement futur ne sera pas frappé d’un intérêt négatif mais ne sera pas rémunéré non plus comme c’est le cas aujourd’hui. La somme restera figée et pourra éventuellement perdre un peu de sa valeur suite à une inflation « naturelle » - pression démographique, raréfaction des ressources, offre peu réactive (de plus en plus rare de nos jours sauf dans le cas de l’immobilier par exemple) - et pas une inflation gonflée artificiellement par l’exigence de rentabilité sur capital. Il faut en effet rappeler que l’intérêt bancaire consomme chaque année près de 40% du PIB national. Cette ponction annelle contribue largement à l’inflation au seul bénéfice des capitalistes, des rentiers, des détenteurs de fonds.
Ceci dit, une érosion lente de ce à quoi nous attachons de la valeur n’est-elle pas dans l’ordre des choses ? Même les pyramides, les grandes œuvres d’art ou l’or se dégradent dans le temps, alors pourquoi pas la monnaie, vecteur de nos échanges et communément admise comme équivalent universel ? Cette non dégradation monétaire est tout à fait symptomatique d’un humain désemparé face à la mort, à la perte et à l’évanescent.
La pratique du taux d’intérêt négatif ou « demurrage » existait déjà au Moyen-âge et permettait la réalisation d’édifices nécessitant souvent plus d’une génération pour les construire. Ce genre de vision à long terme est totalement incompatible avec une monnaie à intérêt positif qui privilégie la thésaurisation et la fuite de capitaux au détriment de l’investissement local.
Sortir de l’économie
Ces détails techniques d’aboutissement d’une telle monnaie dépendent avant tout du degré de conscience de ceux qui l’utilisent. Une telle monnaie n’est qu’un pari, un succédané de confiance dans la vie et les autres… In fine, elle ne devrait même plus être nécessaire. Nous sortirions, enfin, de l’économie…
Nous sommes bien conscients que c’est l’homme qui est à l’origine du système aussi abouti qu’aliénant et destructeur que nous connaissons aujourd’hui. Le dire, ne signifie pas uniquement que la nature humaine est mauvaise mais qu’elle est aussi capable d’introspection et de dépassement. C’est, à mon sens, la caractéristique principale du genre humain… Monnaie et économie font partie de l’apprentissage.
Réapproprions nous la monnaie et tâchons de la gérer collectivement tout en restant parfaitement lucide et critique sur les causes profondes du bourbier actuel. C’est ce que Christian ARNSPERGER appelle, « le militantisme existentiel »(19) : l’observance d’une vigilance/réflexion/méditation de tout instant déjouant les tentaculaires appropriations capitalistes aussi bien individuelles que collectives. Ne passons pas simplement d’un capitalisme gris à un capitalisme vert ou « social ». Ce dernier n’est qu’un avatar plus destructeur que le premier puisque affublé de vertus « socio éco environnementaliste ». La logique interne ne change pas (profit individuel), seule l’application externe change (grand projet "verts": fermes verticales, éco-buildings, OGM, Nucléaire, nanotechnologies, etc.).
« Une pute d’apparat, une grue en drap d’argent,
dont la traîne est portée,
et l’âme traînée dans la fange »
THOREAU, La désobéissance civile, p.17
(1) Bernard LIETAER White Paper, http://www.lietaer.com/images/Sapiens_text_final.pdf, p.13.
(2) Bernard LIETAER, Monnaies régionales pour traiter la crise globale, 13 Mai 2009 Ecole des Mines + La monnaie, à l’image des écosystèmes : plus de diversité S.V.P. !
(3) Christian ARNSPERGER, Post-capitalisme (1) : Quelle planification ?
(4) Helmut CREUTZ cité par Margrit KENNEDY, If money rules the world
(5) André Jacques HOLBECQ, Philippe DERUDDER, La Dette Publique, Appel à mobilisation citoyenne, www.public-debt.org
(6) André Jacques HOLBECQ, Philippe DERUDDER, Les 10 plus gros mensonges sur l’économie, p38.
(7) James ROBERTSON, Pour une réforme monétaire adaptée à l’ère de l’information
(8) Bernard CASSEN, Grèce, euro : le carcan des traités
(9) Terra economica N°40 - 09/12/2004 - Par ici, la monnaie !, www.selidaire.org
(10) Jean-François NOUBEL, Open Money : bientôt chacun créera sa propre monnaie
(11) Bernard LIETAER, Monnaies régionales : de nouvelles voies vers une prospérité durable
(12) Jérôme BLANC, Les enjeux démocratiques des dispositifs des monnaies sociales
(13) FINANCITE.be, http://www.financite.be/depeche,fr,59,8,1,96.html
(14) Terra economica N°40 - 09/12/2004 - Par ici, la monnaie !, www.selidaire.org
(15) Jérôme BLANC, Â quoi servent les monnaies sociales ?
(16) Silvio GESELL, Silvio Gesell - Une monnaie pleine d’intérêt
(17) AGLIETTA, ORLEAN, Qu’est-ce que la richesse ?
(18) Jérôme BLANC, Les enjeux démocratiques des dispositifs des monnaies sociales
(19) Christian ARNSPERGER, Ethique de l’Existence post-capitaliste.
Références :
Monnaie (concept)
Monnaie (alternative)
ALOE (alliance pour une économie plurielle et solidaire)
money.socioeco.org/fr/ (devenu ALOE)
www.anhglobal.org (Alliance for a New Humanity)
www.appropriate-economics.org/
www.complementarycurrency.org/
www.regiogeld.de (regio Allemagne)
transversel.apinc.org (SEL France)
brusel.be (SEL Bruxelles)
A lire
2) Transition écologique & économique
3) Le retour du puritanisme au travail
4) Le désir comme désir de l’Autre
5) La Décroissance, l’Argent et Moi
Vie Pratique, Autonomie
ECOCLASH (voir Liens)
EAU-tarcie (H20)
Transition > POST-CAPITALISME
Transition Politique (Politique Simultanée)
Belgique
Groupe de Travail sur la Monnaie
Maisondd.be (dd humain)
France
Blog France
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Economie
Management
Politique - Société
Alliance21 (monde responsable, pluriel et solidaire)
Monnaie (concept)
Monnaie (alternative)
Monnaies Locales Complémentaires
ALOE (alliance pour une économie plurielle et solidaire)
money.socioeco.org/fr/ (devenu ALOE)
www.appropriate-economics.org/
www.complementarycurrency.org/
www.regiogeld.de (regio Allemagne)
transversel.apinc.org (SEL France)
brusel.be (SEL Bruxelles)
Climat
Manicore (Jancovici)
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Santé
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Agriculture – Nature
Conscience
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Info
Grain (Agriculture)
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Rue89 (France)
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